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L'autorité de Merkel vacille en Allemagne comme en Europe

L'autorité de la chancelière allemande Angela Merkel en Europe sort affaiblie de la débâcle électorale historique subie dimanche par son parti conservateur dans le plus grand Etat régional du pays. Le large succès des sociaux-démocrates (SPD) en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Etat régional le plus peuplé d'Allemagne, renforce l'opposition de gauche qui réclame une inflexion de la politique d'austérité de la chancelière conservatrice.

"Prise en étau"
Déjà confrontée à la pression en ce sens de membres de la zone euro, notamment de la part du nouveau président français François Hollande, Mme Merkel se trouve "prise en étau", estime le politologue Peter Lösche, de l'Université de Göttingen. Cette déconvenue intervient au plus mauvais moment puisqu'elle doit justement recevoir pour la première fois M. Hollande mardi, souligne-t-il.

Angela Merkel a reconnu lundi une "défaite douloureuse et amère" tout en assurant que sa politique européenne n'en serait pas affectée. Son parti conservateur (CDU) a enregistré dimanche son plus mauvais score historique (26,3% des voix) dans ce Land, industriellement puissant, qui compte 18 millions d'habitants.

Avec 39,1% des suffrages, le SPD dispose d'une confortable majorité pour gouverner avec les Verts (11,3%). "C'est très désagréable pour Mme Merkel, une défaite aussi nette", juge Gerd Langguth, professeur à l'Université de Bonn.

Avant l'élection, Angela Merkel avait tenté de limiter les conséquences d'un échec en recadrant le candidat CDU, le ministre de l'Environnement Norbert Röttgen, qui voulait transformer ce scrutin régional en référendum sur la politique européenne de la chancelière.

"Mais cette idée existe bel et bien" dans l'opinion, avance Gero Neugebauer, chercheur à l'Université libre de Berlin. "C'est un rude coup" porté à Mme Merkel, juge aussi Jürgen Falter, professeur de sciences politiques à l'Unversité de Mayence. "Elle apparaît comme la vaincue".

Toutefois, les observateurs sont unanimes à rappeler la résistance politique de Mme Merkel, fondée sur son pragmatisme et sa flexibilité. "Je vais entamer le dialogue avec les partis d'opposition" sur le traité européen de discipline budgétaire, a ainsi souligné Mme Merkel, évoquant aussi sa rencontre de mardi avec François Hollande, comme pour entretenir l'idée d'un compromis à venir. "Nous verrons bien quelles sont les attentes", a-t-elle ajouté.

"Plus difficile"
Angela Merkel est confrontée à des négociations délicates avec les Verts et les sociaux-démocrates sur la ratification du pacte budgétaire par le Parlement allemand. Celle-ci nécessite une majorité des deux tiers, inatteignable sans les voix de l'opposition. Le SPD et les Verts réclament l'instauration d'une taxe sur les transactions financières et des mesures de soutien à la croissance, à l'image de celles de M. Hollande, en échange de leurs voix.

Quant aux prochaines élections législatives allemandes, prévues à l'automne 2013, la chancelière allemande s'est dite "sereine". "Les gens savaient (dimanche) qu'il s'agissait d'une élection régionale, que ce n'était pas moi qui me présentait", a-t-elle souligné. Jusqu'ici, le SPD reste loin de la CDU dans les intentions de vote au niveau fédéral et la politique d'austérité de la chancelière reste très populaire au sein d'une large majorité d'Allemands.

"Les choses sont devenues plus difficiles pour Mme Merkel mais elle sort le plus souvent grandie des situations délicates", rappelle M. Neugebauer. "Je vous prédis qu'elle saura se tirer de cette défaite sans dommage, comme elle avait su sortir intacte de la défaite en Bade-Wurtemberg", perdu en mars 2011 par la CDU après plus de 50 ans de pouvoir ininterrompu, affirme Gerd Langguth, auteur d'une biographie de la chancelière.