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Des blessés dans une manifestation au Pakistan

Onze personnes ont été blessées jeudi à Islamabad dans une nouvelle manifestation contre le film anti-islam produit aux Etats-Unis, mais le mouvement de protestation dans le monde musulman, attisé par la publication en France de caricatures de Mahomet, semblait marquer le pas à la veille d'une journée test.

Dans la capitale pakistanaise, un millier d'étudiants, pour la plupart armés de bâtons, ont encore défilé jeudi, provoquant des échauffourées avec la police. Cinq policiers et six manifestants ont été blessés. Des dizaines de manifestations ont été recensées au Pakistan depuis le début de cette crise provoquée par le film "L'Innoncence des musulmans", dont un extrait circule sur internet. Deux morts au total ont été déplorés depuis une semaine, malgré l'ampleur relativement limitée de ces protestations.

Le film anti-islam, de piètre qualité cinématographique, prétend raconter la vie de Mahomet, et présente le prophète et les musulmans en général comme immoraux et violents. D'autres petits rassemblements ont également eu lieu jeudi à Kaboul et Téhéran. Quelques centaines d'Afghans se sont ainsi rassemblés sans violence pour protester à la fois contre le film et contre la publication mercredi par l'hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo de caricatures très crues de Mahomet.

La représentation du prophète est strictement proscrite dans la religion musulmane. Les manifestants ont scandé "Mort à la France, mort aux Etats-Unis" dans une banlieue de la capitale afghane. A Téhéran, une centaine de manifestants se présentant comme des "étudiants" se sont rassemblés jeudi devant l'ambassade de France. Ils ont crié "mort à l'Amérique", "mort à Israël" et "mort à la France", mais ont été maintenus à distance de l'ambassade par un cordon de policiers.

Car les Occidentaux, Paris en tête, craignent que la publication des caricatures de Mahomet en France n'accroisse les tensions et n'entraîne de nouveaux débordements dès vendredi, jour de la grande prière dans les pays musulmans. Dans ce contexte, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a réaffirmé mercredi soir devant des journalistes que le film anti-islam était "scandaleux" et "honteux". Cherchant à apaiser le courroux des musulmans, il a posé des limites à l'exercice de la liberté d'expression. "Quand certains utilisent cette liberté d'expression pour provoquer ou humilier d'autres personnes dans leurs valeurs et leurs croyances, alors elles ne peut plus être protégée de la même manière", a-t-il estimé.

"La liberté d'expression, qui est un droit fondamental et un privilège, ne doit pas être utilisée abusivement, par un acte aussi scandaleux et honteux" que ce film, a-t-il dit. L'Organisation de la coopération islamique (OCI) a réclamé une action mondiale contre l'incitation à la haine. "Il est temps pour la communauté internationale de prendre au sérieux les implications dangereuses du discours de haine (...) et de barrer la route à ceux qui se cachent derrière la liberté d'expression", a déclaré son secrétaire général Ekmeleddin Ihsanoglu.

En France, après la publication des caricatures du prophète, un débat s'est aussi développé sur ce droit considéré comme fondamental dans les démocraties occidentales. "La liberté de caricature fait partie de ce droit fondamental", avait ainsi relevé mercredi le ministre de l'Intérieur Manuel Valls. Mais le chef de la diplomatie Laurent Fabius a jugé que ces caricatures jetaient de "l'huile sur le feu".

Le ministère français des Affaires étrangères a du reste annoncé la fermeture vendredi des ambassades, consulats et écoles françaises dans une vingtaine de pays musulmans, même s'il n'y a pas de "menace avérée sur un quelconque établissement". A Paris, la sécurité a été renforcée autour de l'immeuble abritant la rédaction de Charlie Hebdo, et toute manifestation de protestation contre le film ou les caricatures sera interdite, a prévenu le gouvernement. Ainsi, un rassemblement samedi devant la Grande Mosquée de Paris, au coeur de la capitale, ne sera pas autorisé.

La France compte la communauté musulmane la plus nombreuse d'Europe, soit entre 4 et 6 millions de personnes, originaires pour la plupart d'Afrique et du Maghreb. Après une semaine de violences anti-américaines, marquées par la mort de l'ambassadeur des Etats-Unis en Libye lors de l'attaque du consulat américain à Benghazi, Washington avait également annoncé mardi "des mesures fortes" pour protéger ambassades et consulats.

Les Etats-Unis ont également conseillé jeudi à leurs ressortissants de repousser tout voyage "non essentiel" au Pakistan. A Jakarta, cependant, l'un des coordinateurs des manifestations en Indonésie, Bernad Abdul Jabar, a assuré qu'aucun rassemblement n'était prévu vendredi. "Nous n'avons pas de plans pour demain, et nous relâchons notre effort maintenant", a-t-il dit à l'AFP, sans exclure des protestations dans les jours suivants.

La police de Jakarta, capitale du pays musulman le plus peuplé au monde, a confirmé qu'aucun rassemblement n'était annoncé pour vendredi.