Famille recluse dans une cave: qui est Josef B., le suspect au lourd secret?

pays-basL’homme de 58 ans arrêté après la découverte à Ruinerwold (Pays-Bas) d’une famille de six personnes vivant sans doute depuis neuf ans dans la cave d’une habitation isolée, n’est pas le père de famille mais l’homme qui louait le bien. La nature de leur relation est obscure. La famille est constituée d’“un homme âgé et de ses enfants âgés de 18 à 25 ans”. Certains des jeunes pensaient être “seuls sur la planète”.

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Photo prise par un drone de la ferme où vivaient recluse la fratrie avec un quinquagénaire © EPA

Alors que les autorités néerlandaises ne divulguent les informations qu’avec parcimonie, les médias creusent dans le voisinage de la ferme où une famille, composée d’un père affaibli et ses cinq enfants de 18 à 25 ans, vivait totalement coupée du monde au point que les plus jeunes “ne savaient pas qu’il existait d’autres êtres sur cette Terre”. 

La police de Drenthe, dans un dernier update mardi soir, a expliqué enquêter rigoureusement sur de possibles délits survenus dans cette ferme mais ne pas être en mesure de communiquer davantage pour l'instant: “Il y a beaucoup de spéculations et nous comprenons vos questions, nous en avons nous-mêmes beaucoup”, a-t-elle admis. La police ajoute qu’il n’est pas clair si ces personnes étaient retenues contre leur volonté. Elles subissent désormais des examens médicaux et psychologiques.

Un homme de 58 ans a été arrêté: contrairement à ce qui a été annoncé précédemment, il ne s’agit pas du père de famille mais de Josef B., homme à tout faire connu dans le coin, confirme son entourage abasourdi.

“Je me suis dit que ça faisait beaucoup de papier WC pour une seule personne”

Josef B. louait la ferme où a été découverte la famille et honorait ses devoirs de locataire sans faillir, a déclaré la propriétaire du bien situé dans cette bourgade du nord des Pays-Bas. Ceux qui l'ont côtoyé dans le cadre du travail n’en reviennent pas. Josef B. était agréable et travailleur, pas du genre bavard sur sa vie privée, mais pas louche non plus. Tonnie, un menuisier qui occupait un espace de travail dans le même hangar que Josef B. à Meppel, à quelques minutes de la ferme, explique à la presse: “Il fabriquait les plus beaux meubles, notamment pour des yachts. Je l’ai vu faire durant sept ans. C’était un magicien avec le bois. Un vrai artisan”. 

Personne n’a jamais rien remarqué de très suspect chez cet homme, dont on ne connaît pas encore le rôle exact dans l’affaire. Tonnie tente désormais de rassembler les pièces du puzzle: “Samedi dernier, je l’ai encore vu à bord de sa Volvo remplie de commissions. Il y avait en effet beaucoup de sacs de papier toilette. Cela faisait vraiment beaucoup de papier WC pour une personne seule, mais à ce moment-là, je n’ai pas cherché à comprendre pourquoi il faisait de telles réserves”. 

“Il demandait parfois conseil, comme quel béton couler pour sa rénovation”

Quant à la ferme où il vivait, Josef B. en parlait peu à ses collègues. “Il ne divulguait rien sur sa vie intime. Je savais juste qu’il était né en Autriche”, se souvient Tonnie qui ajoute que le quinquagénaire rénovait la maison mais ne parlait quasi pas des travaux. “Il demandait parfois conseil, par exemple sur quelle sorte de béton couler, mais il ne dévoilait pas l’adresse exacte ni avec qui il vivait”. 

Un autre occupant du hangar se souvient avoir travaillé à côté de cet Autrichien, et ne trouve que du bien à en dire: “C’était un homme assez extraordinaire. Aimable, mais aussi renfermé. Je réceptionnais les colis livrés pour lui à une époque. En soi, pas de problème, mais quand je lui ai demandé un numéro de téléphone pour le joindre, cela a été très compliqué de l’obtenir”. Ce lundi, les entrepreneurs de ces hangars partagés de Meppel ont eu la surprise de voir la police ratisser les lieux. Ils ont cru un moment qu’ils étaient à la recherche d’une activité illégale comme des plants de cannabis et n'ont découvert le pot aux roses qu’aujourd’hui. 

“Ce n’est pas possible qu’il ait assisté à ça sans jamais intervenir”

Depuis, c’est la stupeur parmi les habitants du coin, surtout ceux qui ont mieux connu Josef B., car nul ne sait encore ce qui se tramait vraiment dans la maison ni pourquoi la famille découverte vivait à l’insu de tous et sans connaissance du monde extérieur. 

