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Vous ne la connaissez pas encore mais ne pourrez bientôt plus vous passer d'elle

Avec plus de onze livres de recettes en néerlandais et une révolution des mentalités à son actif, l'ex-mannequin flamand Pascale Naessens est un monument, une "BV", comme on dit au Nord du pays. Et pour cause: tout en bousculant les codes de l'alimentation traditionnelle avec bon sens et savoir, l'écrivain a surtout la volonté de flatter les papilles de ceux qui s'essaient à ses recettes à la fois simples, pures et savoureuses. Le tout dans une seule et même optique: retrouver le plaisir de manger et s'affranchir de ses démons. Son dernier livre, "Encore plus simple avec quatre ingrédients", paraîtra bientôt en français. L'occasion pour 7sur7 de la rencontrer et de découvrir un peu mieux le phénomène Pascale Naessens.

Si son nom est encore peu connu chez les francophones, Pascale Naessens est une personnalité bien ancrée en Flandre. La notoriété de l'ex-mannequin et présentatrice de 49 ans y a rapidement dépassé le cadre traditionnel des émissions culinaires. Sa soif intarrissable de comprendre le rapport du corps à la nourriture tout en vouant une passion sincère à la cuisine a donné naissance à une série de livres de recettes qui ont fini par faire d'elle une référence en matière d'alimentation. Et pour cause: son approche, à découvrir ci-dessous, mais aussi ses recettes rapides et délicieuses, ont littéralement révolutionné la manière de penser les repas légers. "Manger Pascale Naessens", c'est aussi pour beaucoup voir s'envoler les kilos superflus sans souffrance. Rares sont les foyers où au moins l'un de ses onze élégants ouvrages ne trône pas dans la cuisine. Quatre d'entre eux ont d'ores et déjà été traduits en français, le petit dernier, très prometteur, est pour la fin de l'été. Voici en quoi ils consistent.

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Se réconcilier avec son corps et la nourriture

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Aujour­d'hui, je ne monte plus jamais sur une balance

Tout a commencé avec l'expérience personnelle de Pascale Naessens, et des troubles de l'alimentation comme en connaissent beaucoup de jeunes femmes, pas seulement mannequins d'ailleurs. "Ce n'est pas quelque chose dont je parlais facilement à l'époque, mais dont j'ai appris à parler au fil des interviews. Il est difficile de mettre des mots sur ces choses-là, mais ma volonté de partager mon expérience ou plutôt ce qui m'a finalement aidé à me sentir mieux a pris le dessus", nous confie-t-elle avec pudeur. En deux mots, l'auteur a elle-même longtemps lutté avec le besoin irrépressible de manger et à la fois celui de perdre du poids. Un cercle vicieux "qui, vu le succès de mes livres, ne touche visiblement pas que moi mais une grande partie de la population, à qui le modèle d'alimentation traditionnel semble ne pas convenir", sourit-elle.

Après avoir réalisé une foule de régime infructueux, elle a naturellement réalisé avec des recherches, de l'expérience et du recul que les glucides déclenchaient chez elle une véritable addiction et des réactions en cascade. "Sensation de gonflement et ballonnements, faim irrésistible, mauvaise humeur, fatigue", énumère-t-elle. Elle les a donc écartés de son alimentation et, de nombreuses années plus tard, stabilisée et heureuse de cet équilibre enfin trouvé, elle a commencé à le partager avec succès. L'écho fut immense. C'est là qu'elle a réalisé à quel point son récit sur son ancien mal-être résonnait en bien d'autres personnes. Avec la foule de recettes respectueuses de sa méthode qu'elle concoctait déjà spontanément avec amour pour son mari et ses amis, elle a commencé à rédiger des livres. 

Redécouvrir la satiété
Son concept est simple: faire de meilleures associations alimentaires, en exclure certaines, et voir le résultat sur son organisme. Le tout, et c'est ce qui fait toute la différence, en se faisant plaisir gustativement, c'est-à-dire en (re)découvrant des produits purs et des combinaisons heureuses d'ingrédients frais et naturels. "Je trouvais regrettable que 'manger sain' soit encore, surtout à l'époque, encore rébarbatif, lié à la privation, au manque de goût et se résumait à de la salade. Je voulais surtout prouver qu'on pouvait se faire plaisir à chaque repas, redécouvrir le sentiment de satiété et à la fois sentir son corps libéré retrouver son énergie", explique-t-elle. 

