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Un livre solaire qui va vous faire oublier la dureté de la rentrée

InterviewLa rentrée a envoyé valser vos jolis souvenirs d’été. On a un moyen efficace pour prolonger la sensation du soleil sur votre peau: ça s’appelle “Nobelle” et c’est signé Sophie Fontanel, Fonelle pour les intimes. Annette vient de recevoir le prix Nobel. Dans son discours d’acceptation, elle se souvient de cet été décisif, celui de ses 10 ans. C’était en 1972, dans le sud de la France. Il faisait chaud et Annette rencontrait Magnus, un petit garçon de son âge, flamboyant mais sans talent d’écrivain malgré les espoirs de son père, éditeur. Annette raconte ce premier amour, les désillusions, l’ambition, ses premiers pas “d’écrivaste”. C’est un roman plein de sensations estivales, d’innocence, c’est chaud et ça fait du bien au cœur.

Avec “Nobelle”, Sophie Fontanel revient à la fiction et elle nous dit à quel point ça lui a été bénéfique. “J’ai beaucoup aimé faire ce que je faisais avant parce que c’était de la construction. Ce n’est pas juste raconter ma vie. C’est beaucoup d’invention, de manière de présenter les choses.” Elle a raconté l’absence de sexe dans “L’envie” (nous l’avions interviewée pour ce livre) et ce que ça implique de ne plus colorer ses cheveux dans “Une apparition”. “En France, on est cerné par les gens qui se racontent. Je l’ai fait aussi, loin de moi l’envie de critiquer. Mais j’avais besoin de cœur, de choses bouleversantes, de pleurer en écrivant, de faire pleurer le lecteur.”

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"Nobelle" de Sophie Fontanel. © Robert Laffont

Même si c’est un conte, évidemment, il y a un peu d’elle dans cette histoire. Comme Annette, Sophie s’est mise à écrire très jeune. “Mais ça n’a rien posé comme problème dans la famille. Personne ne m’a rien volé. J’écrivais, c’est tout. Là, ce n’est pas pareil. J’en fais quelqu’un qui est un génie. Elle va avoir le prix Nobel. Il y a quelque chose en elle de très étrange. Moi je n’étais pas très étrange, j’étais juste douée. Elle, elle a vraiment quelque chose. J’aimais beaucoup travailler son humilité. À la fois, elle a ce don et à la fois, elle veut être une petite fille comme les autres.”

Face à elle, Magnus l’envie puis la jalouse. Son père aimerait tant qu’il écrive mais Magnus n’a rien dans la tête qu’il a envie de coucher sur papier. Annette, elle, s’émerveille du don qu’elle se découvre grâce à ce petit garçon qui anime chez elle ses premiers émois amoureux. “Quand le garçon est le poète et la fille la muse, on est très habitués. C’est comme si c’était un honneur que le garçon faisait à la fille en la prenant comme muse. Mais quand c’est l’inverse… Là, tout d’un coup, c’est pas pareil. C’est intéressant cette espèce de menace que ça peut être pour un petit garçon de voir une petite fille avoir du talent.”

Et même si entre les deux enfants, les choses tournent mal et qu’ils se quittent, déçue pour l’une et gêné pour l’autre, Annette s’en sort, bien des années plus tard, haut la main. “Les livres sont souvent glauques. Je voulais un livre sur une victoire. Parce qu’elle a le prix Nobel et aussi parce qu’elle pardonne à ce petit garçon ce qu’il a fait d’horrible. Je voulais qu’il y ait de la bonté, des sentiments grandioses. Je ne voulais pas des sentiments mesquins. J’aurais pu en faire balance ton porc. Et j’aurais pu faire de cette petite fille, une victime. Mais je ne voulais pas. Elle trinque. Elle souffre beaucoup. Mais quand on a le prix Nobel, est-ce qu’on ne pardonne pas?”

