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Et à la fin, c’est Charles Michel qui gagne: comment notre futur ex-Premier a décroché l’Europe

En décembre, Charles Michel reprendra les rênes d’un poste autrefois occupé par un autre Belge, Herman Van Rompuy. Une opportunité qui n’est pas tombée du ciel: depuis des années, Charles Michel peaufinait son statut de candidat idéal, incarnation du consensus et ce malgré la débandade belge. Profitant de négociations européennes dans l’impasse, il a soudain obtenu un poste auquel on ne l’attendait pas: la prestigieuse présidence du Conseil de l’Europe. 

Un vrai puzzle. Les 28 dirigeants européens chargés d’attribuer les cinq hauts postes bientôt vacants ont eu toutes les peines du monde à s’accorder. Il faut dire qu’il y avait beaucoup de sensibilités et d’équité à prendre en compte pour désigner les présidents du Conseil de l’Europe, de la Commission européenne, le “Ministre des Affaires étrangères de l’Europe”, le patron de la Banque centrale européenne et le président du Parlement européen. Le tout à décider avec trois fractions principales: le PPE (Parti Populaire européen, qui n’a rien à voir avec l’ex PP belge) dont le cdH et le CD&V belge, les libéraux (dont le MR et l’Open VLD belges) et les sociodémocrates (dont le PS et le sp.a belges). Chacun voulait sa part, il fallait tenir compte des disparités régionales et pour rendre le casse-tête un peu plus palpitant, que l’équité homme-femme soit (plus ou moins) respectée en désignant deux candidates aux postes-clés et ce afin de satisfaire aux exigences d’Emmanuel Macron et Donald Tusk. Pari relevé. Surtout pour Charles Michel, notre Premier ministre en affaires courantes.

Spitzenkandidat

Le poste le plus imporant à fixer, celui de président de la Commission européenne en tant que successeur de Jean-Claude Juncker, devait être attribué. C’est lui qui se charge de diriger l’UE “au quotidien”. Pour les élections, chaque famille politique avait proposé son “Spitzenkandidat”, terme allemand signifiant tête de liste et, dans le jargon européen, celui désigné en tant que potentiel président de la Commission.  LE PPE, la fraction principale, avait avancé Manfred Weber mais celui n’était pas parvenu à convaincre. Le nom du sociodémocrate néerlandais Frans Timmermans, vice-président de la Commission, était perçu comme favori, tandis que celui de Charles Michel revenait en tant que Haut représentant pour les Affaires étrangères tout comme Margrethe Vestager, bien que (trop) connue pour avoir la dent dure. Il en allait de même pour Frans Timmermans, rapidement refusé en bloc par l’Europe de l’Est après ses critiques acerbes, au fil des ans, sur la Pologne et la Hongrie et leur propension à ne pas respecter l'État de droit, et donc les traités européens. Il fallait que ses propos se paient un jour, ils auront finalement court-circuité sa candidature. Déception pour les uns, opportunité pour un autre: Charles Michel. Les chances que le Benelux obtienne deux postes-clés était mince, et pourtant...

Jeter des ponts

Le PPE, qui de mémoire collective a toujours fourni le président de la Commission, n’avait pas l’intention de lâcher l’affaire en 2019. C’est à cette fin qu’Angela Merkel a laissé son compatriote Manfred Weber de côté pour lui préférer sa ministre de la Défense, Ursula van der Leyden, souvent citée pour succéder à la chancelière. Le feu vert est un fait, mais n’est que partiel: le Parti populaire européen (PPE) soutiendra la désignation de la ministre allemande, les libéraux de Renew Europe adoptent la même position, mais sa désignation suscite une “grande aversion” chez les sociaux-démocrates (S&D) or la candidate doit obtenir une majorité absolue au Parlement européen. Les socialistes, qui n’ont finalement obtenu que le poste de Haut représentant pour les Affaires étrangères et la Sécurité, pourraient encore lui mettre des bâtons dans les roues. La suite au prochain épisode.

