Passagers du métro à Séoul, en Corée du Sud, fin mars
Plein écran
Passagers du métro à Séoul, en Corée du Sud, fin mars © EPA

Le grand mystère du coronavirus: pourquoi ne frappe-t-il pas partout de la même façon?

La pandémie s’est répandue à travers le monde, mais son impact varie d’un pays à l’autre. Le Suriname est presque épargné, mais son voisin brésilien compte plus de 7.000 morts. Alors que l’Iran prépare des fosses communes, le Covid-19 n’a fait qu’une centaine de morts en Irak. Tentative d’explication à ces différences.

À première vue, le virus semble épargner les pays avec une population jeune. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), cela serait dû au fait que les jeunes sont moins susceptibles de développer d’autres maladies qui peuvent s’avérer particulièrement mortelles si elles sont contractées avec le Covid-19. Quand les jeunes sont infectés, c’est souvent sans symptômes, ou alors légers, selon Robert Bollinger, professeur à la Johns Hopkins School of Medicine. L’Afrique en est une illustration: sur le continent le plus jeune du monde, 60% de la population a moins de 25 ans, et le virus n’a été diagnostiqué “que” chez 45.000 personnes, sur une population d’1,3 milliard d’habitants.

Jeunesse

En Thaïlande, les médecins constatent que les jeunes entre 20 et 29 ans sont ceux le plus souvent infectés, mais ils présentent relativement peu de symptômes. Cela semble de même à Singapour et en Arabie saoudite, où ce sont surtout les travailleurs migrants qui ont été infectés. Bien qu’ils vivent entassés en dortoirs, presque personne n’a été hospitalisé. Ces travailleurs sont principalement jeunes et en bonne santé.

En Italie aussi, un des pays les plus gravement touchés, les jeunes semblent épargnés. La moyenne d’âge des victimes décédées y est d’environ 80 ans. Mais ça n’explique pas pourquoi relativement peu de personnes meurent du Covid-19 au Japon, alors que sa population est la plus âgée au monde.

La situation ne correspond pas non plus au schéma en Équateur. Dans la région de la ville de Guayaquil, on estime à quelque 7.000 les personnes décédées du virus, alors que moins de 11% de la population est âgée de plus de 60 ans.

Différences culturelles

Des facteurs culturels pourraient aussi jouer un rôle, selon les épidémiologistes. En Thaïlande et en Inde, où le nombre de contaminations est relativement bas, les gens se saluent à distance, d’un geste mains jointes. Au Japon et en Corée, les gens se saluent là aussi différemment, à distance, et portaient des masques déjà avant la pandémie, par exemple quand ils toussent, afin d’éviter de contaminer les autres.

Dans de nombreux pays, on prend soin des personnes âgées à domicile et non en maisons de repos, contrairement à la Belgique ou l’Europe, où ces types de centres sont devenus des foyers d’infection, avec des conséquences tragiques pour les résidents et le personnel soignant. La moitié des décès en Europe a été recensée dans ces maisons de soins.

Isolement géographique

N’étant pas “envahis” de voyageurs porteurs du virus, les pays ou régions relativement isolés, comme les îles du Pacifique Sud ou certaines parties de l’Afrique subsaharienne, auraient par ailleurs bénéficié de leur situation géographique. Les experts de la santé en Afrique citent les voyages limités comme la possible raison principale du taux de contamination relativement faible du continent.

Les pays moins accessibles en raison de conflits armés, comme la Syrie ou la Libye, sont quelque peu protégés aussi par l’absence de voyageurs.

L’absence de transports publics à grande échelle dans les pays en développement peut également avoir ralenti la propagation du virus.

Chaleur et rayons

Les conditions tropicales ont parfois donné un sentiment de sécurité, voire de protection, à tort. Comme le coronavirus a surtout frappé cet hiver dans des pays au climat tempéré, tels les États-Unis ou l’Italie, et semblait relativement absent de pays plus chauds, comme le Tchad ou la Guyane, de nombreux chercheurs ont pensé que le virus pouvait ne pas résister à la chaleur. Ça ne semble finalement pas le cas. Des zones au climat tropical, comme la région amazonienne du Brésil, sont désormais sévèrement touchées aussi.

Mais d’autres facteurs jouent peut-être un rôle, positif ou négatif. Les personnes qui vivent sous des climats plus chauds passent plus de temps à l’extérieur, alors que le virus se propage facilement surtout dans les espaces clos. À l’inverse, ces habitants vivent souvent dans de très petits appartements ou dans des bidonvilles, comme au Brésil.

Le rayonnement UV de la lumière directe du soleil freinerait le virus, selon des chercheurs de l’Université du Connecticut. Les surfaces sont donc moins susceptibles de rester contaminées dans des endroits ensoleillés. Mais les scientifiques constatent que la transmission de la maladie se fait généralement de personne à personne, et non en touchant une surface infectée. Contrairement au président Trump, aucun scientifique ne pense qu’exposer une personne à la lumière soit un remède efficace.

Confinement réussi

Les pays qui ont eu recours au confinement très tôt, comme le Vietnam ou la Grèce, ont réussi à éviter une propagation incontrôlable. Aussi en Afrique, des pays “expérimentés” -dans la lutte contre Ebola, par exemple- ont réagi rapidement.

En Sierra Leone ou en Ouganda, le personnel aéroportuaire a pris les températures (bien que la mesure se soit avérée moins efficace) ainsi que les coordonnées des voyageurs et portait le masque bien avant le personnel européen ou américain.

Le Sénégal et le Rwanda ont fermé leurs frontières et instauré un couvre-feu alors qu’ils n’avaient recensé que peu de cas. Les ministères de la Santé publique de ces pays ont immédiatement commencé à tracer les contacts, tandis que la Belgique ne commence vraiment que maintenant.

Lockdowns et autres interdictions de rassemblements fonctionnent, selon l’OMS. Après plus d’un mois de fermeture des frontières, des écoles et de la plupart des entreprises, des pays comme la Thaïlande ou la Jordanie ont vu le nombre d’infections baisser.

Chance et malchance

Comparaison intéressante: à l’inverse du cas de l’Iran, où certains pèlerins étrangers ont amené le virus, les pèlerins musulmans et catholiques du Liban n’ont pas ramené le virus d’Iran ou d’Italie. Une chance que ne s’explique pas le Dr Roy Nasnas, consultant en maladies infectieuses dans un hôpital universitaire de Beyrouth.

La malchance peut en effet jouer un rôle. Des pays situés dans la même région du monde et doté d’une culture similaire peuvent être affectés différemment. Si une personne assiste à un rassemblement spécifique, par exemple, comme le cas d’un jet-setteur uruguayen qui a importé le coronavirus d’Europe et serait responsable de la moitié des contaminations dans le pays de par sa présence à un mariage.

Ensemble de facteurs

Les experts estiment qu’aucun des facteurs évoqués ici ne peut à lui seul expliquer la propagation du virus, il s’agirait vraisemblablement d’une conjonction de ceux-ci.

Nettoyage dans une favela de Rio de Janeiro, en avril
Plein écran
Nettoyage dans une favela de Rio de Janeiro, en avril © Photo News