Aïcha était caissière au magasin Carrefour de Saint-Denis depuis plus de trente ans
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Aïcha était caissière au magasin Carrefour de Saint-Denis depuis plus de trente ans © Twitter

La mort d’Aïcha devient le symbole du sort des caissières en France

Aïcha, salariée de Carrefour à Saint-Denis depuis plus de trente ans, est morte jeudi, infectée par le coronavirus. Elle est la première victime du Covid-19 parmi les caissières en France.

Aïcha faisait partie des murs au Carrefour de Saint-Denis, où elle travaillait depuis plus de trente ans. La femme de 52 ans était en arrêt maladie depuis le 17 mars, soit le tout premier jour du confinement en France, après avoir détecté des symptômes correspondants au coronavirus. Survenu jeudi, le décès d’Aïcha, qui était elle-même représentante syndicale, a déclenché l’indignation de la CGT sur Twitter: “Combien de salariés devront mourir au travail sans protection, sans masque? Pour 1000 euros, le prix d’une vie”.

“Personne ne peut savoir où Aïcha a attrapé le virus”

La sœur d’Aïcha a également poussé un coup de gueule sur RTL. “Comment peut-on les laisser travailler sans masque, ni gel ni protection? En plus, les clients ne respectent pas les distances de sécurité. On oublie ces caissières qui meurent au travail pour un salaire misérable. La mort d’Aïcha a détruit la famille”, témoigne-t-elle.

“On parle du magasin, mais elle a peut-être été contaminée dans le métro, qu’elle prenait tous les jours pour venir travailler. Personne ne peut savoir où Aïcha a attrapé le virus”, glisse un syndicaliste CGT pour Le Parisien, qui “ne veut pas accabler le directeur du magasin”: “Il est humain, il aimerait bien nous donner des masques, mais l'État n’en fournit pas. Alors, tout le monde a peur, regarde l’autre en se demandant s’il va le contaminer”.

Carrefour réagit: “Un drame absolu”

Du côté de Carrefour, on assure que le magasin a été entièrement désinfecté après l’annonce de sa contamination. “Le directeur du magasin et ses équipes ont été en contact quotidien avec elle, puis avec sa famille, durant sa maladie”, réagit le groupe Carrefour, évoquant “un drame absolu”. Dès ce vendredi, une cellule psychologique a été mise en place dans le magasin, alors que les clients continuaient d’affluer. Ces derniers jours, ce même magasin a d’ailleurs été la scène d’images surréalistes où des dizaines de personnes se ruaient devant l’entrée pour faire leurs courses.

“Depuis le début de la crise, la priorité absolue pour nous, chaque jour, c’est la protection de nos équipes”, affirme le groupe Carrefour auprès de Le Parisien. Le personnel à Saint-Denis a reçu des gants, du gel hydroalcoolique, et des parois de plexiglas ont été installées aux caisses. Pour les masques, “il y a eu un appel micro un jour pour en distribuer, mais il n’y en avait pas pour tout le monde”, explique un employé.

181 cas de contamination chez Carrefour?

La fédération CGT commerces et services envisage de “porter plainte” contre la ministre du Travail Muriel Pénicaud et le PDG de Carrefour Alexandre Bompart. “Nous avons alerté dès le début. Mais on a laissé les magasins fonctionner à plein régime. Personne ne nous a écoutés. Aujourd’hui encore, des gens viennent dans les magasins pour passer le temps, bouquiner ou regarder les télévisions… et contaminer deux ou trois employés”, dénonce Amar Lagha, secrétaire général de la fédération.

Dans la grande distribution, la tension monte ces derniers jours. Particulièrement chez Carrefour, où la CGT a recensé plus de 550 cas supposés et 181 cas avérés, “dont plusieurs graves”.