L'Islande en émoi après le meurtre mystérieux d'une jeune femme

L'affaire a mis l'Islande entière en émoi. Le corps sans vie d'une jeune femme de 20 ans, Birna Brjansdottir, disparue depuis plus d'une semaine, a été découvert sur une plage au sud de Reykjavik. La cause de la mort n'a pas encore pu être déterminée, mais la police privilégie la piste criminelle. Un épilogue dramatique pour une affaire hors du commun. La criminalité est quasi inexistante en Islande et les homicides y sont rarissimes. La disparition de la jeune femme a mobilisé plus de 720 volontaires, soit la plus vaste fouille jamais organisée sur l'île.

La jeune femme a disparu vers 5H00 samedi dernier à l'issue d'une soirée d'hiver banale, passée à boire et à s'amuser dans les bars de la capitale. Cheveux auburn, pantalon noir, polaire à capuche et chaussures Dr. Martens, elle apparaît à l'aube sur des caméras de vidéosurveillance, titubant dans les rues enneigées du centre-ville, achetant un kebab...

Sa trace se perd brutalement. Ce matin-là, elle ne se présente pas dans la boutique de vêtements où elle travaille. Ses chaussures sont retrouvées dans le port de Hafnarfjordur, au sud de Reykjavik, non loin du quai où est ancré un chalutier groenlandais, le Polar Nanoq. Son téléphone a également été repéré dans la zone, où quelqu'un l'a éteint.

Trois marins soupçonnés
La vidéosurveillance atteste la présence vers 6H30, près du navire, d'une citadine rouge, une Kia Rio, identique à un véhicule aperçu à proximité de l'endroit de Reykjavik où Birna a été vue pour la dernière fois dans les brumes aurorales. Le Polar Nanoq a levé l'ancre le jour même de sa disparition. Sommé de faire demi-tour, escorté par les garde-côtes danois, il a accosté à Reykjavik mercredi soir. Sans attendre, des membres de l'unité d'élite de la police islandaise, la Viking Squad, avaient été héliportés mercredi matin vers le navire pour interroger l'équipage.

Trois marins ont été arrêtés, "soupçonnés de posséder des informations sur la disparition de Birna," et devaient être présentés à un juge jeudi, a indiqué la police sur Twitter.

Le navire a été passé au peigne fin par la police technique et scientifique, mais des sources policières citées par la presse islandaise doutent que la jeune femme ait été portée à bord.

Une criminalité proche de zéro
Comme le scénario criminel est désormais confirmé, l'affaire Birna Brjánsdóttir restera dans les annales de la police islandaise, davantage réputée pour les selfies de ses agents sur son compte Instagram que pour ses enquêtes retentissantes. La criminalité, et a fortiori les crimes de sang, sont si rares en Islande qu'il a fallu attendre décembre 2013 pour que pour la première fois de son histoire la police tire sur un homme, le blessant mortellement.

Pays de 330.000 habitants, l'Islande n'a connu en moyenne depuis 2001 que 1,8 homicide par an, selon les statistiques de la police. Ils impliquent souvent des auteurs alcoolisés, ou déséquilibrés.

Et encore: 2002 a été particulièrement funeste (quatre homicides) alors que 2003, 2006 ou 2008 n'ont enregistré ni assassinat, ni meurtre. "Nous avons toujours été une société homogène, soucieuse d'égalité", analyse le sociologue Helgi Gunnlaugsson. "Nous sommes une famille, nous avons besoin les uns des autres pour survivre sur cette île", explique-t-il à l'AFP.

"Polar social"
Paradoxalement, un des auteurs de romans policiers les plus vendus au monde, Arnaldur Indridason, est islandais. Imagination débridée? Pas tant que ça à en croire son traducteur français, Éric Boury. "C'est une société qui, comme la nôtre, a évacué la mort. On a le sentiment, ici, qu'on ne peut pas mourir" de mort violente, "et on sait pourtant que la nature est dangereuse, qu'un volcan peut tout dévaster", rappelle-t-il.

Et puis, ajoute Éric Boury, "cette société qui semble apaisée ne l'est pas tant que ça. Il y a des problèmes de drogue et d'alcool, de graves problèmes d'alcool. Le polar social a toute sa place ici".

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