244.000 "gilets jaunes" annoncés en France, une manifestante tuée

VideoLa mobilisation citoyenne des "gilets jaunes" se poursuivait samedi après-midi en France, un mouvement initialement destiné à protester contre la hausse du prix des carburants et qui a rassemblé 244.000 personnes à travers le territoire français, selon un communiqué du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.Une manifestante a été tuée lorsqu'une automobiliste a voulu forcer un barrage dans l'Isère. Une cinquantaine de personnes ont été interpellées par la police en marge des blocages, qui ont perturbé le fonctionnement de dizaines de stations-service et de divers supermarchés, l'objectif des citoyens étant aussi de pointer une baisse du pouvoir d'achat.

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Plus de 2.000 rassemblements ont eu lieu, un peu partout, parfois tendus comme à Paris dans le quartier du Palais de l'Elysée, où des forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogène. Plusieurs centaines de manifestants ont navigué pendant plusieurs heures entre les Champs Elysées, la rue du Faubourg Saint-Honoré, où se trouve le Palais de l'Elysée, et les axes alentour. "Macron démission!", a hurlé la foule, à environ 100 mètres du palais présidentiel. Certains ont allumé des fumigènes. Quelques magasins de luxe ont baissé leurs rideaux alors que les forces de l'ordre, protégées par leurs boucliers, ont tiré des gaz lacrymogènes.

Plus de cent blessés
Plus de 106 personnes ont été blessées dans les différentes actions, dont deux policiers heurtés par un véhicule à Quimper, en Bretagne, où la police a aussi usé de gaz lacrymogène face aux manifestants près de la préfecture du Finistère. Selon l'AFP, des manifestants jetaient des projectiles en direction des forces de l'ordre, d'autres cassaient des caméras de surveillance à coups de pierre.

Un policier, un motard, a aussi été blessé à un carrefour à Strasbourg, percuté par un véhicule dans l'après-midi. Il travaillait à la sécurisation de la manifestation des gilets jaunes, mais, contrairement à ce qui a eu lieu à Quimper, le véhicule n'était pas concerné par la mobilisation.

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Une manifestante des "gilets jaunes"a été tuée samedi matin à Pont-de-Beauvoisin, en Savoie, par une voiture dont la conductrice a été prise de panique, a indiqué plus tôt le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

Panique
La conductrice qui emmenait sa fille chez le médecin a été prise de panique quand les manifestants se sont mis à taper sur sa voiture et a foncé sur eux, percutant une femme, a précisé le ministre. En état de choc, elle a été placée en garde à vue. La victime avait pour sa part une cinquantaine d'années.

Un blessé grave et un policier blessé
"On m'indique aussi à Sélestat (Bas-Rhin) un accident avec des conséquences graves mais la victime n'est pas décédée", a ajouté le ministre, à l'issue d'une réunion en visioconférence avec tous les préfets.

"Notre niveau d'inquiétude est maximum", a ajouté Christophe Castaner, qui a demandé aux manifestants "de prendre toutes les dispositions de prévention et de sécurité". "Le droit à manifester est essentiel dans ce pays, il faut le protéger, mais il faut aussi faire en sorte que l'organisation minimale de la manifestation évite ce genre de drame".

A Grasse, dans les Alpes-Maritimes, un automobiliste a "tenté de forcer un barrage" sur un rond-point, renversant un policier qui a été "légèrement blessé", a indiqué la préfecture. L'homme a été interpellé. Le policier "souffre de contusions légères", a précisé la même source. A Grande-Synthe dans le Nord, deux manifestantes avaient également été blessées légèrement vendredi soir dans des conditions similaires.

Quelques échauffourées ont par ailleurs eu lieu avec les forces de l'ordre ou entre "gilets jaunes" et usagers de la route non manifestants.

Gaz lacrymogènes
Les forces de l'ordre ont fait usage samedi de gaz lacrymogène pour disperser des "gilets jaunes" qui bloquaient l'accès au viaduc des Egratz à Passy, en Haute-Savoie. "Entre 80 et 100 véhicules s'étaient rassemblés à partir de 8H00 et ont commencé à bloquer un peu avant 8H30", a précisé la même source, indiquant que les manifestants laissaient dans un premier temps passer quelques véhicules.

La situation a évolué vers "un vrai blocage" et les CRS ont fait "un usage de lacrymogènes" face à "quelques personnes assez vindicatives", a précisé la préfecture, ajoutant que cela s'était produit en plein air sans faire de blessé.

