Ils ont décidé de miser sur le local, mais comment ça se passe pour eux durant le confinement ?

Nos habitudes ont été quelque peu bouleversées depuis le début de la crise sanitaire, notamment en matière d’alimentation. Nous vous en parlions il y a une semaine : depuis le confinement, les commerces locaux sont généralement plus fréquentés. Après avoir donné la parole aux commerçants, il est temps d’entendre ce que pensent les clients. Rencontre (virtuelle) avec six Liégeois et Liégeoises qui ont misé sur le local.

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Une chose est sûre, avec le confinement nous avons tous et toutes plus de temps pour nous. Un temps que certains utilisent pour repenser leur manière de vivre, leurs habitudes, faire le point sur ce qu’ils jugent bon ou ce qu’ils jugent néfaste pour eux, leurs semblables et la planète. Parmi leurs réflexions, la question de l’alimentation.

Grâce aux déplacements limités (ou à cause, c’est selon), certains Liégeois ont déserté, en tout ou en partie, les grandes enseignes alimentaires pour se tourner vers les agriculteurs et commerces locaux qui vendent des produits plus éco et socialement responsables.

Ils sont passés au 100% local

Alice et Julian ne se connaissent pas, mais ont une chose en commun : depuis le début du confinement, ils ne font plus leurs courses dans les grandes surfaces. Avant cette crise, lui effectuait 80% de ses courses dans les épiceries de son quartier. Pour elle, les produits locaux représentaient 70% de son quotidien.

“Pour le moment, je ne mets plus les pieds dans les grands magasins, comme je l’avais déjà fait durant un mois ou deux, par le passé. Je me satisfais de ce qu’ont à proposer les épiceries en vrac et de quartier, ainsi que les coopératives”, commente Julian. “Il fallait que mes habitudes changent. Je fais partie de divers projets locaux, et je me sentais un peu coupable de continuer à aller dans les supermarchés.”

Citation

J’ai transformé ma culpabi­lité en opportu­nité. Et je pense sincère­ment qu’il est possible de consommer 100% local !

Julian

Alice s’est rendu compte, elle aussi, qu’il était tout à fait possible de se contenter des produits locaux. “Dès le début, on a commencé à éviter les grandes surfaces où plein de gens étaient passés avant nous”, explique la jeune femme. “Ce que le confinement nous a permis, c’est notamment de découvrir un nouveau producteur de viande grâce au bouche à oreille. J’ai déjà demandé à ma maman d’essayer de ne plus aller dans les grands magasins après le confinement. Ou alors, juste pour le strict minimum.”

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Là, encore, où les deux Liégeois sont d’accord c’est sur le montant indiqué sur la souche. Globalement, la note est plus élevée, mais pris individuellement, tous les aliments ne sont pas plus chers pour autant. Si la viande est plus chère, les légumes, eux, par exemple, ont un prix identique ou inférieur à ceux des grandes enseignes. Tous les deux soulignent que, pour eux, ce qui importe avant tout n’est pas de payer moins cher, mais de consommer de manière plus responsable.

Introduire du local, c’est déjà un premier pas

Introduire des produits locaux dans son quotidien n’est pas toujours chose aisée. Déjà, parce que c’est une question d’habitude et qu’il est parfois difficile d’en changer, mais également parce que beaucoup s’imaginent qu’il faut avoir un salaire de ministre pour pouvoir se le permettre. Ce n’est pas tout à fait vrai, comme nous vous l’avons expliqué plus haut. Et puis, il n’est pas nécessaire de dire totalement “non” aux grandes surfaces dès le début. Toute petite pierre posée permet à un édifice d’être érigé.

Depuis qu’elle a déménagé dans un nouveau quartier, Romane fréquente davantage les épiceries du coin. “Avant, c’était compliqué parce que je fais presque tout à pied et que j’étais loin des petits commerces. Où j’habite maintenant, il y a une fromagerie, une boucherie et plusieurs commerces d’alimentation locale et bio. Je fais très attention à la dimension écoresponsable et au fait de soutenir les petits producteurs”, explique la jeune Liégeoise.

Toutefois, elle n’y trouve pas toujours son bonheur. Certaines habitudes et préférences sont difficiles à changer, et même si elle essaie de consommer d’avantage local, elle ne peut encore faire un trait sur quelques plaisirs coupables, comme les chips ou les biscuits.

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Depuis un an, Fred aussi essaie d’acheter un maximum de produits provenant de l’agriculture belge, mais il explique ne pas délaisser totalement les magasins classiques, en faisant toutefois attention à ce que ses achats ne fassent pas du tort aux producteurs locaux. “Avec les prix toujours plus bas, nos agriculteurs n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Du coup, je préfère mettre un peu plus de sous dans mon panier ménager, mais favoriser et aider nos producteurs”, explique-t-il.

En plus de cette habitude qui se veut écologique et sociale, le militaire liégeois cultive lui-même ses légumes depuis deux ans.

Difficile durant le confinement

Alessandra, quant à elle, intègre des courses locales dans ses courses habituelles depuis plus ou moins cinq ans. Un réflexe qu’elle a acquis lorsqu’elle vivait encore chez ses parents.

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Faire vivre les produc­teurs qu’on a près de chez soi, c’est essentiel. C’est tellement meilleur en goût et, en plus, c’est de saison. Il n’y a pas photo !

Alessandra

Si elle ne consomme pas que du local, c’est parce qu’elle ne trouve pas toujours tout ce qu’il lui faut, et qu’elle juge hors de prix les magasins du genre, situés autour de là où elle habite. Pour elle, manger local, c’est avant tout aller directement chez les petits producteurs, éleveurs, maraîchers et fermiers de sa région.

Par contre, elle et son compagnon, au contraire d’Alice et Julian, font moins leurs courses dans les commerces locaux depuis le début du confinement. Mais elle s’explique : “On respecte le confinement à la lettre. On ne sort qu’une fois pour faire les courses, donc on ne multiplie pas les magasins et les contacts humains.”

Les conseils d’une localiste convaincue

Depuis deux ans, Florence a décidé de ne manger que des produits locaux. Diplômée en techniques et gestions agricoles à l’IPEA La Reid, elle a d’abord travaillé en maraîchage à la ferme de l’Arbre, à Lantin. “Là, j’ai compris qu’il était temps de se nourrir correctement”, explique-t-elle.

Depuis, elle n’achète plus ses produits qu’auprès de la coopérative “Les Petits Producteurs”, ou dans les fermes qu’elle fréquente grâce au travail. Elle a donc banni certains aliments, comme les sodas, dont elle était très friande, les chips, les sucreries, et tout ce qui est emballé de manière générale.

Pour elle, manger local n’est pas compliqué à mettre en place à partir du moment où l’on vit à proximité de commerces qui le propose. “Si ce n’est pas le cas et qu’il fait faire dix kilomètres pour aller chercher des œufs, puis cinq pour le lait et deux pour le reste, ça devient plus compliqué, c’est vrai”, commente Florence.

Pour la Liégeoise, le meilleur conseil qu’elle puisse donner et d’y aller à son rythme, sans se sur-culpabiliser ou faire culpabiliser les autres. “Chaque geste compte, mais si on voit ça comme une contrainte, c’est perdu d’avance”, croit-elle. “C’est une routine qui se met en place petit à petit et qui devient automatique au fur et à mesure. Il faut avoir ses petits plans pour faire ses courses, etc.”

Citation

On ne peut pas tous être parfaits d’un point de vue écolo, mais essayer, c’est déjà avancer.

Florence

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