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Deux romans dans lesquels se plonger dès que les librairies rouvrent leurs portes

CritiqueCes deux romans ont ça en commun: ils sont sortis juste avant le confinement et n’ont pas bénéficié de la mise en lumière habituelle, les librairies ayant rapidement fermé leurs portes. Ils offrent également une vision du monde moderne, chacun à leur façon. Une séance de rattrapage s’impose dès la fin du confinement.

“Les fleurs de l’ombre” de Tatiana de Rosnay

Clarissa Katsef, écrivain, emménage dans une mystérieuse résidence bâtie dans le quartier parisien qui a été le plus impacté par les attentats de 2024, dix ans plus tôt. La Tour Eiffel n’existe plus, les abeilles, les oiseaux et les fleurs non plus. Clarissa a quitté son mari précipitamment après avoir découvert qu’il la trompait et trouve apaisement dans ces murs sans histoire. Personne n’y a habité avant elle. La résidence actuelle est réservée aux artistes. L’entrée est ultra sécurisée, les drones livrent les courses sur le balcon et un assistant vocal facilite la vie des locataires. Dans cet univers aseptisé, Clarissa perd doucement pied. Pourquoi la filme-t-on? Pourquoi rêve-t-elle sans cesse du drame qui l’a touchée en 1988? Qu’a fait son mari de si grave pour que la rupture soit si franche et qu’elle refuse de lui parler? Qui est cette étudiante qui semble lui vouer une admiration sans limite?

“Les fleurs de l’ombre” de Tatiana de Rosnay est paru le 12 mars, juste avant le début du confinement. Une séance de rattrapage s’impose dès la réouverture des librairies. Le roman nous plonge dans un futur imaginaire mais pas si incongru. Dans le monde de Clarissa, les robots et le virtuel prennent le pas sur l’humain. Il ne reste aux hommes que leurs émotions pour se différencier des machines. Plus on avance dans cette lecture où plane un agréable parfum de mystère, plus on s’interroge sur la santé mentale de Clarissa. Est-ce que ce qu’elle décrit est réellement en train d’avoir lieu ou est-ce la dépression qui la cueille comme elle a cueilli ses deux modèles en littérature, Virginia Woolf et Romain Gary? 

Tatiana de Rosnay souffle le froid, en nous racontant les manipulations subies par Clarissa dans son bunker impersonnel, et le chaud en abordant ses relations avec son père, sa fille, sa petite-fille qui aurait tant aimé connaître “le monde d’avant”, celui où les fleurs n’étaient pas synthétiques. C’est un livre qui parle du progrès, qui pourrait bien finir par nous rendre fous à force de nous faire savoir qu’on ne sert à rien, des relations amoureuses qui se défont avec le temps, du deuil, de la littérature et du pouvoir des murs.

Tatiana de Rosnay a sorti "Les fleurs de l'ombre" en mars.
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Tatiana de Rosnay a sorti "Les fleurs de l'ombre" en mars. © Robert Laffont

“Les étincelles” de Julien Sandrel

Il suffit d’une étincelle pour provoquer un incendie. Phoenix, 23 ans, n’y pense pas quand elle décide de mettre à jour les secrets de son père, à qui elle en veut terriblement depuis qu’il est mort dans un tragique accident de voiture, à l’autre bout du monde. N’était-il pas en train de rendre visite à la femme avec laquelle il avait une liaison? Ces trois dernières années, ce n’était plus une question mais une affirmation dans sa tête. Son père les avait trahis, sa mère, son frère et elle. Mais en tombant sur un mot indéchiffrable écrit de la main de son géniteur, Phoenix n’en est plus si sûre. En essayant de comprendre comment et surtout pourquoi son père est mort en Colombie, la jeune femme va se retrouver impliquée dans une histoire qui la dépasse.

On a parfois l’impression de vivre dans une fiction tant le monde ne tourne pas rond. La fiction n’a en fait plus qu’à se servir dans les incongruités permanentes qu’on vit tous... Julien Sandrel s’inspire d’une réalité qui nous concerne tous pour son nouveau roman, “Les étincelles”. Si on retrouve le thème de l’amour familial qui est cher à son écriture, il ouvre la porte sur autre chose. En suivant les traces de Phoenix, héroïne pleine de fougue très attachante, il nous parle de ce qu’on mange, de la façon dont l’on vit, des choses qu’on a appris à accepter et qui sont pourtant profondément révoltantes. C’est un livre lumineux, divertissant et qui fait réfléchir. 

Julien Sandrel a sorti son nouveau roman "Les étincelles".
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Julien Sandrel a sorti son nouveau roman "Les étincelles". © Calmann Levy
  1. Jean-Loup Dabadie est décédé
    mise à jour

    Jean-Loup Dabadie est décédé

    L’artiste et académicien français Jean-Loup Dabadie, qui a exercé ses nombreux talents dans des domaines variés dont la littérature, le journalisme, le cinéma et la chanson, est décédé dimanche à Paris, à l’âge de 81 ans, a annoncé son agent. Scénariste et parolier, Jean-Loup Dabadie, auteur des scénarios de plus de trente films et des textes de centaines de chansons, a travaillé avec les plus grands du cinéma et de la chanson française, dont Claude Sautet ou François Truffaut au cinéma, et Serge Reggiani ou Julien Clerc en musique.
  2. Pendant la nuit, elle ouvre les yeux et découvre un homme qui berce son bébé
    Interview

    Pendant la nuit, elle ouvre les yeux et découvre un homme qui berce son bébé

    Anna, jeune médecin éprouvée par la vie, accouche, seule, de son premier enfant. À l’hôpital, elle rencontre Gabriel, bénévole dans une association de berceurs de bébé. Qui est cet homme silencieux qui tient son nouveau-né dans ses bras avec autant de tendresse? Anna et Gabriel ont tous les deux de bonnes raisons d’avoir peur du bonheur. Et si ensemble, ils apprenaient à se reconstruire? Le cinquième roman de Sophie Tal Men, “Va où le vent te berce”, devrait être prescrit à tous ceux qui n’ont plus foi en rien. C’est un livre qui fait un bien fou en cette période très particulière, où chacun est poussé dans ses retranchements et dans sa solitude.