Alors que les têtes tombaient, la présidence du Conseil est finalement revenue au libéral belge Charles Michel, qui fait office de compromis européen, profitant sûrement de la réputation du consensus à la belge. Sur sa nomination, l’approbation du Parlement européen n’est pas nécessaire: il n’a pas voix au chapitre. Notre futur ex-Premier ministre succèdera donc assurément à Donald Tusk en tant que président du Conseil de l’Europe.

En sa qualité de président, il emmènera surtout les sommets européens et devra trouver des compromis entre les États membres. “Avec son expérience en tant que Premier belge, Charles Michel est l’homme idéal pour trouver des consensus”, analyse Donald Tusk sur son successeur. Son rôle européen consistera donc à jeter des ponts, un exercice auquel il s’était déjà essayé l’an dernier à Val Duchesse en réunissant une dizaine de chefs d'États. Il semble que la chute de son propre gouvernement, en Belgique, n’a chagriné personne.

La présidence du Parlement européen n’a pas encore été attribuée. Le rôle décroché par Charles Michel réduit à néant les chances de Guy Verhofstadt: la Belgique ne peut pas obtenir deux rôles-clés. Même topo pour le candidat malheureux Manfred Weber: l’Allemagne a déjà la présidence de la Commission. La fin du suspense pourrait être pour aujourd’hui. Donald Tusk, lui-même Polonais, a déjà affiché sa préférence pour un candidat de l’Europe de l’Est. Cela favoriserait le maintien de la paix à ses yeux.

Tisser des liens, des années durant

Charles Michel n’est pour autant pas un lapin blanc sorti comme par magie d’un chapeau. Il a noué des liens avec ses homologues européens au cours des dernières années et “Monsieur Patate”, comme on l’appelle disgracieusement en dehors de la Belgique, s’est facilement attiré la sympathie des autres chefs d'États. Tout dans ses décisions de Premier ministre belge laissait entendre qu’il briguait ce genre de poste. Le Pacte de Marrakech, qui lui a coûté le départ de la N-VA, en était un exemple.

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Toujours content de revoir Angela Merkel, ici aux Nations unies à New York en 2015. © BELGA
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Plaisanter avec Xavier Bettel, premier luxembourgeois, et Mark Rutte, son homologue néerlandais © BELGA
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Fin juin 2018, Charles Michel fait de l’humour en arborant le maillot des Diables rouges en compagnie de la Britannique Theresa May © EPA

Les autres top fonctions de l’Europe

Charles Michel devient donc président du Conseil européen. Mais en deux mots, qui sont finalement les autres grands vainqueurs de ces nominations hors norme à l’Europe? 

Présidente de la Commission européenne = le premier prix

La ministre allemande de la Défense Ursula von der Leyen du PPE, le parti populaire européen, 60 ans. Elle succède en novembre au Luxembourgeois Jean-Claude Juncker (PPE également).

Haut représentant pour les Affaires étrangères et la Sécurité = le coordinateur international

Le ministre espagnol des Affaires étrangères et ex-président du Parlement européen Josep Borell (socio-démocrates), 72 ans, succède à l’Italienne Federica Mogherini (socio-démocrates également)

Présidente de la Banque centrale eurpéenne (BCE)

Christine Lagarde (63 ans), quitte le FMI et succède à Mario Draghi. 

Vice-président de la Commission européenne = le lot de consolation

Le Néerlandais Frans Timmermans (sociodémocrate), 58 ans, rempile comme premier vice-président de la Commission européenne. La Danoise Margrethe Vestager (Renew Europe, 51 ans), qui briguait le poste de présidente de la Commission, devient également vice-présidente. Elle paie le prix pour avoir irrité la France et l’Allemagne sur la concurrence alors qu’elle était commissaire. Ses relations avec Donald Trump ont également fait capoter sa candidature.