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La mère voilée apostrophée par un élu RN brise le silence: “Ils ont détruit ma vie”

L’accompagnatrice scolaire prise à partie par l’élu RN Julien Odoul à cause de son voile est revenue pour la première fois sur l’incident survenu vendredi dernier au Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté. “Fatiguée”, Fatima affirme avoir “peur de tout”. “Aujourd’hui, j’ai une opinion négative de ce qu’on appelle la République”. Son fils, toujours marqué la scène, est suivi par une psychologue du CCIF.

Vendredi dernier, cette mère de famille accompagne son fils et ses camarades de CM2 au Conseil régional pour comprendre le fonctionnement d’une institution démocratique. Là-bas, un élu RN, Julien Odoul, lui demande de retirer son voile, appelant aux “principes laïcs”, à “la loi de la République” ou encore au règlement du Conseil régional (qui lui autorise pourtant à le porter).

La vidéo, mise en ligne vendredi après-midi par le président du groupe RN à l’assemblée régionale, provoque un tollé et relance le débat sur le port du voile.

Dans un entretien exclusif au Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), Fatima raconte le traumatisme qu’elle a vécu.

“On était dans un coin; je pensais même que personne ne pouvait nous voir. Et là j’entends quelqu’un dire ‘Au nom de la laïcité’, puis j’entends des personnes qui commencent à crier, s’énerver. Franchement, j’étais là sans être là. La seule chose que j’ai vue, c’était la détresse des enfants. Ils étaient vraiment choqués et traumatisés. Et on le voit bien dans la vidéo: ils n’arrêtent pas de bouger et de se retourner vers moi. Ils me disaient: ‘Mais c’est contre toi! C’est à toi qu’ils disent d’enlever ton voile?!’”

“Je tremblais de la tête aux pieds”

La maman explique alors qu’elle a d’abord tenté de rassurer les enfants et qu’elle est restée à sa place pour ne pas donner raison à Julien Odoul. “Mais quand j’ai vu mon fils en train de craquer, je leur ai dit que je ne pourrai plus rester. J’avais aussi besoin de me retrouver toute seule. Je tremblais de la tête aux pieds et je me sentais en train de tomber. Je ne voulais pas craquer devant les enfants, donc je suis sortie”.

L’incident se serait ensuite prolongé dans les couloirs du Conseil régional. Hors de l’hémicycle, Fatima aurait été agressée verbalement par Karine Champy (ex-élue FN). “Vous êtes contente?! Vous avez réussi votre coup?”, lui aurait-elle lancé, très remontée, avant de poursuivre. “Tu veux que je te pousse, c’est ça? Tu veux que je te pousse?!” Jacqueline Ferrari, une autre élue, serait intervenue pour calmer sa collègue.

“Mon fils a fait des cauchemars”

Aujourd’hui, Fatima tente de passer à autre chose, mais affirme qu’ils ont “détruit sa vie”. Si elle parvient à encaisser et à garder la face, son fils, lui, a très mal vécu l’incident. Il est suivi par une psychologue de CCIF. “La première nuit, il a fait des cauchemars. Ce qu’il m’a dit, quand il a pleuré, c’est qu’il avait l’impression que tout le monde était contre moi. Il va mieux, mais lui aussi, par moments, il est là sans être là. Il fixe un point, et c’est comme si son esprit partait. Depuis vendredi, il le fait souvent… Ses nuits aussi sont très agitées. Il se réveille souvent”.

Marine Le Pen n’a pas apprécié

De nombreux ténors du Rassemblement national ont pris position sur l’incident et ont reproché la méthode employée par Julien Odoul. Ses propos sont condamnés sur la forme, pas le fond. Marine Le Pen elle-même n’aurait pas apprécié le show de l’élu RN, qualifiant sa façon d’agir de “moche et vulgaire”, selon Libération. 

“Je ne l’aurais pas fait, c’est inutile”, a renchéri Jordan Bardella, vice-président du Rassemblement National, sur France Info.