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Arrestation de Bernardo Provenzano, parrain de la mafia sicilienne

En Calabre, 27% de la population est liée à la mafia

La région possède le plus haut taux de densité criminelle du pays.

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Londres : extradition de détenus vers l'Italie dans la cadre de la lutte anti-mafia © epa
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© afp

"Il Fatto quotidiano", quotidien indépendant italien, dresse cette semaine son classement national de la criminalité organisée. Selon une enquête menée par le procureur de la région et la direction départementale antimafia (DDA) de Reggio de Calabre, la région calabraise se place en tête devant, respectivement, la Campanie, la Sicile et les Pouilles. Le pouvoir judiciaire met en garde le gouvernement quant à la propagation du phénomène sur le territoire et appelle à l'application de nouvelles mesures.

La population "consentente"
Durant le traditionnel discours d'inauguration de l'année judiciaire, le procureur Giuseppe Pignatone a présenté à la presse les statistiques nationales relatives à la présence mafieuse sur la péninsule. Des chiffres préoccupants et qui confortent la 'ndrangheta en tête des organisations mafieuses italiennes. Cette fraction originellement implantée en Calabre jouit d'une présence massive sans précédent dans le paysage mafieux italien, de la province de Reggio de Calabre à la moindre agglomération urbaine du territoire. Selon, Giuseppe Pignatone, la 'ndrangheta puise sa force non seulement dans sa puissance militaire et économique mais surtout dans le consentement populaire de plus en plus systématique.

Recrutement
Les méthodes de recrutement s'opèrent à vitesse grand V dans la province reggina  et les nouveaux affiliés prennent la relève au moindre coup de filet de la DDA, censé décimer les troupes. L'exemple de Rosarno, commune de 15.000 habitants, est révélateur : deux, trois jeunes aspirants jurent fidélité à l'organisation chaque semaine et sont "baptisés" lors un rituel initiatique, suscitant toute la fierté de Domenico Oppedisano, l'ex-parrain, arrêté lors d'une vaste opération anti-mafia en juillet dernier. Une mise sur écoute du "boss" calabrais a permis de cueillir quelques révélations en la matière : "A Rosarno, nous sommes plus de 250, confie-t-il à un nouveau membre. Avant-hier, nous en avons recruté sept, sept nouvelles graines". Pour comprendre l'ampleur du phénomène calabrais, il suffit d'analyser l'exemple de Bagheria, commune de la province de Palerme : au temps de sa splendeur, le fief de Bernardo Provenzano n'a jamais compté plus de "50 hommes d'honneur" sur 58.000 habitants. On comprend mieux pourquoi les 250 militants de Rosarno, soit 2% de la population, sont assimilés à un régiment armé prompt à se régénérer à la moindre défection.

Expansion
Dans les années 1990, Nicola Gratteri, le procureur adjoint de Reggio de Calabre, fut le premier à avertir l'Allemagne de l'expansion des activités mafieuses calabraises au-delà des limites du territoire. L'organisation est aujourd'hui connue de tous, depuis le drame de Duisbourg, théâtre d'un règlement de compte entre familles rivales. A Kaarst et Düsseldorf, des quartiers entiers sont aujourd'hui entre les mains de la 'ndrangheta.

L'ère de la globalisation
Giuseppe Pignatone ajoute : "l'organisation s'adapte à la globalisation en installant des comptoirs en dehors du territoire, aussi bien pour faciliter le transport de marchandises que pour bénéficier de l'inexpérience de la justice en la matière dans certaines régions d'Europe".

A.F.