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© Robin Utrecht

Pourquoi Philippe et Mathilde ne veulent pas de dotation pour Elisabeth

Le roi Philippe et la reine Mathilde s'abstiennent de demander à ce que leur fille Elisabeth reçoivent une dotation, bien que la Princesse fête sa majorité à l'automne. Les souverains ne souhaitent pas que leur fille soit contrainte d'assister à tous les événements officiels et sentent bien qu'il vaut mieux éviter cette demande afin de ne pas déclencher l'ire populaire voire un jeu politique avant le 26 mai.

Au mois d'octobre, la princesse Elisabeth, fille aînée du Roi, fêtera ses 18 ans. Cela signifie théoriquement pour elle, en tant que première héritière au trône, le droit à une dotation annuelle de 961.000 euros. Le même montant environ que celui dont jouit désormais son grand-père le roi Albert II. Mais le roi Philippe ne souhaite pas entamer les démarches tant que sa fille et successeur est étudiante, a-t-il fait savoir. 

Développer sa personnalité
Elisabeth ne recevra donc sa dotation légale que lorsqu'elle mettra véritablement un pied dans la fonction royale et princière. C'est précisément ce que Philippe et Mathilde veulent éviter en s'assurant que la jeune fille dispose encore de plusieurs années pour développer et découvrir sa personnalité loin des projecteurs, le tout en jouissant de sa (relative) liberté. De plus, le Roi et la Reine savent pertinemment combien la question de la dotation est devenue source d'agacement et de susceptibilités, que ce soit à la rue de la Loi ou dans l'esprit du citoyen lambda, assure Story.

2.500 euros par jour pour une étudiante
L'apparition du sujet à plusieurs reprises dans les médias les derniers mois l'avait rappelé: avec la majorité de la princesse héritière le 25 octobre prochain, viendra se gréver au budget une hypothétique dotation annuelle d'un petit millon d'euros. Le calcul est vite fait: un bon 2.500 euros par jour pour jeune fille au sortir de l'adolescence, soit ridiculement plus que ce dont un étudiant a besoin pour vivre décemment. Tel est l'avis de nombre de citoyens qui ont écrit au Palais pour commenter la future dotation d'Elisabeth, croit savoir Story.

Un pas du Vlaams Belang
Et le magazine flamand d'ajouter que les souverains eux-mêmes s'opposent par principe à cette "rémunération" qui n'en est pas vraiment une. En marge de leur visite d'État en Corée du sud, la question de la dotation d'Elisabeth s'est posée car l'élue Vlaams Belang Barbara Plas avait l'intention de la mettre à l'ordre du jour au parlement. Son but: tenter de faire suspendre la dotation. Philippe et Mathilde l'aurait donc devancée, à en croire leur entourage qui a glissé "off the record" à Séoul qu'il n'était de toutes façons "pas question" pour eux de faire inscrire Elisabeth sur la liste des dotations au même titre qu'Albert, Astrid et Laurent et ce malgré son statut d'"héritier présomptif". 

Ne pas devoir rendre des comptes trop jeune
Il convient en effet de rappeler qu'à la dotation sont inhérentes toute une série de tâches et devoirs officiels, la constitution d'un personnel, etc. Cela reviendrait donc à imposer à la princesse Elisabeth de ne manquer aucun événement officiel et de constamment représenter la maison royale belge. Mais surtout l'obligation de rendre des comptes sur ses moindres faits et gestes. Or Philippe et Mathilde souhaitent offrir à leur fille quelques années d'anonymat loin du Palais et du fardeau que cela implique. 

Études à temps plein
La Princesse terminera ses études au UWC Atlantic College au Pays de Galles à l'été 2020. La tradition voudrait qu'elle intègre alors l'École royale militaire à Bruxelles. Ce qui ne voudra pas dire qu'elle mettra déjà un pied dans la fonction royale. Elisabeth s'envolera plus que probablement pour l'une ou l'autre université étrangère comme l'ont fait ses prédecesseurs. De longues études durant lesquelles elle ne percevra pas de dotation. La situation sera revue lorsqu'elle n'étudiera plus à temps plein et se consacrera progessivement à sa future fonction. 

Dès lors, plusieurs secrétaires et conseillers lui seront désignés pour l'aider dans son nouveau rôle, ce qui nécessitera l'intervention d'une dotation. Dès ce moment-là, Elisabeth embrassera de manière irrévocable son (futur) rôle de chef d'État. Mais pas avant, comme l'a fait savoir la Cour après le feu vert du roi Philippe en Corée du sud. De quoi couper l'herbe sous le pied au Vlaams Belang.

Catalyseur
Cette décision n'est évidemment pas qu'une stratégie visant à épargner Elisabeth et sa liberté de se construire en tant que femme. La Cour réalise que la question des dotations est un enjeu phare pour bien des partis et en cette période pré-électorale décisive pour le futur gouvernement, le Roi n'aurait pas voulu alimenter la polémique ni faire le jeu des extrêmes. Le Roi et la Reine liraient de plus scrupuleusement tout ce qui se dit sur eux et leur famille dans la presse et comprennent que les sommes évoquées provoquent la frilosité du grand public. Pas question pour eux qu'Elisabeth ne devienne le catalyseur des frustrations ni un point de campagne électorale.