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L’Otan en état de “mort cérébrale”? Macron "maintient" ses propos

Mise à jourLe président français Emmanuel Macron a maintenu mardi ses propos sur l'Otan, qu'il a jugée en état de "mort cérébrale", à la grande irritation de ses pairs, peu avant l'ouverture d'un sommet de l'organisation à Londres.

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"Je maintiens" ces propos, a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse avec Donald Trump. Le président américain avait qualifié quelques heures auparavant de "très insultantes" ces déclarations sur l'alliance, qui fête mercredi ses 70 ans.

“Très très méchant”

Donald Trump a attaqué de front le président français Emmanuel Macron, renforçant le climat de zizanie régnant entre des Alliés confrontés à des défis inédits. Avant même les rencontres officielles au complet, mardi soir à Buckingham Palace et mercredi dans un golf de luxe en périphérie de Londres, le président américain s’en est pris à ce jugement, le qualifiant de “très insultant”.  C’est un jugement “très, très méchant à l’égard de 28 pays”, a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse avec le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg. 

Trump “très surpris”

Donald Trump s’est dit “très surpris” par la déclaration d’Emmanuel Macron, qu’il doit rencontrer mardi dans la journée, et l’a jugée “très dangereuse” pour la France. “Personne n’a besoin de l’Otan plus que la France”, a-t-il affirmé, critiquant par ailleurs durement la volonté de Paris de taxer les géants technologiques américains.  L’administration Trump a déjà menacé d’imposer des droits de douane pouvant atteindre 100% sur l’équivalent de 2,4 milliards de dollars de produits français dont le roquefort, les yaourts, le vin pétillant.

“Je suis en désaccord”

“Je suis en désaccord” avec Emmanuel Macron a pour sa part déclaré Jens Stoltenberg. “Il ne faut pas mettre en doute l’unité et la volonté des alliés de se défendre les uns les autres”, a-t-il ajouté précisant que c’est la base de la dissuasion. Le secrétaire général espère se voir confier à Londres la mission d’améliorer la réflexion stratégique au sein de l’Otan.

Poutine dénonce le comportement “grossier” de l’Otan

70 ans après sa création, l’Alliance est confrontée à de nouveaux défis comme la montée en puissance de la Chine et la militarisation de l’espace, en plus de relations difficiles avec la Russie qui montre ses muscles sur son flanc Est. Vladimir Poutine a dénoncé mardi le comportement “pas correct voire grossier” de l’Otan, accusée par le Kremlin d’avoir continué à s’agrandir malgré les promesses faites selon le Kremlin avant la chute de l’URSS: 

“Nous avons exprimé à plusieurs reprises notre volonté de coopérer avec l’Otan, sur des menaces réelles comme le terrorisme international, les conflits armés locaux et le danger de la prolifération des armes de destruction massives”, a déclaré le président russe, cité par les agences de presse. “Penser en termes de stéréotypes de bloc ne peut pas être un bon instrument pour chercher et prendre des décisions efficaces dans les conditions d’un monde moderne qui change rapidement et brusquement”, a poursuivi Vladimir Poutine à Sotchi (sud), où il participait à une réunion consacrée à la Marine russe. “Aujourd’hui, nous devons obligatoirement considérer que l’agrandissement de l’Otan, le développement de ses infrastructures militaires près des frontières russes, constitue l’une des menaces potentielles pour la sécurité de notre pays”, a-t-il ajouté.

Macron appelle à un dialogue stratégique sans “naiveté” avec la Russie

Le président français a appelé mardi à un dialogue stratégique “sans naïveté” avec la Russie. “Nous devons initier un dialogue sans naïveté avec la Russie pour réduire la conflictualité” avec ce pays, a-t-il soutenu au cours d’une conférence de presse avec le président Donald Trump, réclamant comme “précondition” des “avancées” sur le règlement de la crise entre la Russie et l’Ukraine. Emmanuel Macron a également plaidé pour un nouveau traité INF sur les forces nucléaires à portée intermédiaire. “La France, l’Allemagne et les autres pays européens sont maintenant menacés par de nouveaux missiles russes”, a-t-il souligné. “Nous ne devons montrer aucune naïveté à l’égard de la Russie, mais je ne crois pas que le status quo soit la meilleure solution”, a-t-il expliqué.