“Quand Stromae s’est mis à faire de la mode, plus personne ne parlait de lui”

Sophie Fontanel le dit: les personnages sortent tout droit de son imagination. Mais il y a des sentiments qui la relient à la jeune Annette, parfois méprisée parce qu’elle est jeune et qu’elle est une fille et que certains estiment dès lors qu’il n’est pas possible qu’elle ait du talent. “J’ai ressenti ça. Je ne veux pas dire que ça m’a entravée parce que ce n’est pas le cas mais j’ai, tout au long de ma vie, senti ça. Quand je travaillais à Canal Plus, le directeur Alain De Greef que j’adorais me parlait de gens qui n’avaient pas écrit de livre en me disant que s'ils en écrivaient un, un jour, ça serait formidable. Mais mes livres à moi, il ne m’en parlait jamais. Comme si ça n’existait pas. Un homme qui écrivait ça comptait, pas une femme. J’ai rencontré ça mais j’ai eu la sagesse de laisser pisser, de n’en jamais m’en formaliser. Aujourd’hui, mon lectorat s’ouvre. Des hommes, qui pensaient que parce que j’étais une fille et que je travaillais dans la mode, j’écrivais des histoires de nanas, aujourd’hui, livrent mes livres.”

Annette ne se définit pas comme écrivain mais comme écrivaste. Un terme que l’on retrouve dans votre bio sur les réseaux sociaux. C’est comme ça que vous vous définissez aussi...

Pour moi, dire je suis écrivain, c’est déjà vouloir rentrer dans la caste des écrivains, caste qui m’indiffère. Ça fait référence à un milieu littéraire, à des gens qui vous valident votre travail. C’est tout un monde qui grouille dans un petit quartier… Quand Annette écrit la phrase: Des mondes s’occupent de nous en silence, cette phrase la dépasse. Elle comprend que cette phrase-là est plus grande qu’elle, que c’est vaste. Ne sachant pas qu’il y a un statut d’écrivain, elle va à la fenêtre et elle hurle: Je suis écrivaste. Elle invente un mot qui définit ce qu’elle est. Ce qu’elle définit là, c’est un écrivain féminin. C’est quelqu’un qui invente son statut puisque dans les années 70, il n’y avait que très peu de femmes qui avaient le prix Nobel. J’ai mis sur Instagram que j’étais écrivaste. Certains trouvent peut-être que c’est crétin mais au moins, ça prouve que je suis décalée par rapport à cette manière de définir les gens. Je m’occupe de mode. On dit toujours en premier que je suis journaliste, ce que je ne suis même pas, je n'ai pas la carte de presse. Je suis plutôt une sociologue de la mode mais bref. Les gens parlent de ça et disent : et par ailleurs, elle écrit des livres. Mais je n’écris pas des livres “par ailleurs”. Je passe ma vie à écrire. Je mets trois ans à écrire un roman. J’en suis à mon quinzième livre. En France, faire plusieurs choses est difficilement accepté. Quand Stromae s’est mis à faire de la mode, plus personne ne parlait de lui.

Ça vous agace?

C’est agaçant mais je ne peux rien faire contre ça. Je suis entre les deux, c’est vrai. Il faut du temps pour que les gens comprennent. Je pense que ça bouge. Le Monde parlait de la rentrée littéraire et ils ont fait une liste des dix têtes d’affiche de la rentrée. Ils m’ont mise dedans. C’est rare pour eux de faire ça. Ils ont fini par comprendre que j’existais sur leur planète. Je n’ai rien fait pour ça. C’est arrivé. 

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Sophie Fontanel © Ludovic Fontanel
  1. Elle est belle et elle “a un nom”. Violée, elle fait face à un choix horrible: se taire ou être lynchée
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    Violée, elle fait face à un choix horrible: se taire ou être lynchée

    Mazarine Pingeot sort “Se taire”, un roman qui dit qu'il faut parler quand on a été violée, peu importe le nom de famille que l’on porte. Beaucoup pensent qu’elle s’est inspirée de l’histoire de Pascale Mitterrand, la petite fille de son père, qui avait accusé Nicolas Hulot de viol. Pascale avait 20 ans à l'époque, elle était photographe et l'affaire a été médiatisée l'année passée alors qu’elle ne l'avait pas souhaité. Il y a effectivement quelques parallèles. “Mais ce n’est pas son histoire”, nous dit Mazarine Pingeot au téléphone. “Elle n’est pas Mathilde. C’est écrit dans le prologue: au lieu de s’intéresser au problème de fond, on cherche des noms. L’histoire de Pascale m’a inspirée mais comme d’autres histoires moins connues.” L'anecdotique étant désormais évacué, on peut entrer dans le vif du sujet.