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Carlos Ghosn: “Je pensais que j’allais mourir au Japon”

Mise à jourCarlos Ghosn est apparu pour la première fois en public lors d’une conférence de presse à Beyrouth. L’ancien PDG de Renault-Nissan a fui le Japon, où il est notamment accusé de malversations financières, pour se réfugier au Liban. Il a clamé son “innocence” et s’est dit décidé à “laver son honneur”.

“Arraché à ma famille et mes proches”

“J’ai été arraché à ma famille et mes proches”, a déclaré l’ancien capitaine d’industrie de 65 ans devant un parterre de quelque 150 journalistes méticuleusement choisis par son équipe de communication. Après sa remise en liberté sous caution, il lui avait été notamment interdit d’avoir des contacts avec son épouse Carole Ghosn. “Mes avocats m’ont dit que j’allais rester cinq ans au Japon avant un jugement. Je pensais que j’allais mourir au Japon ou qu’il fallait que je quitte le pays. J’avais l’impression d’être un otage”, a-t-il ajouté. 

“Pas là pour raconter comment j’ai fui le Japon”

S’il a prévenu qu’il n’était “pas là” pour raconter comment (il) avait “fui le Japon”, pour couper court aux questions sur le sujet, le récit de cette fuite rocambolesque tient en haleine les médias et a suscité l’ouverture d’enquêtes au Japon et en Turquie, où M. Ghosn -détenteur des nationalités française, libanaise et brésilienne- a fait escale.  “Je n’ai pas fui la justice, j’ai échappé à l’injustice et à la persécution”, a-t-il martelé en anglais -après avoir également parlé en arabe et français-, affirmant se présenter devant les médias pour “laver son honneur”.

“Je n’avais pas d’autre choix”

Considéré comme “présumé coupable”, il n’avait pas “d’autre choix” que de fuir face à des accusations “sans fondements”, a-t-il fait valoir. L’ancien PDG de Renault-Nissan a jugé “sans fondements” les accusations de malversations financières dont il fait l’objet. Le magnat déchu de l’automobile avait affirmé à une chaîne de télévision américaine, en amont de sa conférence, posséder des “preuves réelles” montrant qu’on voulait le faire tomber au Japon et qu’il allait donner des noms.

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Quatre inculpations au Japon

M. Ghosn fait l’objet de quatre inculpations au Japon: deux pour abus de confiance aggravé et deux pour des revenus différés non déclarés aux autorités boursières par Nissan (aussi poursuivi sur ce volet), notamment des montants qu’il devait toucher après sa retraite estimés par la justice à 9,23 milliards de yens (74 millions d’euros) de 2010 à 2018. Les autorités japonaises ont dénoncé une évasion “injustifiable”, tandis que le groupe automobile Nissan l’a qualifiée d’”extrêmement regrettable”.

“C’est moi seul qui ai organisé mon départ”

M. Ghosn fait l’objet depuis la semaine passée d’une demande d’arrestation d’Interpol. Beyrouth affirme qu’il est entré “légalement” au Liban muni d’un passeport français. “C’est moi seul qui ai organisé mon départ”, avait-il martelé. Interpellé en novembre 2018 à la descente de son jet au Japon, l’homme d’affaires avait été libéré sous caution en avril 2019, au terme de 130 jours d’incarcération. Assigné à domicile, il avait interdiction de quitter le Japon dans l’attente d’un procès dont la date n’a pas été fixée, ainsi que de contacter son épouse Carole, désormais visée par un mandat d’arrêt japonais pour faux témoignage.

Victime d’un complot de Nissan

M. Ghosn, ses proches et sa défense soutiennent qu’il a été victime d’un “complot” ourdi par Nissan, avec la complicité des autorités japonaises, car il s’apprêtait à organiser une fusion entre Renault et Nissan. Carlos Ghosn a dénoncé une “collusion” entre Nissan et le procureur japonais. Des procureurs ont d’ailleurs tenté ce mercredi de fouiller les bureaux d’un de ses avocats, Junichiro Hironaka, et de saisir des ordinateurs mais l’accès leur a été refusé, les avocats invoquant la “confidentialité entre un avocat et son client”.  Son équipe juridique en France a fustigé les accusations de Nissan, qui affirme avoir des preuves contre M. Ghosn, quelques heures avant la conférence de presse, qualifiant l’enquête du constructeur automobile japonais de “grosse déformation de la vérité”. Cette enquête “a été lancée et entreprise dans le but spécifique et prédéterminé d’écarter Carlos Ghosn”, ont ajouté ses avocats dans un communiqué.