Conflit ukrainien

Le chef de l'État français a jugé nécessaire des “préconditions” pour engager un tel dialogue. “Il faut des avancées sur le conflit entre la Russie et l’Ukraine”, a-t-il soutenu. Une réunion au format Normandie entre les dirigeants russe et ukrainien avec Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel est prévue le 9 décembre.  “Nous devons définir un agenda entre Européens et avec les autres alliés de l’Otan pour définir les menaces communes et la première menace commune est le terrorisme international et le terrorisme de l'État islamique”, a-t-il insisté.

Réaction de Trump

“La situation avec le nucléaire n’est pas bonne”, a reconnu Donald Trump. “Nous avons mis fin au traité INF parce que l’autre partie (la Russie) n’y adhérait pas, mais elle veut conclure un traité et nous aussi”, a-t-il souligné.  “Nous pensons qu’il est possible de trouver une solution” pour les armes nucléaires, a assuré Donald Trump. “Nous pensons qu’ils (les Russes) veulent le faire. Nous savons qu’ils veulent le faire et nous voulons le faire aussi”, a-t-il déclaré.

Le président américain s’est par ailleurs montré optimiste sur les chances de règlement du conflit entre la Russie et l’Ukraine: “Je pense que les réunions avec la Russie et l’Ukraine sont très importantes. Et il est possible que des progrès importants puissent être réalisés”. “Ils font la paix parce qu’ils se battent depuis trop longtemps, trop longtemps. Je pense qu’il y a de grandes chances que cela se produise”, a-t-il ajouté.

Les relations entre la Russie et l’Ukraine se sont envenimées depuis 2014 avec l’annexion de la Crimée par la Russie et la guerre au Donbass, en Ukraine, où les séparatistes ont été soutenus par la Russie.

Erdogan insulte Macron

Hôte de la rencontre, le Premier ministre britannique Boris Johnson veut appeler les 29 pays membres à l’unité mais les noms d’oiseaux avaient commencé à pleuvoir dès la semaine dernière. Répliquant aux déclarations d’Emmanuel Macron sur l’Otan, le président turc Recep Tayyip Erdogan lui avait lancé: “Fais d’abord examiner ta propre mort cérébrale!” Leur contentieux porte sur l’intervention lancée par Ankara en octobre dans le Nord-Est de la Syrie sans en informer les autres membres de l’Alliance. Les deux chefs d'État doivent se retrouver mardi après-midi avec Boris Johnson et Angela Merkel pour discuter du conflit syrien.

La Turquie travaille parfois “avec des intermédiaires de l’EI”

Emmanuel Macron a répondu que la Turquie travaillait “parfois avec des intermédiaires de l’EI”, l’organisation État islamique, lui reprochant de combattre à présent les Kurdes alliés de la coalition internationale en Syrie contre les islamistes. “Quand je regarde la Turquie, ils se battent à présent contre ceux qui ont combattu à nos côtés. Et parfois ils travaillent avec des intermédiaires de l’EI”, a-t-il déclaré devant la presse.

Trump charge les “mauvais payeurs”

Outre les attaques contre la France, Donald Trump, qui depuis son élection pousse ses alliés à augmenter leurs budgets militaires pour partager davantage le fardeau, a lancé une nouvelle charge contre les “mauvais payeurs” de l’Otan, notamment l’Allemagne. Le milliardaire veut maintenir la pression sur les alliés pour leur faire respecter leur engagement de consacrer 2% de leur PIB pour leur budgets militaires en 2024. 

La France dépensera l’équivalent de 2% en 2025, mais l’Allemagne, à 1,42% en 2020, ne respectera pas son engagement avant le début de la décennie 2030. S’il s’est félicité d’avoir “obtenu 130 milliards de dollars”, en référence à la somme que le Canada et les membres européens auront ajoutée aux budgets de la défense en quatre ans, il s’est dit insatisfait.

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