"Non, les gens qui veulent mincir ne manquent pas de volonté"
Son but aujourd'hui, c'est d'aider ceux qui vivent exactement ce qu'elle a vécu à s'affranchir du cercle vicieux de la nourriture compulsive et à retrouver le plaisir de manger. "En général, les gens qui veulent perdre du poids ou ont des troubles alimentaires ont tout essayé: les régimes, diététiciens, nutritionnistes, médecins et même psychologues. On leur reproche parfois de manquer de volonté, mais le problème, ce n'est pas eux, c'est ce qu'on leur a appris à mettre dans leur assiette", balaie-t-elle en faisant allusion à la pyramide alimentaire telle qu'on nous l'a inculquée.

"Les kilos s'envolent sans s'en apercevoir"
"J'ai eu des ailes dans le dos durant deux ans en réalisant à quel point j'avais pu aider des gens. Ils suivaient ma méthode et se sentaient de mieux en mieux dans leur vie. Sans s'en apercevoir, les kilos s'envolaient et ils retrouvaient leur énergie perdue. Libérés de leur obsession pour leur poids, certains ont retrouvé leur créativité. Ils perdent moins d'énergie et de temps à penser à faire attention à combien ils mangent, à compter les calories, à s'interdire trop de choses". Exactement le cheminement qu'elle a vécu plus tôt dans sa vie: "Aujourd'hui, je ne monte plus jamais sur une balance, je ne me sens pas privée parce que je n'ai tout simplement plus envie de ce qui me fait du tort", résume-t-elle du haut de sa silhouette tonique et filiforme.

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Concrètement, elle met quoi dans notre assiette?

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Dites à un alcoolique de se contenter d'un petit verre de vin ou d'un whisky le week-end, il n'y arrivera pas. C'est la même chose avec les glucides

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"Ma cuisine pour une vie meilleure", promet son dernier livre en français. Rien que ça. Si le discours de Pascale Naessens fait rêver, il faut bien comprendre qu'il va falloir malgré tout revoir sa copie pour accéder à ce paradis perdu. Dans un monde où l'on est constamment sollicité et tenté, où la profusion des produits industrialisés nous submerge, "manger Pascale Naessens", c'est revenir à l'essentiel. Oubliez vos tartines au choco du matin et vos macaronis jambon-fromage. On ne vous fait pas l'affront de préciser qu'il faudra renoncer aux sucres raffinés. Mais en vérité, pour avoir testé l'expérience, même pas mal! Parole d'accro aux pâtes et au chocolat. 

Sa méthode tient en quelques notions très claires, comme elle l'explique au début de tous ses ouvrages, notamment au travers de schémas simplissimes sur les associations légères (voir ci-dessous): 

- La notion essentielle: les légumes, c'est la vie 
- On les associe avec les protéines (poisson, viande, fromage, soja) OU avec des glucides MAIS jamais (ou le moins possible) de protéines et de glucides en même temps (tartine au jambon, viande et pommes de terre)
- Noix, graines, yaourt, oeufs, graisses: à combiner avec tout
- Les fruits-plaisir

La guerre des glucides?
Pascale Naessens privilégie forcément les glucides à l'index glycémique le plus bas: haricots, pois chiches, avoine, quinoa, lentilles. Elle ne recommande pas mais tolère le riz complet, les patates douces, les pâtes et pain complet. Jamais elle ne cuisine de farine blanche et pommes de terre. Pourquoi? Tout simplement parce que ces derniers, de par leur index glycémique très élevé, jouent particulièrement sur l'organisme de nombreux sujets et entraînent les problèmes évoqués plus haut.

