Personnage excentrique, Jack Ma, le fondateur du géant chinois Alibaba, aime se produire sur scène, imitant parfois Michael Jackson.
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Personnage excentrique, Jack Ma, le fondateur du géant chinois Alibaba, aime se produire sur scène, imitant parfois Michael Jackson. © AFP

Jack Ma, le milliardaire haut en couleur que la Belgique peut remercier

Alors que la Belgique manquait cruellement de masques chirurgicaux en pleine épidémie de coronavirus, Jack Ma, le fondateur du géant du commerce en ligne chinois Alibaba, a fait don à notre pays d’un demi-million d’exemplaires ainsi que de 30.000 kits de tests afin de lutter contre le Covid-19. Portrait d’un milliardaire atypique devenu en quelques années l’un des hommes les plus puissants de Chine, et du monde.

Tout a commencé il y a vingt ans dans son modeste appartement de Hangzhou, une métropole de dix millions d’habitants située à plus de cent kilomètres au sud de Shanghai. À cette époque, Jack Ma n’est encore qu’un jeune trentenaire et surtout un illustre inconnu. Mais il a une idée qui va changer sa vie: mettre en relation les entreprises avec leurs fournisseurs potentiels via une plateforme Internet.

Jack Ma, de son vrai nom Ma Yun, convie dix-sept amis et connaissances à une réunion dans son appartement pour leur expliquer son projet. “Voici l’endroit où nous allons vivre ensemble pendant environ un an. Nous mangerons, vivrons ici et, surtout, nous y travaillerons jour et nuit. Et nous allons probablement y arriver. Sinon, nous devrons nous trouver un autre job”, leur déclare-t-il alors. 

Jack Ma et sa bande ont réussi leur pari, c'est un euphémisme de l’écrire. Aujourd’hui, l’empire de l’homme d’affaires chinois pèse environ 430 milliards d’euros, selon Forbes. En 2018, le groupe Alibaba a réalisé trois fois plus de ventes qu’Amazon. Toujours selon Forbes, Jack Ma possède une fortune personnelle estimée à 34,6 milliards d’euros. Ce qui fait de lui la 21e plus grosse fortune du monde et la première de Chine. 

Citation

“Voici l’endroit où nous allons vivre ensemble pendant environ un an. Nous mangerons, vivrons ici et, surtout, nous y travailler­ons jour et nuit. Et nous allons probable­ment y arriver. Sinon, nous devrons nous trouver un autre job”

Jack Ma à ses collaborateurs avant de lancer Alibaba en 1999

Tomber pour mieux se relever

Au début des années 2000, la jeune société a pourtant dû composer avec la concurrence féroce des Américains eBay puis Amazon. Mais Alibaba a fini par les surclasser et s’imposer comme l’incontestable leader du secteur dans son pays, aidée il est vrai par le Parti communiste chinois.

Dès l'adolescence, Jack Ma, fils de deux conteurs musicaux aux modestes revenus, s’intéresse à la langue anglaise. À l’âge de 14 ans, il décide de travailler gratuitement dans un hôtel touristique afin de se perfectionner en la matière. Plutôt faible en mathématiques, il échoue à deux reprises aux examens d’entrée à l’université d’Hangzhou et se fait recaler dix fois à l’entrée de Harvard. Le jeune Jack est même refusé pour servir du poulet frit par les premiers KFC chinois, et ce alors qu’il y avait 24 candidats pour 23 places.

Ces multiples échecs ne l’ont pas découragé pour autant. En 1988, il sort finalement diplômé d’une licence d’anglais de l’université normale de Hangzhou et devient professeur d’anglais. Un travail pour lequel il était payé l’équivalent de 10 euros par mois. Jack Ma n’a jamais caché son histoire personnelle. Au contraire, il aime mettre en avant son parcours, qui ressemble furieusement à la version chinoise du rêve américain.

