Comment Clément Baur, passé par Verviers, a berné la justice

VideoClément Baur, l'un des deux islamistes qui s'apprêtaient à frapper la France de manière "imminente", a effectué plusieurs séjours à Verviers, où une cellule djihadiste avait été démantelée dans la foulée des attentats de Charlie Hebdo en janvier 2015. Ce vagabond du djihad, surnommé le "faux Tchétchène", y a été hébergé par des personnes de la communauté tchétchène en 2015 et 2016. Mais aucun lien a priori avec la cellule pilotée par Abdelhamid Abaaoud.

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"Clément n'a eu de cesse de changer de domiciliation et d'utiliser des alias, notamment celui d'un djihadiste tchétchène connu pour avoir vécu à Verviers et se déplacer en Belgique, en Allemagne, en France. C'est ainsi que les services belges avaient ouvert une enquête à son égard pour ses liens avec la mouvance djihadiste belge", a commenté François Molins, procureur de Paris.

Ce mercredi, le parquet fédéral a confirmé que le terroriste présumé avait fait l'objet d'une enquête en Belgique dans le cadre d'une filière de recrutement tchétchène à l'origine du départ de quatre jeunes en Syrie et qu'il était signalé pour audition. Outre Verviers, Clément Baur aurait également séjourné dans d'autres villes en Belgique, dont Anvers, selon les informations dont dispose Murielle Targnion, bourgmestre (PS) de Verviers.

"En tout, il a habité un an et demi à Verviers. Et d'après ce que je lis dans les médias, il a été radicalisé en 2007, cinq ans avant qu'il ne débarque à Verviers (...). Il y a des problèmes de radicalisme à Verviers, mais on cite Verviers une nouvelle fois pour quelqu'un qui y a habité à peine un an et demi et qui a habité dans beaucoup d'autres villes en Belgique, dont Anvers. Donc, je ne comprends pas toujours la stigmatisation dont fait l'objet ma commune", a-t-elle expliqué dans l'émission Terzake (VRT).

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Jugé sous un faux nom

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Clément Baur, né dans le Val-d'Oise, s'est converti à l'islam en 2007 au contact de Tchétchènes alors qu'il se trouvait à Nice. Déclaré disparu depuis le 4 janvier 2015, il a été vu pour la dernière fois à la gare de Marseille Saint Charles, selon son avis de recherche diffusé à l'époque. Ses proches signalent aux autorités qu'il s'est radicalisé et qu'il envisage de se rendre en Syrie. Une fiche S est établie à son nom. Quinze jours plus tard, le 16 janvier, le jeune homme est contrôlé dans un Thalys reliant Bruxelles à Nice à 12h45. Passé maître dans l'art de la dissimulation, il se fait appréhender car suspecté de présenter de faux papiers d'identité... lituaniens, au nom de Ismaïl Abdoulaef.

Jugé en comparution immédiate à Lille le 19 janvier, Clément Baur va berner la justice de façon surréaliste. Il explique aux juges qu'en réalité, il s'appelle Ismaïl Djabrailov et qu'il a fui le Daguestan après l'assassinat de son frère, selon des informations révélées par La Voix du Nord. Par ailleurs, il déclare qu'il venait de... Verviers, qu'il est en Europe depuis 8 ans et qu'il a acheté ces faux papiers "pour devenir ressortissant de l'Union européenne et pouvoir travailler". Sa belle histoire, qu'il raconte dans un français parfait, passe comme une lettre à la poste. Il est condamné à quatre mois de prison ferme pour "détention et usage de faux documents" sous le faux nom d'Ismaïl Djabraïlov et est incarcéré à la maison d'arrêt de Lille-Sequedin.

Dans la même cellule que son futur complice
Là-bas, il partage sa cellule avec un certain... Mehiadine Merabet, 29 ans, son futur complice. Il sort de prison en mars 2015 et continue de vagabonder en Europe. "Il a effectué énormément de déplacements en Belgique, en Allemagne et en France. C'étaient des allers-retours réguliers avec des séjours de quelques mois à chaque fois", précise une source proche de l'enquête, citée par L'Express.

Pour rappel, Clément Baur et Mehiadine Merabet ont été arrêtés mardi à Marseille car soupçonnés de préparer une attaque sur le sol français. Un projet d'attentat imminent qui visait l'un des candidats à la présidentielle, sans doute François Fillon. Lors d'une perquisition dans un "appartement conspiratif" du IIIe arrondissement, les enquêteurs sont tombés sur un impressionnant arsenal: "un fusil-mitrailleur Uzi 9 mm" et deux armes de poing, "des boîtes de munitions", "un sac de boulons" et un drapeau de Daech.

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