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Pendant la nuit, elle ouvre les yeux et découvre un homme qui berce son bébé

InterviewAnna, jeune médecin éprouvée par la vie, accouche, seule, de son premier enfant. À l’hôpital, elle rencontre Gabriel, bénévole dans une association de berceurs de bébé. Qui est cet homme silencieux qui tient son nouveau-né dans ses bras avec autant de tendresse? Anna et Gabriel ont tous les deux de bonnes raisons d’avoir peur du bonheur. Et si ensemble, ils apprenaient à se reconstruire? Le cinquième roman de Sophie Tal Men, “Va où le vent te berce”, devrait être prescrit à tous ceux qui n’ont plus foi en rien. C’est un livre qui fait un bien fou en cette période très particulière, où chacun est poussé dans ses retranchements et dans sa solitude.

Sophie Tal Men est romancière mais aussi cheffe de service en neurologie à l’hôpital de Lorient en Bretagne. Ses personnages évoluent dans le milieu médical, ou n’en sont jamais bien loin, et ses histoires se déroulent au milieu des embruns bretons. “Je mets de la médecine là-dedans parce que c’est un sujet que je maîtrise” sourit-elle au téléphone. “Et j’ai envie d’apprendre des choses à mes lecteurs.” Par exemple, le frère de Gabriel est épileptique. “J’avais envie de raconter ce que ça pouvait être, ces crises qui tombent sans qu’on s’y attende. Je fais de ce personnage le personnage principal de mon prochain roman. Il est étudiant en médecine, il doit prendre son médicament tous les jours et j’en vois beaucoup des adolescents comme lui. Ce n’est pas facile à tenir une telle régularité...”

Gabriel n’est pas médecin mais il passe du temps entre les murs de l’hôpital pour bercer des bébés hospitalisés. Sa présence, pendant la nuit, permet de soulager les parents épuisés. Son rôle est d’être là, tout simplement. Les berceurs de bébés existent vraiment. Ça a commencé aux États-Unis, mais ça existe aussi en France et en Belgique. “Quand j’étais étudiante en médecine, j’étais bénévole auprès des enfants malades. J’étais là pour les faire rire, les divertir. J’ai récemment rencontré deux personnes qui font partie d’une association à Paris: ils bercent des nouveaux nés. Elles m’ont raconté leurs techniques: les petits cercles que Gabriel fait sur les tempes des bébés, ça vient d’elles.” Gabriel est un personnage “un peu hors des clous”, “très viril”, “qui n’a pas le contact facile”. “C’est quelqu’un qui ne pense pas pouvoir faire du bien aux autres.” Il va découvrir qu’il fait, en fait, beaucoup de bien aux enfants et que ces enfants-là lui font également du bien.

Sophie Tal Men nous parle de contacts humains, elle nous raconte comme Gabriel apaise les bébés en les touchant. C’est plus que jamais dans la fiction vu qu’on vit désormais dans un monde où les contacts humains sont prohibés. “Les premières semaines, quand j’ai vu à quel point le rapport aux autres était modifié, j’ai été effrayée. On va tous être marqués par cette période. Ça va être long. Mais on va y arriver”, dit-elle, optimiste.

“Va où le vent te berce” parle également de résilience: comment se relever quand on a vécu un drame qui nous a transformés? “La clé, c’est justement le rapport à l’autre. On a besoin de l’autre pour avancer, pour se reconstruire: Gabriel a besoin d’Anna et elle a besoin de lui, les bébés ont besoin de lui et il a besoin des bébés.”

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Le vent, la mer, l’horizon comme décor

Elle sourit quand on lui dit qu’elle va déclencher un boum des inscriptions dans les associations de bénévoles de berceurs de bébés. “J’espère: ils ont besoin de monde. Mais ces associations-là demandent un investissement énorme: il faut s’engager pour un soir par semaine et au moins sur un an, il faut se permettre de dégager du temps.” Elle sourit également quand on lui dit que nombreux seront les lecteurs qui rêveront de découvrir l’île de Groix après la lecture de son livre. “Dans chacune de mes histoires, il y a une carte postale d’ailleurs: avant, c’était Cuba, ici, c’est la Grèce, mais je reviens toujours à la Bretagne. J’habite en face de la mer, il n’y pas un jour où je ne marche pas sur la plage avec mon chien. Le vent, la mer, l’horizon, ça fait partie de mon décor. Un jour, je suis rentrée dans un bar appelé le Tue Mouches. C’était un bar avec une atmosphère tellement romanesque. Dans mon livre, il s’appelle le Gobe Mouches mais il est là. Les auteurs sont tous pareils: on prend des notes, on regarde les gens, certains patients m’inspirent, certains lieux aussi.”

Son expérience de mère aussi l’a aidée à tailler le personnage d’Anna avec précision. Anna est maman, elle aime son enfant, mais elle n’en est pas moins passionnée par son travail de médecin. Sophie Tal Men le rappelle: on peut être mère et avoir une carrière, les deux ne sont pas incompatibles. “Ce qui m’intéressait, c’est qu’elle soit médecin. Elle a les bases médicales mais elle ne sait pas faire avec son enfant pour autant... J’avais ces questions-là: j’ai rencontré des parents qui ne parlaient pas à leur enfant parce qu’ils pensaient qu’il ne comprenait pas. Alors que c’est prouvé: c’est important de dire les choses, même s’ils ne comprennent pas tout, il y a un échange qui se passe. Quand Anna se met à lui parler, il réagit.”

On vous le disait: on finit la lecture de ce roman apaisé. Les lecteurs de Sophie Tal Men lui écrivent régulièrement, grâce à l’adresse mail qu’elle laisse à la fin de son roman, pour lui dire qu’elle leur a fait du bien. Elle sourit: “En tant que soignante, je fais du bien avec mes histoires.” La boucle est bouclée. 

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