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Le Premier ministre français Édouard Philippe © AFP

La France maintient sa réforme des retraites et les “concessions” ne convainquent pas les syndicats

Mise à jourLe Premier ministre français Edouard Philippe a annoncé mercredi que sa réforme des retraites ne s’appliquera qu’aux Français nés en 1975 et après, une concession aux syndicats qui “justifie”, selon lui, la fin d’une grève massive paralysant largement la France depuis près d’une semaine.

“La transition sera progressive” vers le système universel de retraite, qui entend fusionner les 42 systèmes actuellement existants en France, a promis M. Philippe. “Le temps du système universel est venu. Celui des régimes spéciaux s’achève”, a affirmé le Premier ministre, en référence aux nombreux traitements qui permettent actuellement à certaines professions en France de partir plus tôt en retraite, notamment les cheminots de la SNCF (opérateur du rail) et les conducteurs de la RATP (métro parisien).

Réforme “sans brutalité”

“Nous mettrons fin aux régimes spéciaux”, mais “progressivement, sans brutalité, avec respect”, a-t-il assuré en direction des syndicats qui, dans leur grande majorité, marquent leur opposition au projet gouvernemental avec des manifestations et une grève très suivie depuis près d’une semaine. La réforme ne concernera donc que “la génération qui aura 18 ans en 2022", pour ceux qui entrent dans la vie active, et, pour ceux qui y sont déjà, seuls seront concernés ceux nés en 1975 et après.

Retraite des enseignants

Le Premier ministre a également “garanti” les retraites des enseignants, très mobilisés dans l’opposition à la réforme. “Nous inscrirons dans la loi la garantie selon laquelle le niveau des retraites des enseignants sera sanctuarisé et comparable au niveau des retraites des fonctions ou des métiers équivalents dans la fonction publique”, a-t-il annoncé. “Nous engagerons avant la fin du quinquennat les revalorisations nécessaires pour maintenir le niveau des pensions” des enseignants, “nous le ferons progressivement et nous commencerons dès 2021", a-t-il également assuré.

Les femmes, les “grandes gagnantes”

Les femmes seront de plus “les grandes gagnantes” de la réforme, a-t-il certifié, le nouveau système projetant d’accorder “des points supplémentaires pour chaque enfant, et ce dès le premier enfant, et non à partir du 3e comme aujourd’hui”, a-t-il expliqué, en précisant que “cette majoration de 5% par enfant sera accordée à la mère, sauf choix contraire des parents”.

“Pension minimale de 1.000 euros”

Le système des retraites réformé garantira “une pension minimale de 1.000 euros net par mois pour une carrière complète au SMIC”. Ce minimum de pension “sera garanti par la loi à 85% du SMIC dans la durée et évoluera comme celui-ci”.

Pour M. Philippe, ces propositions “justifient que la grève s’arrête”. “Les garanties données aux populations les plus inquiètes justifient que le dialogue reprenne et que la grève qui pénalise des millions de Français s’arrête”, a-t-il répété.

“Système de bonus-malus”

L’actuel âge légal de départ à la retraite reste fixé à 62 ans mais la réforme “incitera à travailler plus longtemps”. “Au-dessus de l’âge légal, un âge d’équilibre avec un système de bonus-malus” est fixé à 64 ans, ce qui est “déjà un horizon raisonnable pour la très grande majorité des Français”, a estimé M. Philippe.

Le projet de loi sera soumis au conseil des ministres le 22 janvier et discuté au Parlement fin février.

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© EPA

Des “concessions” qui ne convainquent pas les syndicats

Si l’on en croit les premières réactions syndicales, les aménagements proposés mercredi n’apaiseront pas les tensions.

“La ligne rouge est franchie”

Pour la CFDT, principale organisation syndicale en France, Laurent Berger a estimé que “la ligne rouge est franchie” - avec l’âge d’équilibre à 64 ans alors que l’âge de départ légal est de 62 - et a annoncé une réunion des instances de son syndicat dans l’après-midi pour “décider des actions dans les jours à venir”. Il a dénoncé une réforme “lestée par un angle budgétaire accru”. Le syndicat était pourtant le seul à se montrer favorable à un régime universel.

“Le gouvernement s’est moqué du monde”

“Le gouvernement s’est moqué du monde”, a réagi le numéro un de la CGT (Confédération générale du travail) Philippe Martinez qui “ne croit pas que les cheminots seront satisfaits” par le discours d'Édouard Philippe sur la réforme des retraites. La CGT-Cheminots a d’ailleurs appelé à “renforcer la grève”, tandis que le deuxième syndicat du rail, l’Unsa, a déclaré que les annonces d'Édouard Philippe “n’étaient pas à la hauteur” des revendications.

“Renforcer la mobilisation”

Le discours d'Édouard Philippe “ne peut que confirmer la nécessité de renforcer la mobilisation”, a réagi Force ouvrière qui appelle “l’ensemble des salariés du privé et du public à s’y associer”. “Incontestablement la mobilisation exceptionnelle et la grève engagée le 5 décembre conduisent le gouvernement à retarder l’application effective à la génération 1975 plutôt qu’à la génération 1963 comme initialement prévu. Pour FO cela ne peut que confirmer la nécessité de renforcer cette mobilisation”, juge dans un communiqué le bureau confédéral du syndicat.

L’avis du Medef

À l’opposé, le président du Medef, l’organisation patronale, Geoffroy Roux de Bézieux a qualifié les propositions présentées par le Premier ministre de “bon équilibre”.

“Ma porte est ouverte, ma main est tendue”

Édouard Philippe a assuré mercredi devant le Sénat que sa porte était “ouverte” à la discussion et sa main “tendue” aux organisations syndicales. “Ce projet que nous avons mis sur la table il va donner lieu à des discussions avec les organisations syndicales. (...) Nous allons discuter, ma porte est ouverte, ma main est tendue”, a déclaré le Premier ministre après la présentation de sa réforme, toujours contestée par les syndicats, y compris la confédération CFDT, pourtant favorable comme le gouvernement à un système universel.

“Nous allons discuter”

“J’ai bien noté qu’un certain nombre (d’organisations syndicales) étaient totalement opposées au principe d’un système universel. J’ai bien noté aussi qu’un certain nombre d’autres n’étaient pas opposées au principe d’un système universel mais ne voulaient pas dire, peut-être assumer, que en effet l’équilibre global du système pour les années qui viennent reposait sur le fait que chacun, progressivement, allait travailler un peu plus”, a développé le chef du gouvernement, dans une allusion à la CFDT.

“Bon eh bien nous allons discuter, ma porte est ouverte, ma main est tendue et vous aurez remarqué que dans le projet que nous avons proposé après les travaux du Haut commissaire (Jean-Paul Delevoye), il y a beaucoup d’avancées”, a-t-il ajouté.