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Michalis Sarris, le ministre chypriotes des Finances, se grattent le sommet du crâne. Son pays évite la faillite, mais ne peut éviter l'affaiblissement de son système banquaire. © reuters

Chypre sacrifie ses deux principales banques pour éviter la faillite

UpdateChypre a trouvé dans la nuit de dimanche à lundi un accord avec ses bailleurs de fonds internationaux pour éviter la faillite et la sortie de la zone euro, au prix de lourdes pertes pour les créanciers de la première banque du pays et la fermeture pure et simple de la deuxième.

Une semaine après une première tentative ratée, qui prévoyait l'instauration d'une taxe sur tous les dépôts bancaires, l'Eurogroupe et le FMI ont rectifié le tir en revenant aux règles européennes et en excluant toute taxe sur les dépôts de moins de 100.000 euros.

L'accord "met fin aux incertitudes concernant Chypre et la zone euro", a assuré lors d'une conférence de presse le chef de file des ministres des Finances des 17, Jeroen Dijsselbloem. Le pays était sous la menace directe d'une coupure des liquidités dès lundi par la Banque centrale européenne (BCE).

Le président chypriote "satisfait"
Le président chypriote Nicos Anastasiades, qui a négocié pied à pied pendant près de 12 heures à Bruxelles, s'est dit "satisfait" de l'issue des négociations. Cet accord fournit "un plan complet et crédible pour traiter les défis économiques auxquels est confronté le pays", plan qui "se concentre sur les deux banques qui posent problème et la protection entière des dépôts dans toutes les banques", a déclaré la directrice générale du FMI Christine Lagarde dans un communiqué publié lundi. Mme Lagarde fera une recommandation sur le versement de l'aide du FMI à Chypre "dans les semaines qui viennent".

Le tribut sera lourd pour l'économie chypriote. Ce sera "très difficile pour le pays", mais la Commission européenne "fera tout son possible pour alléger les conséquences sociales" de ce plan, a promis le commissaire aux Affaires économiques, Olli Rehn.

"Good bank" et "bad bank"
En échange d'une aide de 10 milliards d'euros, Nicosie va réduire drastiquement son secteur bancaire en fermant Laïki, la deuxième banque du pays. Les détenteurs d'actions, d'obligations et les dépôts au-dessus de 100.000 euros seront durement frappés, ce qui correspondra à 4,2 milliards d'euros. En revanche, les petits dépôts seront intégralement préservés. Ils seront mis dans une "good bank", tandis que les autres iront dans une "bad bank".

"Les dépôts non-sécurisés de plus de 100.000 euros seront gelés et participeront à la recapitalisation nécessaire" du secteur bancaire, a précisé le ministre allemand, Wolfgang Schäuble.

Bank of Cyprus, le premier établissement du pays qui compte beaucoup de déposants russes, ne disparaîtra pas. Les autorités chypriotes ont bataillé ferme pour éviter cette deuxième fermeture. Mais les déposants au-dessus de 100.000 euros vont eux aussi subir des pertes importantes, encore non chiffrées.

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L'accord est survenu au terme d'entretiens parfois très durs. Un haut responsable du gouvernement chypriote, cité par l'agence CNA, a dénoncé l'attitude "rigide" du FMI, qui formulait "chaque demi-heure une nouvelle exigence". © afp

L'idée d'une taxe sur tous les dépôts bancaires, prévue dans le premier plan concocté en fin de semaine dernière, a été définitivement abandonnée. Elle avait suscité un tollé et été rejetée par le Parlement chypriote. Les autorités chypriotes, qui ont fait voter vendredi une loi sur les résolutions bancaires, n'auront pas besoin de repasser devant le Parlement pour adopter le nouveau plan de sauvetage. "Nous avons une meilleure solution" que la semaine passée, a reconnu M. Dijsselbloem.

Approbation de l'Allemagne d'ici mi-avril
Le plan de sauvetage doit encore être approuvé d'ici mi-avril par plusieurs parlements de pays de la zone euro, dont l'Allemagne. Le premier versement de l'aide devrait avoir lieu début mai. L'accord est survenu au terme d'entretiens parfois très durs entre le président chypriote Nicos Anastasiades et les présidents du Conseil européen Herman Van Rompuy, de la Commission José Manuel Barroso, et de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi, ainsi que MM. Dijsselbloem et Rehn, et Mme Lagarde.

M. Anastasiades a même mis sa démission dans la balance. "Vous voulez me forcer à démissionner?", a-t-il demandé aux responsables de la troïka (UE, BCE, FMI), selon l'agence de presse chypriote CNA, citant des sources au palais présidentiel. "Si c'est ce que vous voulez, dites-le moi", a-t-il ajouté. "Je vous fais une proposition, et vous ne l'acceptez pas. Je vous en donne une autre et c'est la même chose. Qu'est-ce que vous voulez que je fasse?" a-t-il lancé. Un haut responsable du gouvernement chypriote, cité par l'agence CNA, a dénoncé l'attitude "rigide" du FMI, qui formulait "chaque demi-heure une nouvelle exigence".

Les banques fermées depuis 10 jours
A son arrivée à Bruxelles, le ministre allemand, Wolfgang Schäuble, avait rappelé sa position consistant à demander aux Chypriotes d'être "réalistes". Le français Pierre Moscovici avait insisté sur la nécessité de mettre fin à ce qu'il a qualifié d'"économie-casino". "Tout dans la situation de Chypre est atypique, cela appelait des réponses très spécifiques", a-t-il expliqué une fois l'accord trouvé. Sur l'île, les banques sont fermées depuis près de dix jours pour éviter la fuite des capitaux, et pourraient ne pas rouvrir mardi comme prévu. La décision sera prise "dès que possible", a indiqué le ministre des Finances Michalis Sarris.

En attendant, les clients des deux plus grandes banques doivent composer avec une nouvelle limitation des retraits aux distributeurs à 120 euros par jour à la Bank of Cyprus, et 100 euros à la Laiki, selon l'agence CNA. La colère monte dans le pays, où des manifestations ont été organisées samedi et dimanche. Un engin explosif a légèrement endommagé une succursale de la Bank of Cyprus dimanche soir, près de Limassol (sud), selon des médias locaux.