Mais la sacro-sainte modération n'est plus la clé alors? "Un nutritionniste vous dira souvent de garder vos petites tartines du matin et d'apprendre à vous contenter de juste une ou deux petites pommes de terre, ou d'en manger à votre guise mais uniquement le week-end. Mais pour moi -comme pour beaucoup- c'est l'échec assuré car c'est une addiction. Dites à un alcoolique de ne se contenter que d'un petit verre de vin par jour et éventuellement d'un whisky le week-end, il n'y arrivera pas évidemment. C'est un peu la même chose avec les glucides, on en veut toujours plus", soupire Pascale Naessens.

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Illustration extraite de "Ma cuisine pour une vie meilleure" © Pascale Naessens

Trop contraignant pour vous? Tentez le challenge pour voir

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Ne pas manger de pâtes ou de pommes de terre pour mincir, mettre les légumes au centre de l'alimentation, exclure le sucre: vous avez sans doute une impression de déjà vu en lisant tout ceci. Logique. "Je n'ai rien inventé!, s'amuse Pascale Naessens. Je n'ai pas découvert l'alimentation pauvre en glucides évidemment, je n'ai fait que tirer de mes recherches ce qui me semblait le plus juste et, peut-être, initier un mouvement en Flandre", résume-t-elle humblement.

En réalité, elle doit surtout son succès à sa manière de "cuisiner sa méthode". Car c'est bien de cela dont il s'agit: de cuisine! Adieu les plats tristounets et trop stricts, ses recettes aux accents méditerranéen et asiatique n'ont rien de déprimant ou de contraignant, au contraire. Les associations sont savoureuses, simples et festives (non, ce n'est pas contradictoire), le légume se (re)mange à toutes les sauces et on réalise progressivement qu'on ne lui faisait pas la part assez belle jusqu'ici. Grâce aux recettes, on le sublime en deux temps trois mouvements. Idem pour des ingrédients comme les lentilles ou les pois chiches, pour ne citer qu'eux, que l'on boudait bien trop souvent par manque d'habitude. De nombreuses recettes de vinaigrettes, l'utilisation des épices et des condiments mettent de la couleur et de la joie dans les assiettes. Et c'est tellement simple qu'on reprend goût à tout refaire maison, même sa mayonnaise.

Appliquer sans y penser
Le point fort des livres proposés est qu'ils font d'une alimentation saine et variée un plaisir. Ils permettent de mettre en pratique une méthode sans tomber dans l'ennui ni dans l'extrême. Impossible de manquer d'idées vu la profusion des recettes: parfait pour ceux qui comprennent le concept de la méthode mais peinent à l'appliquer ou ont l'impression de toujours manger le même.

Autre atout: Pascale Naessens propose des recettes du petit-déjeuner jusqu'au dîner du soir, en passant par les en-cas. Initiative qui a fait un tabac en Flandre en août dernier: son challenge de dix jours, qui offrait gratuitement menus, recettes et listes de courses quotidiens aux participants. Le but: tenter l'expérience et découvrir si, oui ou non, bousculer les fondements de notre alimentation occidentale nous fait du bien physiquement et nous procure malgré tout du plaisir.

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L'expérience de la rédaction

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Petites pommes au four et mascarpone, "Ma cuisine pour une vie meilleure" © Pascale Naessens
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Médaillons de veau, sauce balsamique moutarde et épinards frais, "Encore plus simple avec 4 ingrédients" © Pascale Naessens

Pour avoir testé valeureusement le challenge en pleine saison des barbecues et chips en terrasse, on confirme ne jamais avoir eu faim, mais avoir eu une ennivrante et immédiate sensation de désintoxication du sucre, et avoir adoré la plupart des recettes. Le plus déroutant (mais finalement le plus agréable) fut de se délester de notre réflexe très belge de manger du pain quotidiennement, surtout le matin. Mais l'échanger contre des pêches au mascarpone, ce n'est pas si compliqué. Pas plus que les recettes elles-mêmes: un jeu d'enfants.

Le résultat: une sensation (remarquée par l'entourage) d'avoir "dégonflé", un transit au beau fixe, de l'énergie à revendre et une immense sensation de calme. Sur la balance (parce que contrairement à Pascale Naessens, on n'a pas encore perdu l'habitude): les chiffres confirment la tendance. Coup de chapeau aussi pour avoir indirectement boosté notre envie de manger bio, durable et naturel. Depuis, on a une aversion plus affirmée que jamais envers les produits industriels et c'est tant mieux pour toute la famille. Prochain challenge en vue en août 2019.