Jack Ma, la version chinoise du rêve américain.
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Jack Ma, la version chinoise du rêve américain. © AP

David contre Goliath

Tout bascule en 1995 lors d’un voyage aux États-Unis dans le cadre d’une mission qui lui était confiée par le gouvernement chinois. Jack Ma découvre Internet, qui n’en était encore qu’à ses balbutiements, et réalise son immense potentiel. De retour en Chine, il parle de cette formidable invention à tout le monde. “On ne peut pas rater ça”, dit-il à ses amis. Après quelques années passées à Pékin, il retourne dans sa ville natale où il fonde donc Alibaba en 1999. 

En 2003, Ma lance Taobao, ce qui signifie “chasse au trésor” en chinois, sorte d’eBay local. À l’époque, le géant américain est déjà bien installé en Chine où il détient 90% du marché de la seconde main. Pourtant, Jack Ma, que l’on traite de “fou”, déjoue tous les pronostics et David finit par s’imposer contre Goliath.

Héros chinois

Sa réussite le propulse au rang de star en Chine, où on le voit partout: dans des films de kung-fu (une discipline qu’il pratique), dans des festivals de musique ou encore à la télévision en train d’imiter Michael Jackson. Personnage haut en couleur, Jack Ma devient un héros chinois. 

Honnête, Jack Ma n’a jamais caché le fait que sa réussite était en partie due au fait que l’Internet chinois est particulièrement contrôlé, ce qui a favorisé l'expansion de la tech locale face aux entreprises étrangères. “Et alors, quel mal y a-t-il à cela?”, répond celui qui aime se comparer à Forrest Gump: pas très intelligent, mais un fonceur et, surtout, un opportuniste.

Côté privé, Jack Ma est toujours marié à la fille dont il est tombé amoureux sur les bancs de l’université et qui a fait partie dès le début de l'aventure Alibaba. 

Jack Ma est une véritable star en Chine.
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Jack Ma est une véritable star en Chine. © AFP

Retraite surprise

En septembre 2018, Jack Ma a surpris tout le monde en annonçant sa retraite anticipée, effective un an plus tard, à l’âge de 55 ans. “Ayant reçu une formation d’enseignant, je ressens beaucoup de fierté quant à ce que j’ai réalisé. Les enseignants désirent toujours que leurs étudiants les surpassent, il est donc raisonnable de ma part et de celle de l’entreprise de laisser des personnes plus jeunes et plus talentueuses prendre la main dans les rôles de dirigeants, afin de les laisser hériter de notre mission consistant à ‘‘faciliter les affaires où que vous soyez’”, indiquait Jack Ma dans sa lettre de démission lors du 19ème anniversaire d’Alibaba, qu'il continue néanmoins à servir en tant que conseiller.

À l’instar de Bill Gates, Jack Ma est passé du monde des affaires à celui de la philanthropie en créant la Fondation Alibaba, avec une attention toute particulière accordée à l'éducation, ses premières amours, et à la santé. Il est d’ailleurs considéré comme l’un des héros de la philanthropie en Asie. 

Jack Ma le philanthrope

Alors que le monde fait face à la pandémie de Covid-19, le généreux Jack Ma a fait don de centaines de milliers de masques chirurgicaux et de tests de dépistage à plusieurs pays, dont la Belgique. Un don qui s'est fait grâce à l’intervention personnelle du roi Philippe, lequel a noué des liens avec le milliardaire lors de visites officielles ces dernières années. Pour rappel, Alibaba a choisi Liège pour implanter son premier hub européen.

“Je tiens sincèrement à remercier Monsieur Jack Ma et Alibaba pour leur soutien à la Belgique dans la lutte contre le Covid-19", indiquait la ministre fédérale de la Santé Maggie De Block. C'est toute la Belgique qui l’en remercie.

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Jack Ma a, via sa fondation, offert 500.000 masques chirurgicaux et 30.000 kits de tests afin de lutter contre le Covid-19.
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Jack Ma a, via sa fondation, offert 500.000 masques chirurgicaux et 30.000 kits de tests afin de lutter contre le Covid-19. © BELGA_HANDOUT
  1. Le dérapage du préfet de police de Paris: “Les patients en réanimation n’ont pas respecté le confinement”
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    Le dérapage du préfet de police de Paris: “Les patients en réanimati­on n’ont pas respecté le confine­ment”

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