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Katherine Pancol © Sylvie Lancrenon

“On est amie avec un homme gentil mais on ne b... pas avec un homme gentil”

InterviewKatherine Pancol fait partie des incontournables en littérature française. On lui doit “Les Yeux jaunes des crocodiles”, “La valse lente des tortues”, “Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi” et la saga “Muchachas”. Son nouveau livre vient de sortir (juste à temps pour Noël!). “Bed Bug”, un roman surprenant qui parle, entre autres, de la vie sexuelle des insectes. Rose est biologiste à Paris. Elle travaille sur une luciole qui pourrait bien guérir le cancer. Son travail est si prometteur qu’on l’envoie à New York pour pousser ses investigations. Rose travaille de pair avec Leo. Mais si elle connait sur le bout des doigts les techniques de séduction des insectes, elle galère dans sa vie amoureuse. 

Dans “Bed Bug”, Katherine Pancol déstabilise son lecteur en prêtant à Rose des pensées pas très catholiques. Rose semble soumise à ceux qui l’entourent mais une fois dans l’intimité, elle préfère être quelque peu brutalisée. “J’ai interviewé beaucoup de filles entre 25 et 30 ans. C’est le gros bordel dans leur tête”, sourit Katherine Pancol. “La femme a réussi à faire son trou dans la société du point de vue professionnel: il y a de plus en plus de femmes aux commandes. Je discute beaucoup avec des filles de 30 ans qui adorent Hortense. Ce sont des filles qui, quand elles ne sont pas bien dans un boulot, partent et font autre chose. Par contre, en amour, elles n’ont pas la même assurance. Elles sont nunuches et embarrassées.” 

Comment expliquez-vous ça, justement?

C’est sûrement parce que le désir, c’est un terrain sombre, excitant, terrifiant. Le désir reste un continent inconnu qu’on ne peut pas maitriser. Ça nous déséquilibre. On ne sait soudainement plus comment s’habiller, on veut plaire à l’autre et on ne sait plus qui on est. Rose veut faire bonne impression mais elle n’est pas une imprimante. Vous n’êtes pas une imprimante! Il faut coller à qui on est vraiment et en faire une force. Au lieu de se dire: je ne suis pas assez jolie, je n’ai pas assez de style, il faut se dire: mais j’ai une audace formidable, j’ai un super nez…  Il faut tirer parti du positif.

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© Albin Michel

Rose rêve de sexe brutal. On parle rarement de ça dans les romans destinés au grand public…

C’est vrai. J’ai interrogé trois ou quatre filles d’une trentaine d'années. Elles étaient ensemble, du coup elles se stimulaient entre elles. L’une m’a dit : Moi, quand je fais l’amour pour la première fois avec un garçon, je lui dis baise-moi mais pas gentiment. Elle ne veut pas qu’on la dérouille mais elle veut avoir l’impression d’affronter un danger. Elle veut qu’on lui tire les cheveux. Les autres ont confirmé qu’elles aussi, elles aimaient ça. Elles disent toutes : Je suis amie avec un garçon gentil mais je ne baise pas avec un garçon gentil. On ne tombe jamais amoureuse d’un homme gentil mais d’un homme cruel. Bon, ce n’est pas toutes les filles… Mais beaucoup. Hier encore, je dînais à Paris avec une fille de 30 ans. Elle m’a dit: Tu ne te rends pas compte comment parlent les filles. Elles se mettent des trucs dans tous les orifices… (Elle éclate de rire)

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© Sylvie Lancrenon

Mais si elle rêve de sexe brutal, dès son premier rendez-vous avec un garçon, Rose se projette avec lui et se voit déjà mariée…

C’est bien là tout le problème. Les jeunes femmes d'aujourd'hui sont très contradictoires.

“Bed Bug” parle aussi d’abus qu’on a subis et qu’on a fait semblant d’oublier pour avancer. Sauf qu’on n’oublie rien et qu’on n’avance pas tant que ce n’est pas dit…

J’étais là avant avec Me Too, je parlais déjà de ça mais les gens ne retenaient pas ça. Les gens se disaient: c’est normal, ça arrive à toutes les filles. On m’a souvent dit que j’avais une mauvaise opinion des hommes mais non, en fait, j’ai une très bonne opinion des femmes. Avant, quand on parlait de femmes malmenées, battues, maltraitées, on ne parlait pas de féminicides mais de crimes passionnels. Vous vous rendez compte?

Vous avez parlé de votre propre expérience de viol sur Europe 1. C’était nécessaire d’en parler?

Oui, parce que je n’ai pas à en avoir honte. Il faut arrêter de coller de la honte sur les victimes, il n’y a pas de honte à avoir. Vous êtes déjà victime et en plus, vous supportez les regards des gens.

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© Sylvie Lancrenon

“Bed Bug” est, encore une fois, un livre de femmes. Rose vit avec sa mère et sa grand-mère…

C’est parce que je regarde le monde dans lequel j’habite. Je suis souvent à New York. Je suis sidérée par le nombre de femmes qui dînent ensemble. Elles sont cinq ou six, elles rigolent. C’est Sex & The City. Elles ont besoin d’un homme pour baiser, point barre. Pour l’émulation, la curiosité ou pour consoler leur chagrin, elles vont voir leurs copines. Vous savez, je comprends que certains hommes puissent se dire que je ne les aime pas mais souvent, les hommes qui me contactent, ils sont contents parce qu’ils apprennent des trucs. Certains disent: vous êtes dure avec nous. Mais je les adore les hommes.

Dans ce roman, vous racontez avec précision la vie amoureuse des insectes. Toutes les histoires sont vraies?

Oui. J’ai travaillé avec un biologiste du CNRS. Il a des histoires dingues : c’est romanesque, le milieu de la recherche. La vie sexuelle des insectes est incroyable. La femme grillon, les mâles déposent leur sperme, elle se le met elle-même dans le vagin et elle rejette quand ça ne lui plaît pas pour en tester un autre. Elle essaie, elle dispose. Maximum respect pour les femmes insectes. (Elle éclate de rire). Rose est biologiste. Elle comprend les hommes en partant des insectes comme un mathématicien va vous parler d’amour en vous donnant des formules.

C’est un livre qui est appelé à devenir une saga?

Non. Les sagas, c’est un peu pénible. On se retrouve embarqué dedans, c’est long. Pour le moment, je n’ai pas le temps de me poser la question, je suis sur les routes tout le temps. Il faut que je sois seule à la campagne, avec mon chien dans la forêt pour réfléchir. J’ai envie de faire un album de la BD qu’on a faite sur Instagram avec Anne Boudart. J’ai beaucoup ri. J’ai envie de faire des choses…

Et le succès que vous avez sert à ça? Tenter des choses?

Oui, le succès, ça rend libre. Ça ne doit pas enfermer. Ça doit donner des ailes.