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De l'eau contaminée pour plus de six millions de Français? “Aucun danger”, rassurent les autorités

On peut boire au robinet sans modération: les autorités ont écarté toute inquiétude sur la qualité de l'eau potable, suite à un communiqué alarmiste d'une association dénonçant une "contamination" radioactive au tritium suivi de rumeurs en région parisienne.

La préfecture d'Ile-de-France a démenti tout "risque pour la santé publique". Idem pour l'Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP), qui a "reçu beaucoup d'appels inquiets". Une rumeur avait été relayée vendredi soir sur les réseaux sociaux sur un prétendu arrêté préfectoral.

"Il n'y a pas de problème d'eau, elle est excellente pour toutes les populations", a déclaré samedi à l'AFP Aurélien Rousseau, directeur général de l'Agence régionale de santé Île-de-France. 

L’eau du robinet présente-t-elle un risque?

"L'eau du robinet, la plus contrôlée de France, peut être consommée sans risque", confirme le Service public de l'eau d'Ile de France (SEDIF) qui comptabilise 180 mesures de radioactivité depuis 2010. 

La moyenne de ces relevés est de 9 Becquerels par litre, "largement en deçà" du seuil réglementaire européen de 100 Bq/l. Le seuil de référence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) est lui de 10.000 Bq/l.

La préfecture d'Ile-de-France assure aussi que l'eau du robinet peut "être consommée sans restriction", démentant l'existence d'un arrêté préfectoral et d'une présence excessive de tritium.

"C'est une rumeur dangereuse, c'est un sujet qui touche les enfants quand on dit qu'il faut éviter l'eau du robinet", regrette Aurélien Rousseau pour l'ARS. D'autant que, avec l'arrivée attendue d'un nouvel épisode caniculaire, le message va au contraire être: "hydratez-vous, buvez régulièrement".

Comment est née la rumeur?

Dans un communiqué, l'association pour le contrôle de la radioactivité dans l'Ouest (ACRO) affirmait mercredi que "6,4 millions de personnes sont alimentées par de l'eau contaminée au tritium" tout en reconnaissant qu'aucune valeur observée ne dépassait "le critère de qualité de 100 Bq/L".

"Nous ne sommes pas responsables de la rumeur", a assuré samedi à l'AFP David Boilley, docteur en physique nucléaire et président de l'ACRO, reconnaissant que ce "communiqué a eu un impact médiatique énorme".

"Notre intention n'est pas de faire paniquer les gens mais de susciter le débat", dit-il, y voyant "une problématique similaire à la pollution aux nitrates ou aux pesticides".
La rumeur affirmant qu'il ne faudrait pas boire d'eau en raison d'une pollution serait partie du message vocal d'une femme affirmant être infirmière dans un hôpital parisien, évoquant du "titanium" dans l'eau. "Nous n'avons évidemment reçu aucun arrêté d'aucune sorte relatif à une contamination de l'eau", a démenti samedi l'AP-HP.

"Nous ne pouvons pas connaître l'identité" de la personne à l'origine du message, mais "compte tenu du fait que nous sommes mis en cause, nous nous réservons le droit de porter plainte", ajoute l'AP-HP.

Qu'est-ce que le tritium et pourquoi faut-il le surveiller?

Le tritium est un élément radioactif rejeté dans l'eau des rivières servant au refroidissement des installations nucléaires. Au regard des doses mesurées actuellement, "la situation n'appelle pas à une vigilance particulière", assure toutefois Jean-Michel Bonnet, directeur de la santé à l'Institut de radioprotection et sûreté nucléaire (IRSN).

Concernant le seuil de référence de l'OMS de 10.000 Bq/L, "quelqu'un qui boirait 2 litres d'eau par jour à ce taux pendant tout une année" arriverait à une dose "qui serait l'équivalent de ce que l'on peut recevoir par rayonnement cosmique quand on fait un vol Paris-Tokyo", selon cet expert. Ce serait encore "dix fois moins qu'un scanner", assure-t-il.

Il est toutefois important de surveiller le tritium, "un isotope radioactif qui se substitue à la molécule d'eau et ne peut être filtré", reconnaît-il. "S'il devait y avoir un dépassement du seuil à 100 Bq/L, il faut vérifier que l'on n'est pas dans une situation accidentelle avec le risque d'avoir d'autres radioéléments rejetés qui ont des effets beaucoup plus délétères sur l'environnement et la santé humaine". 

C'est ce rôle de "lanceur d'alerte" du tritium que met aussi en avant l'ACRO qui souligne que, en cas d'accident grave dans une centrale nucléaire, "il n'y aura pas que le tritium rejeté et ce sont des millions de personnes qui risquent d'être privées d'eau potable".