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“Avez-vous vu venir Pearl Harbor?”

Toujours aussi combatif, il a argué que son arrestation était un “coup monté”, blanchissant cependant le Premier ministre japonais Shinzo Abe qui n’était “pas impliqué”, d’après lui. Assurant être “prêt à rester longtemps” au Liban, il a confié avoir été totalement pris par surprise au moment de son arrestation. “Avez-vous vu venir Pearl Harbor?”, a-t-il dit en guise de comparaison, une référence grinçante à l’attaque surprise de la base navale américaine par les forces japonaises en 1941.

“Mascarade”

Selon lui, l’alliance Renault-Nissan, qu’il a désormais qualifié de “mascarade”, a pâti de son arrestation. “La valorisation de Nissan depuis mon arrestation a baissé de plus de 10 milliards de dollars. Ils ont perdu plus de 40 millions de dollars par jour pendant cette période (...), la valorisation de Renault a baissé, depuis mon arrestation, de plus de cinq milliards d’euros, ce qui signifie 20 millions d’euros par jour”, a-t-il avancé. 

Depuis novembre 2018, l’action Renault a perdu environ 34% de sa valeur et celle de Nissan environ 38%.

Ghosn veut “défendre” ses droits auprès de Renault et Nissan

Carlos Ghosn a affirmé vouloir “défendre (ses) droits” auprès des groupes Renault et Nissan, assurant ne pas avoir démissionné de ses fonctions à la tête du constructeur français et voulant faire valoir ses droits à la retraite. “J’ai demandé à partir à la retraite et je défendrai mes droits en tant que personne qui a travaillé autant d’années, qui a rendu autant de services et qui a droit à une retraite”, a-t-il martelé lors de sa première conférence de presse à Beyrouth depuis sa fuite du Japon. “Je n’ai absolument pas l’intention d’abandonner mes droits (...). J’ai des droits vis-à-vis de Nissan, vis-à-vis de Renault, qui n’ont pas été respectés, et je compte bien les réclamer en justice”, a insisté le magnat déchu de l’automobile. “Je crois dans la justice française, et je crois, d’une certaine manière aussi, à la justice japonaise. (...) Je n’ai pas à attaquer qui que ce soit, je vais défendre mes droits”, a poursuivi M. Ghosn sans préciser les procédures envisagées.

Il estime ne pas avoir démissionné

Il a vigoureusement démenti avoir démissionné de son poste à la tête de Renault, assurant s’être simplement “retiré” après son arrestation au Japon et avoir désormais “demandé à partir à la retraite”. “On a dit qu’en janvier (2019), j’avais démissionné de Renault, ce qui est faux (...). C’est une forfaiture de dire que j’ai démissionné”, a-t-il affirmé avec émotion, debout derrière un pupitre. “Je me suis retiré pour permettre à Renault de fonctionner normalement alors que j’étais en prison. Dire que ça c’est une démission, c’est un travestissement de la réalité”, a-t-il déclaré.

Une fuite rocambolesque: rappel des faits

Il est soupçonné de s’être enfui en prenant un jet privé à l’aéroport international du Kansai, près d’Osaka (ouest du Japon), avec deux complices présumés, de nationalité américaine, selon la télévision japonaise. Il aurait échappé aux contrôles en se cachant dans un caisson de matériel pour des concerts, selon des médias japonais. “C’est moi seul qui ai organisé mon départ”, avait-il martelé avant la conférence. Carole Ghosn a elle assuré qu’elle n’était “au courant de rien” concernant la fuite de son mari.

Le Liban ne compte pas l’extrader

Le Liban, qui n’a pas d’accord d’extradition avec le Japon, a reçu une demande d’arrestation d’Interpol. M. Ghosn pourrait être entendu par le parquet général, comme l’impose la procédure, selon une source judiciaire. Beyrouth affirme qu’il est entré “légalement” au Liban muni d’un passeport français.

Colère des autorités japonaises

Le parquet de Tokyo a immédiatement réagi dans la nuit de mercredi à jeudi au Japon aux violentes critiques émises par Carlos Ghosn contre la justice japonaise lors de sa conférence de presse au Liban, les jugeant “unilatérales” et “inacceptables”. “Les allégations du prévenu Ghosn font abstraction de sa propre conduite et ses critiques unilatérales du système de justice pénale du Japon sont totalement inacceptables”, ont écrit les procureurs dans un communiqué mis en ligne, une démarche rare de la part du parquet de Tokyo.

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