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Elena Vavilova © rv

Le couple d’espions russes qui a passé 20 ans aux États-Unis comme une famille sans histoire

Démasqués par le FBI en 2010, les deux espions ont bénéficié d’un échange d’agents entre Washington et Moscou pour rentrer au pays. Promus à leur retour au rang de colonel dans le renseignement, ils ont été reçus avec tous les honneurs par Vladimir Poutine pour “services rendus à la patrie”. Récemment publié en Russie sous la forme d’une fiction quasiment autobiographique, le roman “Une Femme qui savait garder des secrets” raconte l’incroyable histoire d’Elena Vavilova et de son mari Andreï Bezroukov. 

Lui était consultant, elle agent immobilier. Ils possédaient tous deux un léger accent français en anglais, leur “seule fantaisie” héritée de leurs années de préparation au Canada avant de s’installer à Boston au début des années 1990, relate Le Temps. Car pour les autorités américaines “Tracey Lee Ann Foley” (Elena Vavilova) et “Donald Howard Heartfield” (Andreï Bezroukov) étaient en effet officiellement canadiens. 

Longue formation

Déjà unis par le mariage avant leur départ, ils avaient été infiltrés séparément au Canada avant de rejouer leur rencontre outre-Atlantique et se marier à nouveau, comme si c’était la première fois. Originaires de Sibérie, ils travaillaient en réalité tous les deux pour le KGB et avaient suivi une formation intensive pendant plusieurs années pour apprendre à se comporter comme une famille américaine ordinaire et se fondre dans la masse sans susciter le moindre soupçon. 

“The Americans”

Dans son roman presque autobiographique, Elena Vavilova lève le voile sur leurs années de clandestins. Une partie, du moins, pour “des raisons opérationnelles”, confie-t-elle. La nature du métier d’agent secret ne permet pas, en effet, de tout révéler dans les moindres détails. Uniquement édité en russe à ce jour, “Une Femme qui savait garder des secrets” décrit leurs missions, parfois ennuyeuses, leurs années compliquées à l’éclatement de l’URSS et leur dévouement à la cause nationale. Leur histoire a inspiré la série à succès “The Americans” (voir vidéo ci-dessus). 

Une réalité très différente

D’ailleurs souvent invitée à comparer sa véritable histoire à la saga de Joe Weisberg, Elena Vavilova admet le rapprochement mais nuance le degré d’authenticité: “A l’exception du sexe, des déguisements et des assassinats, ça rend assez bien la réalité humaine de notre travail”, avait-elle avoué. “Nous n’étions pas des James Bond. Notre travail était monotone et pas toujours très intéressant”, ajoute-t-elle, relayée par Le Temps. 

Les enfants ignoraient tout

Pendant leur longue et incroyable mission, “Tracey” et “Donald” ont eu deux enfants. Tim est né à Toronto (Canada) en 1990 et Alexandre en 1994 à Boston. Ils n’ont appris la véritable identité de leurs parents qu’en 2010, lors de leur arrestation. Et leurs véritables origines par la même occasion. Également déchus de leur citoyenneté canadienne, ils ne peuvent désormais plus revenir dans le pays qui les a vus grandir. Le cadet a d’ailleurs intenté une action en justice pour faire rétablir ses droits et s’installer au Canada.