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Amelie Nothomb © Photo News

Amélie Nothomb passe à côté du Goncourt

Le romancier Jean-Paul Dubois a reçu lundi le prix Goncourt, le plus prestigieux des prix littéraires du monde francophone, pour “Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon” (L’Olivier), roman bouleversant et nostalgique sur le bonheur perdu. Il l’a emporté au deuxième tour de scrutin par 6 voix contre 4 face à la Belge Amélie Nothomb. Le Renaudot a été octroyé dans la foulée à Sylvain Tesson pour “La panthère des neiges” (Gallimard).

Déjà couronné par le prix Femina (en 2004 pour “Une vie française”), le Toulousain Jean-Paul Dubois, 69 ans, écrivain discret et populaire, a construit depuis une trentaine d’années une oeuvre qui séduit par sa délicatesse et sa profonde humanité. “Tout arrive! C’est adorable...”, a déclaré Jean-Paul Dubois devant la presse. “C’est assez irréel”, a-t-il ajouté.

Le 22e titre de Jean-Paul Dubois, publié chez L’Olivier (256 pages, 19 euros) raconte l’histoire d’un homme, Paul Hansen, qui croupit depuis deux ans dans une prison de Bordeaux (qui comme son nom ne l’indique pas se trouve au Québec! ) quand le lecteur le rencontre. Paul Hansen, le narrateur, va nous raconter comment il en est arrivé à partager une cellule avec un Hells Angel, formidable personnage, effrayant et touchant, qui ne rêve que d’”ouvrir en deux” ceux qui ne lui reviennent pas mais est terrorisé par les souris ou les ciseaux du coiffeur.

Paul Hansen est un type bien, doux et bienveillant. Le lecteur apprendra à la fin du roman pourquoi un tel homme est en prison. Entre temps, remonteront à la surface des souvenirs d’un bonheur anéanti. Ce que raconte Jean-Paul Dubois (une constance dans la plupart de ses livres), c’est l’histoire d’un monde en train de disparaître pour être remplacé par un autre dominé par l’injustice et le mépris.

L’an dernier, le prix Goncourt avait été décerné à Nicolas Mathieu pour “Leurs enfants après eux” (Actes Sud).

Troisième tentative

Amélie Nothomb, 53 ans, était en lice pour "Soif" (Albin Michel), un roman déjà best-seller (avec près de 150.000 exemplaires vendus) dans lequel elle se met dans la peau de Jésus avant la crucifixion. C'est la troisième fois (après 1999 et 2007) que la romancière se retrouve dans la sélection du Goncourt. Le dernier Belge à recevoir le prix fut François Weyergans, disparu en mai.

Les candidats

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Jean-Paul Dubois © AFP

Outre la romancière aux chapeaux extravagants, le dernier carré du Goncourt était composé de Jean-Luc Coatalem, Jean-Paul Dubois et Olivier Rolin. Jean-Luc Coatalem, 60 ans, avait été retenu pour "La part du fils" (Stock), un récit dans lequel l'écrivain-voyageur mène une enquête sur la disparition de son grand-père mort dans un camp de concentration. Olivier Rolin, 72 ans, avait été sélectionné pour "Extérieur monde" (Gallimard), objet inclassable, sorte d'anti-mémoires ou livre de voyages des innombrables voyages de l'auteur.

À huis clos

Seuls les dix membres du jury présidé par Bernard Pivot décident du nom du gagnant. Les membres du jury sont retrouvés à huis clos au restaurant Drouant à Paris. Le lauréat du prix Goncourt touche un chèque symbolique de... 10 euros. Mais l'impact du prix est incommensurable. Il récoltera “une gloire certaine mais surtout, souligne Bernard Pivot, il va gagner beaucoup, beaucoup, beaucoup d'argent". "Il va toucher 15% sur le prix de vente de son roman. Quand il se vend à 500.000 exemplaires, faites le compte...", explique-t-il.

"La légende" 

Le prix Goncourt reste le prix littéraire le plus prescripteur pour les ventes de roman. Selon une étude de l'institut GfK pour le magazine Livres Hebdo, sur la période 2014-2018, un prix Goncourt s'écoule en moyenne à 367.100 exemplaires, devant le Goncourt des lycéens (314.000 exemplaires) et le Renaudot (219.800 exemplaires).

Les scandales

Plusieurs prix Goncourt ont été marqués par des scandales ou des polémiques. En 1919, En 1919, l’attribution du Goncourt à Proust par six voix sur dix fait scandale. Au sortir de la guerre, l’opinion patriotique plébiscite “Les Croix de bois”, roman ancré dans les tranchées où l’auteur, Roland Dorgelès, a combattu plus de deux ans comme engagé volontaire. Lui préférer “Les jeunes filles en fleurs”, évocation de la haute société, de ses salons et ses vacances, crée une “émeute littéraire”, selon Thierry Laget, auteur d’un ouvrage sur la question, “Proust, prix Goncourt”.

Romain Gary a laissé derrière lui l’une des plus grandes supercheries de l’histoire littéraire, recevant deux fois le prix Goncourt sous deux noms différents. Le premier sous celui de Romain Gary pour “Les Racines du ciel” en 1956, le second pour “La Vie devant soi”, décerné en 1975 à Emile Ajar. Il soulignera dans son oeuvre posthume “Vie et mort d’Emile Ajar”: “c’était une nouvelle naissance. Je recommençais. Tout m’était donné encore une fois”.

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