Plein écran
Illustration © getty

L’orthographe, une “cause perdue”?

En Belgique et en France, les compétences en orthographe, savoir autrefois fondamental, ne cessent de baisser chez les élèves de l’enseignement secondaire. La maîtrise du français oral et de sa lecture, également. Sommes-nous en train d’assister à une décrépitude inéluctable de notre langue?

Le français n’est pas une langue simple. Elle regorge en effet de règles subtiles, étranges, complexes, voire illogiques ou tout simplement élitistes issues d’une époque où son prestige rayonnait encore aux quatre coins du monde. Lettres muettes, pluriels déroutants, homophones piégeux, grammaire tarabiscotée, conjugaison inusitée et autres accords du participe causent bien du souci à ses locuteurs, à ses écoliers et aux allophones qui relèvent le défi de l’apprendre. Sans parler des très nombreuses exceptions aux règles de base. À l’heure où la vitesse de communication encourage tous les raccourcis irrévérencieux, le langage phonétique s’impose comme une norme informelle acceptée. À défaut d’être acceptable. 

Passé simple moribond

Constat implacable: les jeunes Français maîtrisent de moins en moins la langue de Molière. Il faut dire qu’elle n’a plus grand-chose à voir avec le registre fondateur de l’auteur. Exemple révélateur, le passé simple disparaît de la littérature populaire. En effet, dans la dernière édition de la saga du (vieillissant, certes) Club des cinq, sa suppression pure et simple a été décrétée au profit du présent, notait L’Obs. Les chiffres officiels du ministère de l’Éducation nationale enfoncent le clou: les élèves français affichent “de moins bons résultats en orthographe” que leurs prédécesseurs “évalués en 1987 et 2007", ajoute BFMTV. Le déclin s’opère. Pire, il s’accélère.

Appauvrissement collectif

Plus étonnant encore, “même les étudiants de licence ou Master ont de grosses lacunes orthographiques”, commente le sociologue Pierre Merle, professeur d'université à l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation de Bretagne. Selon sa consœur Marie Duru-Bellat, de Sciences Po Paris, le phénomène résulte avant tout d’une certaine “désinvolture” à l’égard de l’orthographe: “Nous sommes de moins en moins dans une culture de l’écrit, confie-t-elle à BFMTV. Son rôle s’est effacé alors que l’offre culturelle s’est diversifiée.” Elle nuance néanmoins les conclusions à tirer de ces observations: les étudiants s'intéressent de nos jours à de plus nombreux domaines du savoir, aux “matières artistiques, scientifiques, aux langues vivantes, à l’économie, etc.” Jugée moins primordiale, l’orthographe en subirait donc les conséquences.

Et en Belgique?

En Belgique, la maîtrise de la langue écrite s’érode peu à peu. Ainsi, seuls 72 % des élèves ont obtenu plus de 50 % à l’épreuve du CE1D, obligatoire pour passer en troisième secondaire, précise RTL info. Selon Bruno Bernard, professeur d’université, les “enfants ne sont pas plus bêtes qu’avant”. L’expert de la francophonie pointe surtout du doigt l’usage incessant des smartphones qui court-circuitent la communication familiale: “Les parents devraient plus communiquer avec leurs enfants et leur apprendre un vocabulaire plus riche”, argumente le francophile émérite. “On est vraiment dans un manque de vocabulaire”, dénonce-t-il. Une langue en outre fragilisée par l’hégémonie anglo-saxonne aux assauts franglais et anglicistes de plus en plus conquérants... 

Quant à l’orthographe, c'est malheureusement une “cause perdue”, selon lui: “Concentrons-nous sur le vocabulaire. Pour l’orthographe, on verra après...”

  1. “On est amie avec un homme gentil mais on ne b... pas avec un homme gentil”
    Interview

    “On est amie avec un homme gentil mais on ne b... pas avec un homme gentil”

    Katherine Pancol fait partie des incontournables en littérature française. On lui doit “Les Yeux jaunes des crocodiles”, “La valse lente des tortues”, “Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi” et la saga “Muchachas”. Son nouveau livre vient de sortir (juste à temps pour Noël!). “Bed Bug”, un roman surprenant qui parle, entre autres, de la vie sexuelle des insectes. Rose est biologiste à Paris. Elle travaille sur une luciole qui pourrait bien guérir le cancer. Son travail est si prometteur qu’on l’envoie à New York pour pousser ses investigations. Rose travaille de pair avec Leo. Mais si elle connait sur le bout des doigts les techniques de séduction des insectes, elle galère dans sa vie amoureuse.