Isadora est arrivée chez Profile en septembre dernier.
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Isadora est arrivée chez Profile en septembre dernier. © D.R.

Isadora, 21 ans, exerce un métier d'homme: “Les réflexions désobligeantes ne viennent pas des collègues, mais des clients”

La Journée Internationale des Droits des Femmes, célébrée ce dimanche 8 mars, rappelle que les inégalités hommes-femmes sont une réalité. D’autant plus, dans le monde professionnel. Outre l’écart salarial, certains secteurs et postes sont encore dominés par des hommes, empêchant les femmes qui souhaitent y accéder de s’identifier et d’oser postuler au sein de ces filières. 

Isadora, technicienne au sein de l’entreprise Profile à Leuze, spécialiste des pneus, a su pourtant se faire une place. “En leur prouvant que j’étais capable de tout faire comme eux, j’ai rapidement eu le respect de mes collègues masculins”, assure la jeune femme de 21 ans originaire de Soignies, qui nous raconte le parcours qui l’a menée à ce “métier d’homme”. 

“J’ai eu la chance de grandir dans une famille où aucun préjugé n’était véhiculé. Je ne me suis jamais mis de barrière quand il s’agissait de rêver à mon futur métier. Mais une expérience a été particulièrement déterminante”, relate Isadora, 21 ans. 

En 2018, la jeune femme quitte la Belgique pour l’Australie. Un voyage enrichissant, tant sur le plan personnel que professionnel, qui durera un an. “Là-bas, j’ai travaillé dans le milieu agricole, qui m’a toujours attirée. Une femme qui travaille dans les fermes n’a rien d’étonnant dans ce pays. Je n’ai jamais ressenti de sexisme.” De retour en Belgique en août 2019, Isadora se tourne tout naturellement vers ce secteur pour trouver du travail. “Malheureusement, c’est très saisonnier et je n’ai rien trouvé.” Malgré son diplôme d’éducatrice, Isadora n’a pas souhaité se diriger vers le social. 

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J’avais peur que mes collègues se foutent de ma gueule!

Isadora, 21 ans.

Forte de son expérience en mécanique agricole, Isadora a une idée: proposer sa candidature spontanément, en se rendant directement au sein de garages. “Au moment de déposer mes CV, je n’avais pas du tout d’appréhension. Mais c’est venu par la suite, une fois que l’on m’a annoncée que j’étais prise. J’avais peur que mes collègues, qui sont tous des hommes, se foutent de ma gueule ou se disent que les filles n'ont rien à faire ici”, avoue-t-elle. 

De la bienveillance

“Au final, j’ai été très bien accueillie. Évidemment, je n’étais pas douée, il a fallu que j’apprenne. Mais justement, là où mes collègues auraient pu se moquer de moi, ils se sont tous montrés bienveillants à mon égard! Et depuis mon arrivée en septembre, je n’ai jamais eu de remarque sexiste de leur part.” 

Pour Isadora, être une femme dans un secteur dominé par les hommes est un avantage. “C’est le cas notamment lorsque je galère”, dit-elle en souriant. “Ils sont souvent nombreux à vouloir m’aider. Mais attention, ce n’est jamais fait avec des sous-entendus. Il y a un vrai respect.” 

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Les clients pensent que je ne suis pas capable, simplement car je suis une femme

Isadora, 21 ans.

Contrairement à ce qu’elle avait imaginé, Isadora est la cible de réflexions désobligeantes non pas de la part de ses collègues... mais des clients! “J’ai l’impression qu'ils se sentent obligés de faire une remarque sur le fait que je sois une femme. ‘Tu n’en es pas capable’, c’est souvent ce qu’ils me disent, tout ça parce que je travaille dans les poids lourds.” Des propos qui la touchent parfois, au point de vouloir exploser de colère. “Mais finalement, j’ai compris que la meilleure réponse était simplement de leur montrer que je sais le faire, tout comme un homme.” 

Et puis, Isadora peut compter sur ses collègues. “Ils ne me laissent jamais seule, face à ces commentaires. Ils prennent toujours ma défense. Je suis vraiment soutenue!” 

Si notre interlocutrice se sent particulièrement bien entourée, elle confie de ne pas être contre l’arrivée de collègues féminines. “J’aimerais beaucoup, cela apporterait une autre énergie. Et puis, il faut dire ce qui est: nous, les femmes, nous sommes généralement plus organisées!” Un manque qui se fait parfois aussi ressentir sur les temps de midi où “certaines conversations d’hommes ne m’intéressent pas”, plaisante-t-elle. 

Permettre aux enfants de s’identifier 

Son parcours particulier, Isadora aimerait qu’il serve d’inspiration à d’autres femmes. “Je me suis longuement cherchée. Et là, j’ai trouvé un métier qui correspond à mes envies et à ma personnalité. Je n’aurais pas été capable de rester derrière un écran tout au long de la journée. J’ai besoin de me dépenser. Je ne suis certainement pas la seule femme dans le cas. Elles doivent oser pousser des portes!”

Au contact avec des clients, Isadora se dit fière de pouvoir être vue comme un exemple par les enfants qui accompagnent leurs parents au point de service. “Peut-être que si j’avais croisé des femmes dans certains secteurs dits masculins, j’aurais considéré ces métiers comme des options. Mais ça n’a pas été le cas. En exerçant cette profession, je lutte à mon échelle contre les inégalités hommes-femmes, et j’en suis fière.”