"Il ne faut pas forcer le reste de la famille"
Les points négatifs? S'il faut en trouver un, c'est peut-être la difficulté à appliquer une notion phare de Pascale Naessens, à savoir le fait de manger ensemble autour de la table. Il est parfois compliqué de faire goûter un poisson au curry à un enfant de trois ans ou de décréter à son/sa conjoint(e) que les pommes de terre ou les pâtes disparaissent du menu. "Mais il ne faut surtout pas confronter l'entourage ou tenter de convertir sa famille, encore moins à table, prévient Pascale Naessens qui trouve cela contre-productif. Il ne faut pas tomber dans le rapport de force avec l'autre, celui qui ne veut pas se passer de glucides par exemple. Chacun est adulte et libre de faire ses choix. Quant aux enfants, je déconseille de leur resservir constamment l'argument santé pour leur faire goûter des aliments. Souvent, à leur âge, ils se sentent en pleine forme, cela n'a pas encore de sens. Ils sont dans le plaisir. On peut par contre glisser à un adulte ou un adolescent qu'il se fait manipuler par la publicité ou l'industrie agro-alimentaire, pour le faire réfléchir", conseille-t-elle.

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Ses détracteurs? "Non, je ne suis pas un gourou!"

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Désormais, Pascale Naessens est même traduite en anglais et on évoque l'influence de ses recettes sur les ventes en supermarchés. Naturellement, avec un tel succès vient la critique, voire la polémique. Certains professionnels lui reprochent, parfois sur des plateaux de télévision, de rejoindre des régimes extrêmes comme Atkins, Montignac, ou le kéto, voire d'encourager certains troubles alimentaires. Elle prend donc systématiquement soin de sourcer chaque assertion scientifique dans ses pages et a collaboré avec des scientifiques renommés et des diététiciens pour faire évoluer sa méthode et ses livres. Tous sont d'ailleurs très documentés.

Parfois désignée comme un "gourou", l'auteur aux 74.000 abonnés sur Instagram réfute ce descriptif: "Je comprends que certains le voient comme cela quand des personnes me tombent dans les bras en me disant que j'ai changé leur vie mais au fond, cela n'a rien à voir avec moi. Je dis juste que si l'alimentation conventionnelle était si idéale que cela, il y aurait moins de gens aux prises avec un mal-être physique. Et puis je ne veux pas cliver, je ne veux rien imposer à personne. Que tous ceux qui sont contents de leur régime alimentaire continuent! Il faut juste arrêter de croire qu'il y a un seul modèle alimentaire idéal".

"Il m'arrive de mordre dans un croissant"
Force est de constater qu'en dix ans, le discours de Pascale Naessens est de moins en moins décrié. La pyramide alimentaire d'autrefois a été revue et corrigée, et la place des céréales n'y est plus aussi prédominante. Plusieurs recherches tendent d'ailleurs aujourd'hui à démontrer comment un certain lobbying pour les céréales que nous produisions a impacté notre modèle alimentaire. De la même manière, les Etats-Unis, entre autres, ont diabolisé les graisses au profit du sucre, avec le tsunami dévastateur des produits "light" à travers le monde au cours des trente dernières années. C'est tout ce que Pascale Naessens exècre d'ailleurs. Au diable la margarine, l'écrémé, les sauces allégées et l'amidon partout. Elle prône les produits laitiers entiers, le beurre, l'huile, les noix et de miser sur ce qui est non transformé.

De bonnes associations faites maison, tel est le crédo de "l'omnivore" qui estime suivre sa méthode 90 à 95% du temps. Et sans regret: "Avant, je craquais encore pour les frites avec de grands classiques comme les moules, mais j'y ai renoncé aussi parce qu'à chaque fois, je me sentais mal après. Mais oui, il m'arrive encore exceptionnellement de craquer et de partager un croissant avec mon mari en vacances. Ces extras ne me font pour autant pas grossir, tant ils sont rares", sourit-elle.

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