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En France, deux prisons toujours bloquées par des surveillants en colère

UpdateLe mouvement de protestation de certains gardiens de prison français, qui ont mené des actions de blocage mercredi matin, semblait avoir décru en fin de matinée. Si 18 centres pénitentiaires étaient "bloqués" à travers tout le pays tôt en matinée, selon l'administration pénitentiaire, ce chiffre était tombé à 10 peu avant 11h00, puis à deux peu avant midi: Condé, où a eu lieu l'agression qui a mis le feu aux poudres, et Rouen. 

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Ce n'est plus possible, on veut éviter que quelqu'un se fasse tuer mais au gouverne­ment, ils s'en moquent

Stéphane Canutti, responsable syndical en Corse

A Fleury-Mérogis, la plus grande prison d'Europe, où des dizaines de travailleurs étaient bloquées à l'extérieur par des militants syndicaux en début de matinée, les forces de l'ordre (gendarmes et CRS) ont levé le blocage vers 9h00. 

Si les blocages complets n'étaient pas majoritaires mercredi matin, différentes actions, blocages temporaires, services limités à l'intérieur de la prison, retards organisés pour les prises de services, ..., se sont multipliées, si bien qu'entre 80 et 90 établissements pénitentiaires, sur les 188 que compte le pays, étaient impactés par le mouvement de grogne en début de matinée, selon un pointage de l'administration pénitentiaire relayé par Le Monde. 

Une attaque "terroriste"
Devant l'établissement de Condé, les gardiens de prison ont allumé un feu, faisant brûler des pneus et des palettes. Deux surveillants de cette prison d'Alençon avaient été blessés mardi, agressés au couteau par un détenu radicalisé âgé de 27 ans, Michaël Chiolo, qui a été interpellé ensuite dans un assaut du Raid. Selon le procureur de la République de Paris Rémy Heitz, le détenu radicalisé en prison et qui purgeait une peine de 30 ans, a affirmé vouloir "venger" Chérif Chekatt, l'auteur de l'attentat du marché de Noël de Strasbourg le 12 décembre 2018. L'agression a été qualifiée de "terroriste" par la ministre de la Justice Nicole Belloubet.

C'est en réaction à ces évènements que de nombreux surveillants ont décidé de se croiser les bras mercredi matin.

80% des établissements mobilisés
Selon Stéphane Canuti, responsable du syndicat FO pénitentiaire à Borgo en Corse, la mobilisation se poursuivra dans les prochains jours. "Ce n'est plus possible, on veut éviter que quelqu'un se fasse tuer mais au gouvernement, ils s'en moquent", juge-t-il. 

Selon Yoan Karar, secrétaire général adjoint Force Ouvrière, "il y a à peu près 80% des établissements mobilisés" mercredi matin à travers toute la France: "les revendications portent sur la sécurité et les salaires. Il faut une revalorisation salariale car la grosse problématique, c'est qu'on n'arrive pas à recruter".

Belloubet admet des failles

La ministre française de la Justice et garde des Sceaux Nicole Belloubet a reconnu mercredi qu'il y a "encore des failles" dans la gestion des détenus radicalisés, alors qu'un vaste mouvement de grogne des gardiens de prison touche le même jour les établissements pénitentiaires du pays. Ce mouvement successif à un appel aux blocages de deux syndicats survient au lendemain d'une agression de deux surveillants par un détenu radicalisé à la prison d'Alençon, une agression qualifiée de terroriste par la ministre.

"Manifestement il y a encore des failles et je suis là pour y remédier", a déclaré la ministre sur RMC. Elle avait demandé dès mardi une "inspection" pour "faire la lumière" sur l'agression, qui a envoyé les deux gardiens à l'hôpital. 

Le problème des fouilles
"Si j'ai demandé une inspection, c'est précisément pour voir à chaque moment où sont les failles de notre système et prendre les mesures qui s'imposent. Il ne me semble pas pensable que l'on puisse entrer en détention avec des objets qui ne puissent pas être détectés", a expliqué Nicole Belloubet. Le détenu, âgé de 27 ans, a en effet attaqué les deux surveillants avec un couteau en céramique, une arme qui aurait pu lui avoir été apportée par sa compagne, tuée en soirée dans l'assaut du RAID. Des sources concordantes estiment que la compagne du détenu aurait pu cacher cette arme ainsi que la ceinture d'explosifs factice dans un faux ventre de femme enceinte. 

"On peut parfaitement exiger qu'il y ait une fouille et que si la personne s'y refuse, elle ne rentre pas en prison. Il faut expertiser ce problème-là", a réagi la ministre. 

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