 "1.083 points de tension et 50.000 personnes sur ces points", avait déclaré un peu plus tôt le ministre. Le pays n'était pas paralysé, objectif revendiqué des "gilets jaunes", mais certaines autoroutes ont été totalement bloquées, comme l'A63 entre la France et l'Espagne.

Les "gilets jaunes" se rassemblent à travers la France pour tenter de bloquer routes et points stratégiques, avaient-ils annoncé. En début de matinée, aucune ville ou centre économique n'était entièrement bloqué mais les troupes de "gilets jaunes" se sont peu à peu étoffés, aux ronds-points, sorties d'autoroute, sur les parkings etc. 

Nord-Pas-de-Calais et Alsace les plus touchés
En région parisienne, de 50 à 80 voitures étaient rassemblées sur le parking d'un centre commercial à Meaux, en Seine-et-Marne, et devaient se diriger jusqu'au péage de Coutevroult sur l'A4 où ils prévoient une opération péage gratuit, selon la préfecture. Environ 1.500 actions sont attendues sur le territoire. Le Nord-Pas-de-Calais et l'Alsace sont les deux régions où la mobilisation devrait être la plus forte.

Au 1er janvier 2019, les taxes sur le gazole doivent augmenter de 6,5 centimes d'euro par litre et celles sur l'essence de 2,9 centimes. Les "gilets jaunes" entendent protester contre cette hausse des taxes sur les carburants, une fiscalité écologique, mais également contre la politique "injuste" du gouvernement qui grèverait le pouvoir d'achat.

Visiblement fébrile face à ce mouvement apolitique et asyndical, et donc à l'ampleur difficile à prévoir, le gouvernement a ces derniers jours multiplié caresses et menaces.

Hausse des aides aux plus modestes
Mercredi, le gouvernement annonçait une hausse des aides aux plus modestes pour changer de véhicules et payer leurs factures d'énergie. Le même jour, Emmanuel Macron tentait un mea culpa inédit, admettant ne pas avoir "réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants", pourtant une promesse de campagne phare du président.

"Qu'ils soient quelques milliers ou plusieurs millions, qu'ils parviennent ou non à bloquer le pays, les gilets jaunes ont gagné", estime le quotidien Le Parisien. "Ils ont rappelé à nos dirigeants que (...) la fiscalité écologique (...) est vouée à l'échec si elle néglige la réalité quotidienne de ceux qu'elle est censée aider".

Mélenchon: "Bonne école du mépris pour l'information d'État"

Le chef de file des Insoumis Jean-Luc Mélenchon a critiqué samedi, journée de mobilisation des "gilets jaunes", une "manipulation des chiffres de participation" et une "dramatisation" de la part du gouvernement, avant de se rendre sur un des points de rassemblement à Paris. "Ca y est, on est place de la Concorde", lance Jean-Luc Mélenchon dans une vidéo postée samedi en fin d'après-midi, sur son compte Facebook.

"C'est une situation tout à fait inouïe. D'habitude, depuis toujours on ne permet pas aux manifestations d'approcher de l'Elysée", remarque le leader de LFI, sans gilet jaune sur le dos, depuis la place de la Concorde, d'où une majorité de manifestants sont partis en direction de l'Elysée. "C'est assez surprenant que ça ait pu se faire", a-t-il estimé.

"La clameur d'une Marseillaise face à l'Élysée. Grandeur de la mémoire populaire face aux monarques", a aussi tweeté M. Mélenchon.

"Les Français découvrent par millions la manipulation des chiffres de participation et la dramatisation à laquelle se livre le pouvoir à chaque occasion. Bonne école du mépris pour l'information d'État", avait aussi jugé plus tôt sur Twitter le député des Bouches-du-Rhône, qui soutient fortement le mouvement contre la hausse des prix des carburants.

"Le gouvernement annonce 2.000 rassemblements et 124.000 participants. Faites le calcul: cela fait une moyenne de 62 personnes par rassemblement. Je vous invite donc à publier toutes vos photos de rassemblements pour montrer le nombre", ajoutait-il, photos de diverses manifestations de "gilets jaunes" à l'appui.

M. Mélenchon s'exprimait avant la dernière estimation du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. "Un immense moment d'auto-organisation populaire est en cours. Le peuple a déjà surmonté les obstacles de la diversion et de la dissuasion. Il va découvrir l'obstination du pouvoir", estimait-il également sur le réseau social. "Belle promenade en jaune sur les Champs Élysées. Du jamais vu. Sire, il faut vous reprendre et entendre", a-t-il encore lancé sur Twitter.

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