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L’auteur de l’attaque à Paris stockait les coordonnées de dizaines de ses collègues policiers

Les enquêteurs ont retrouvé au domicile de Mickaël Harpon, l’auteur de l’attaque au couteau qui a fait quatre morts jeudi dernier à la préfecture de police de Paris, une clé USB contenant les coordonnées et les données personnelles de plusieurs dizaines de ses collègues policiers et des vidéos de propagande de Daech montrant des décapitations, révèle Le Parisien.

Agent administratif en poste au service informatique de la direction du renseignement de la préfecture, l’homme était domicilié à Gonesse, dans le Val-d’Oise. On ignore à ce stade si ces données étaient stockées dans le cadre de sa fonction ou s’il les a extraites de sa propre initiative. Les enquêteurs cherchent également à savoir si le tueur avait l’intention de communiquer ces informations à des tiers.

Selon le procureur antiterroriste Jean-François Ricard, les investigations ont “permis d’établir des contacts entre l’auteur des faits et plusieurs individus susceptibles d’appartenir à la mouvance islamiste salafiste”. Depuis quelques mois, Mickaël Harpon était en effet en contact avec un prédicateur musulman salafiste connu des services de renseignement français, précise le quotidien.  

Né à Fort-de-France (Martinique, Antilles françaises), Mickaël Harpon s'est converti à l'islam il y a une dizaine d'années, a indiqué samedi le procureur antiterroriste. Selon un rapport du service de la préfecture de Paris où travaillait l'informaticien de 45 ans, cette conversion était "probablement liée à son mariage" avec une femme d'origine marocaine, rencontrée plusieurs années auparavant.

Selon cette note de quatre pages, il respectait le ramadan et avait "sollicité, une seule fois en 2018, une autorisation d'absence pour se rendre à la mosquée en période de ramadan". Selon un chef de section, cité par le document, "il ne priait pas au bureau".

En 2015, Mickaël Harpon a, selon le rapport, "une vive querelle" avec un collègue au sujet de l'attentat contre le journal satirique Charlie Hebdo, commis au nom d'Al-Qaïda en janvier. "C'est bien fait", aurait-il déclaré. L'incident est rapporté verbalement en juillet 2015 à un fonctionnaire de la Sous-direction de la sécurité intérieure (SDSI) chargé des signalements de radicalisation, mais n'est pas formalisé.

Son rapport avec les femmes

En l'absence d'autres éléments inquiétants, les collègues de Mickaël Harpon et les membres de la SDSI mis au courant, s'accordent à dire qu'il n'y avait "aucun souci" avec lui. À l'époque, son habilitation secret défense avait déjà été renouvelée depuis deux ans et était valable jusqu'en avril 2020. Les témoignages les plus récents assurent qu'il "était totalement inséré" dans son équipe, conclut le rapport.

Plusieurs témoignages affirment que Mickaël Harpon ne serrait plus la main des femmes ni ne les embrassait, probablement depuis son mariage en 2014. Toutefois, plusieurs supérieurs soulignent qu'il ne manifestait "aucune animosité à leur endroit".

Sa femme, musulmane pratiquante, ne porte pas le voile. "Elle a été placée en garde à vue puis libérée sans charge retenue contre elle, c'est l'épouse de cet homme, mais en rien une complice", a déclaré à l'AFP son avocat Me Gustave Charvet.

Une voisine du couple a décrit l'assaillant comme "quelqu'un de très calme" qui "allait à la mosquée mais avait une pratique (religieuse) normale".

La mosquée de la Fauconnière qu'il fréquentait, à Gonesse (banlieue nord de Paris), n'était "pas considérée comme salafiste", mais un imam salafiste est passé "brièvement" dans cette communauté "avant d'être rejeté", selon une source proche du dossier.

Sur son compte Facebook "Miko Noparh", créé en 2009, sur le peu de publications partagées, beaucoup concernent l'islam et la défense de la cause palestinienne, syrienne ou celle de la communauté musulmane des Rohingyas en Birmanie.

Sur l'une des vidéos, partagée le 6 juillet 2017, on y voit un homme dire en anglais "maintenant, la chose la plus importante est de mourir en tant que musulman".

Des problèmes psychologiques? 

En parallèle des signes de radicalisation, les enquêteurs s'interrogent sur d'autres aspects de la personnalité du tueur : ce fonctionnaire, qui souffrait de troubles auditifs "lourds", avait fait part en février de certaines "frustrations" liées à son handicap qui semblaient freiner sa carrière, selon le rapport.

Par ailleurs, sa femme a décrit aux policiers un "comportement inhabituel et agité" de son mari la veille de la tuerie, confirmé par le voisinage.

Un des résidents a raconté au quotidien Libération l'avoir entendu crier "Allah Akbar" (Dieu est le plus grand, en arabe), à six reprises dans la nuit. L'hebdomadaire Le Point rapporte de son côté qu'en garde à vue la femme de Mickaël Harpon "a décrit son époux comme +possédé+ pendant cette crise et a affirmé que toute la famille s'était réunie au milieu du salon, lui en larmes et prostré".

Le matin de l'attaque, après un échange de 33 SMS avec son mari "à connotation exclusivement religieuse" selon le procureur, l'épouse, inquiète, "a écrit à une collègue de son mari à la préfecture pour lui signaler son comportement bizarre", a précisé la source proche du dossier.