Plein écran
© epa

Hollande a peur: "Cette campagne sent mauvais"

Il était resté muet comme une carpe jusqu'ici et d'aucuns s'amusaient même de le voir s'occuper tant que faire se peut en attendant la fin de son mandat, mais François Hollande est sorti de son silence cette semaine en confiant à quelques journalistes triés sur le volet ses sentiments quant à l'actuelle campagne présidentielle.

Plein écran
© EPA
Plein écran
© getty
Plein écran
© reuters
Plein écran
© afp
Plein écran
© epa
Plein écran
© epa

Une campagne folle, imprévisible et dont le dénouement suscite pour une fois beaucoup de curiosité, telle est sans doute l'impression du public, français comme étranger. François Hollande est plus alarmiste: "Cette campagne sent mauvais", aurait-il résumé en interne, craignant un second tour opposant Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen. La tentation de l'extrême-droite dans un contexte terroriste et le spectacle rafraîchissant d'un Mélenchon dans les débats pourraient avoir raison des votes, et le président socialiste l'a bien compris.

Le Monde l'écrit, le Point aussi, Hollande méprise la teneur de la campagne présidentielle, qu'il semble juger superficielle, "hors sol", pour reprendre ses termes, et "centrée sur les affaires". Des candidats qui s'attaquent sur des fautes personnelles sans que le programme ne soit la pierre angulaire. Au pupitre, "émotion" et pas de raison ni de fond.

A qui profite le crime? A un Mélenchon, qui tire son épingle dans le jeu du plus comico-piquant, faisant dans la foulée oublier que son projet pour la France n'est peut-être pas celui que souhaite le plus grand nombre. "Il y a un péril face aux simplifications, aux falsifications, qui fait que l'on regarde le spectacle du tribun plutôt que le contenu de son texte", dit-il. Le message du président sortant sur la France insoumise est clair.

Pourtant les sondages laissent se profiler un second tour où Marine Le Pen affronterait bien Jean-Luc Mélenchon le 7 mai prochain. Aujourd'hui, les sondages le montrent Mélenchon est l'homme politique préféré des Français, bondissant dans le baromètre d'avril de la neuvième à la première place du classement. Scénario catastrophe pour Hollande? Le plan B, Emmanuel Macron, est toujours possible. Troisième homme politique dans le coeur des électeurs, il pourrait piquer un sprint final mais aurait besoin qu'on lui souffle dans le dos. Mais l'incroyable montée de Mélenchon dans les intentions de vote nuit avant tout au candidat centriste: contre Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon est préféré par 51% des sondés contre 46% pour le candidat d'En marche! C'est encore l'écart le moins frappant. Contre François Fillon, Mélenchon creuse encore plus l'écart et l'emporte à 68% contre 29% pour l'ancien Premier ministre. Enfin contre Marine le Pen, c'est toujours le même Mélenchon que les Français préfèrent à 68% contre 27% seulement pour la candidate du Front national.

Un coup de pouce appuyé de l'actuel président pour le candidat d'En Marche est-il donc à prévoir? Oui, mais pas tout de suite. Hollande le sait, il vaut mieux, pour mieux placer ses pions, se faire discret pour l'instant, de crainte de mettre de l'eau au moulin des deux extrêmes pressentis et ainsi court-circuiter Macron. Tout sauf alimenter la mode Mélenchon, déjà suffisamment épargné voire mis en valeur par les médias, tout sauf participer à la tendance "dégagiste", comme Hollande la décrit, qui a causé la perte de Juppé notamment et pourrait faire tomber Macron alors que les Français semblent se plaire à faire tomber les têtes.

Hollande attendra donc que se passe le 23 avril pour appeler à voter pour le meilleur, ou en tout cas le "moins pire". L'envie de nouveauté et le dégoût des Français face au dédain de Fillon devront donc faire le reste dans 11 jours et dans un premier temps se passer de consigne de vote de François Hollande. A l'approche du second tour, toutes les langues devraient se délier et le président sortant a déjà confirmé qu'il multiplierait à nouveau les contacts et entretiens avec la presse prochainement. Le temps de voir dans quelle direction souffle le vent et de préparer ses mises en garde face au candidat qui sera selon lui le plus dangereux pour la France, sa politique internationale et son économie. Pour les investisseurs en tout cas, le sentiment de Hollande est partagé: un duel Le Pen-Mélenchon ravive les inquiétudes.