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© Harm Meter

Le bourgmestre Roger De Groot a évoqué “un espace de vie aménagé provisoirement dans la cave et dans lequel la famille vivait une existence recluse”. Plusieurs enfants n’étaient même pas inscrits à l’état civil, ce qui pourrait expliquer qu’ils ont notamment échappé au radar des autorités sanitaires. Aucun n’a été scolarisé. “Je suis vraiment perplexe. Ce n’est quand même pas possible de faire une telle chose de nos jours. Et que Josef ait assisté à cela toutes ces années sans être intervenu?”, s’exclame Tonnie, pantois. 

Un homme âgé à l’identité inconnue et six enfants d’une même famille, entre-temps tous adultes, vivaient depuis des années dans la cave de cette ferme isolée en “attendant la fin des temps”, a-t-il été laconiquement expliqué. Cela laisse entendre qu’ils avaient certaines croyances, mais les proches de Josef B. ne lui connaissent pas une telle foi. “Il travaillait nuit et jour. Et le dimanche aussi. Ce n’est pas vraiment ce que ferait quelqu’un de très religieux”, indique Tonnie. 

“On croyait à une culture illégale, du chanvre”

Quant au voisinage, il confirme avoir eu excessivement peu de contacts avec le ou les résidents de la ferme. Là encore, “on supposait qu’il devait y avoir une quelconque culture de chanvre, sans plus. Mais une chose pareille? Non, jamais je ne m’en suis doutée”, réagit Keizer, une voisine. “Il y avait des ballots de paille sur le terrain, alors qu’il n’avait pas d’animaux. Josef B. devait l’utiliser pour l’isolation, car on n’entendait jamais rien”. Elle ajoute que la curiosité les a déjà poussés, avec d’autres voisins, à épier par-dessus les haies, mais rien d’étonnant n’est jamais apparu. “Et puis ils ont laissé pousser les haies et on ne voyait plus rien du tout”. 

Cela ferait neuf ans que la famille vivait ainsi recluse. La mère serait décédée vers 2010, ont évoqué les médias néerlandais, mais les autorités ne confirment pas qu’elle a été enterrée sur le terrain. Les occupants, très perdus, ont été évacués sans encombre, a expliqué le bourgmestre, qui insiste pour qu’on respecte leur tranquillité. Les jeunes ont été provisoirement placés dans un endroit sécurisé. La raison pour laquelle cette famille vivait dans ces conditions “exceptionnelles” fait l’objet d’une enquête. “La police envisage tous les scénarios possibles”, a encore affirmé M. De Groot. Rien n’indique encore que le suspect retenait la famille de force. Interpellé, Josef B. refuserait cependant de collaborer à l’enquête.

L’aîné, très confus, a attiré l’attention dans un bistrot

Les faits ont été dévoilés lorsque l’aîné des enfants, âgé de 25 ans, s’est rendu dans un bistrot de Ruinerwold. Lundi, le jeune homme, qui était déjà venu sur place, était complètement désorienté et la police a été appelée. 

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C’est dans ce bar que l’aîné de la fratrie a été repéré © Photo News

“Il était venu une première fois et je l’avais renvoyé”, a raconté le patron du bar à la télévision locale. “La semaine passée, il a commandé cinq bières mais nous allions fermer. Quelques jours plus tard, il est revenu. Il était confus. Avec ses longs cheveux, sa barbe sale et ses vieux vêtements, il a fait une mauvaise impression. Sa façon de parler était infantile. Il a recommandé cinq bières et les a bues. Puis j’ai eu une conversation avec lui. Il a admis qu’il s’était enfui et qu’il avait besoin d’aide. Puis, on a appelé la police.”

Les policiers ont suivi ses indications, fouillé la ferme et découvert, derrière une armoire de la chambre, un escalier menant à la cave, où se trouvaient un homme et ses cinq autres enfants. Le quinquagénaire aurait fait un AVC il y a quelques années et était allongé dans un lit. La famille n’avait pas de contacts avec le monde extérieur et vivait en pleine autonomie. C’est au contact de la police que les jeunes adultes ont découvert qu’ils n’étaient pas seuls sur Terre.

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Ruinerwold, le village reculé du nord des Pays-Bas © Photo News
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Un périmètre de sécurité a été dressé entre la route et le pont qui mène à la ferme © ANP
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© REUTERS