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Nicolas Beuglet © Bruno Lévy

“Est-ce que la vengeance ne fait pas plus de bien à la victime que le pardon?”

InterviewIl y a six ans, Nicolas Beuglet, qui était encore journaliste à l’époque, aidait des copains à déménager. On l’a envoyé vérifier que tout était vide dans le grenier. Il ne restait qu’un livre. “J’ai regardé la couverture, lu la quatrième de couverture et je ne me suis dit que ce n’était pas possible que je sois passé à côté d’un événement aussi impensable…” Un évènement terrible et véritable qui a eu lieu en Sibérie dans les années 1930 et dont on ne vous dira rien ici pour vous laisser le plaisir de la découverte à la lecture du livre “L’île du diable” (XO Editions).

Ce thriller passionnant fait suite aux livres “Le Cri” dont on vous avait parlé ici et “Complot”. Vous pouvez prendre le train en marche: on peut lire chacun des livres indépendamment les uns des autres. Dans “Le Cri”, l’inspectrice norvégienne Sarah Geringën mettait au jour une affaire de projets secrets menés par la CIA dans les années 60-70 sur le cerveau sur des cobayes non consentants dans le premier roman. Le second livre nous permettait de retrouver Sarah, un an et demi plus tard. Son enquête sur les origines de la misogynie tournait mal : elle finissait derrière les barreaux.

On retrouve notre héroïne le jour de sa sortie de prison. On est loin du soulagement espéré: son père vient d’être tué dans des circonstances abominables. En essayant de retrouver le meurtrier de son géniteur, Sarah va comprendre, enfin, d’où vient la culpabilité très forte qui la hante depuis toujours et dont elle n’a jamais compris l’origine.

Nicolas Beuglet a injecté la tragédie historique à l’histoire personnelle de Sarah. “Quand j’écris, j’ai envie qu’on prenne du plaisir, qu’il y ait du mystère, des rebondissements mais à la fin, je veux qu’on se dise : mais est-ce que c’est vrai ? Et qu’on se renseigne sur la question. Si je peux apprendre quelque chose à mes lecteurs, c’est gagné. Je suis romancier à temps plein mais mes livres sont basés sur des faits réels, il y a de la recherche de recoupement, une remise en doute, il reste en moi cette volonté de découvrir et transmettre l’information.”

On apprend donc dans L’île du diable l’existence de l’épigénétique qui dit qu’on hérite des traumas de nos ancêtres, de leurs craintes, de problèmes qu’ils n’ont pas réglés…

Oui, on peut être victime d’angoisses et de panique qui ne sont pas liées à notre histoire mais qui sont en fait liées à un événement que nos ancêtres ont vécu. Ce sont souvent des choses dont on n’a jamais entendu parler et pourtant, ça nous affecte directement. L’épigénétique est récente. Il y a une quinzaine d’années, on a trouvé des traces de traumatismes dans les gènes qui se transmettent de génération en génération. Ça dit du coup qu’on n’est pas complètement libres. Il faut creuser dans l’histoire familiale et voir quel secret enfoui n’a pas été révélé parce que ça peut être mauvais pour notre bien-être.

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L'ile du diable © XO

On ne peut pas y échapper ?

C’est réversible. Si on a un environnement sain, une alimentation saine, si on arrive à se faire une vie équilibrée, tout ça se rétablit. C’est angoissant parce qu’on hérite de trucs dont on n’est pas responsable, mais ça peut s’arranger. Les recherches n’en sont qu’au début, il y a très peu de communication là-dessus mais ça va être révolutionnaire.

Vous écrivez : “Une épidémie silencieuse est en train de nous tuer.” Vous ne parlez pas du cancer ou de la peste mais de la dépression. Selon l’OMS, c’est la première cause d’incapacité dans le monde.

J’avais discuté avec des psychiatres, on m’avait dit : les maladies physiques, on pourra toutes les guérir d’ici 15 ou 20 ans mais sur la psychiatrie, on est loin de tout comprendre. Le cerveau est l’organe le plus complexe dans le corps humain. On a fait des progrès. Mais le mal être chez les gens est souvent associé à un trait de caractère, une mauvaise humeur… Quand c’est diagnostiqué comme une dépression, il faut encore avoir accès à des traitements. Les anti-dépresseurs sont chers et en plus, chaque personne réagit différemment au traitement. On peut mettre des mois à trouver le bon médicament, le bon dosage. On tâtonne et parfois, on fabrique des médicaments qui ont une action sur la dépression mais dont on ne comprend pas le fonctionnement. Dans le livre, j’évoque une piste épigénétique, j’explique que peut-être que l’humanité a accumulé trop de malheurs, que rien n’a jamais été identifié et traité et qu’au final, ça dérègle le fonctionnement de l’humain.

Vous faites dire à l’un de vos personnages: “Pardonner est la vengeance des faibles. Celui qui pardonne s’efforce de croire qu’il va mieux parce que la société le glorifie dans son renoncement.” Vous pensez que la vengeance est une meilleure solution ?

Je me suis demandé comment je réagirais si on faisait du mal à ma famille. Est-ce que je me rangerais du côté du pardon ? La société encourage à pardonner. C’est nécessaire pour une société et une civilisation moderne, pour que tout ça tienne debout. Mais est-ce que c’est ça que je ressentirais ? En tant qu’individu, est-ce que pardonner nous fait vraiment du bien ? J’ai lu un livre qui s’appelle Éloge de la vengeance. Quand il y a une justice, le criminel, l’agresseur est puni. Très bien. Mais la victime, on ne lui dit rien de plus. Alors que la vengeance, c’est une décharge d’adrénaline, d’endorphines même peut-être qui peut donner une espèce de confiance de soi. On va peut-être se sentir mieux. Parce que pardonner, tout le monde est content mais la victime ne va pas mieux, elle. Je trouvais ça important d’explorer ça.

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