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Le nombre d'infections augmente plus rapidement en Turquie: “Je n'ai jamais vu autant de tombes”

Officiellement, 356 personnes ont succombé au coronavirus en Turquie. Au niveau international, c’est un chiffre peu élevé, mais les données sont-elles exactes? Selon les experts, malgré ce taux de mortalité relativement bas, la Turquie est le pays où le nombre d'infections augmente le plus rapidement.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs vidéos montrant des tombes déjà creusées ont fait leur apparition. “Ça m'inquiète. Soit il y a beaucoup plus de morts du coronavirus que ce que le gouvernement admet officiellement, soit il s’attend à des morts en masse”, a déclaré Bilge, un jeune homme d'origine turque, au quotidien allemand Die Welt.

Dans la ville de Gaziantep, au sud-est du pays, le gouverneur a d’abord nié que les nouvelles tombes avaient un quelconque rapport avec le nouveau coronavirus: “Dans notre province, une quinzaine de civils meurent chaque jour pour diverses raisons. Beaucoup d’entre eux n’ont pas les moyens de s’offrir un enterrement. C’est pourquoi nous avons déjà préparé des tombes pour eux”, a-t-il déclaré. Une explication qui na pas convaincu de nombreux Turcs. “Ce ne serait pas la première fois que les autorités déforment tout”, a déclaré Bilge. “Je suis déjà allé dans beaucoup de cimetières et je n’ai jamais vu autant de tombes déjà préparées. En général, le trou est creusé au plus tôt un jour avant les funérailles”.

Selon les chiffres officiels, 356 personnes sont mortes des suites du Covid-19 en Turquie en date du 3 avril. Au niveau international, c’est peu. Mais depuis l’apparition du coronavirus dans le pays il y a un mois, seules 92.000 personnes ont été testées. À titre de comparaison, l’Allemagne - qui compte à peu près la même population - a effectué 350.000 tests rien que la semaine dernière. Le gouvernement turc affirme qu’il y a un peu plus de 18.000 personnes infectées en Turquie. Mais même ce chiffre relativement bas ne peut cacher un fait: en termes absolus, le nombre d’infections augmente plus rapidement en Turquie que n'importe quel autre pays.

Mesures 

Le gouvernement turc a toutefois pris une série de mesures pour endiguer la propagation du nouveau coronavirus sur son sol. Depuis le 12 mars, les écoles sont fermées et les vols internationaux sont annulés. À la télévision, il y a des publicités quotidiennes dans lesquelles des célébrités turques demandent à la population de rester à la maison.  Les voyages intercités sont soumis à une autorisation préfectorale, et un confinement total a été imposé aux seniors et malades chroniques. Mais jusqu’à présent, ces mesures “douces” n’ont eu qu’un succès modéré - les gens se réunissant encore dans les rues et sur les chantiers de construction.

Pour de nombreux Turcs, les chiffres relativement bas et les annonces peu claires du gouvernement sont source d’incertitude. “J’ai un peu peur”, avoue Bilge. “Avec ma bronchite chronique et mes allergies, je suis en danger. Mais rester à la maison tout le temps? Je ne le ferai que si l’État me l’ordonne. Tant que ce n’est pas le cas, ça ne peut pas être si grave”.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan.
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Le président turc Recep Tayyip Erdogan. © Photo News

Couvre-feu

Comme beaucoup de scientifiques et un grand nombre de politiciens à Ankara, le jeune kurde veut un couvre-feu pour tous les citoyens. “Nous pouvons constater que dans d’autres pays, le nombre d’infections a diminué depuis lors. Mais selon les représentants du gouvernement, le président Recep Tayyip Erdogan est fermement opposé à un couvre-feu. Cela affecterait le secteur de la construction et la circulation des marchandises. La situation économique déjà difficile se détériorerait rapidement et le mécontentement de la population à l’égard du gouvernement augmenterait probablement.

Appel aux dons

Si l’économie ralentit, cela aura également des conséquences pour le Trésor public. Ce lundi 30 mars, Erdogan a lancé un appel aux dons pour contrer les effets de la pandémie de nouveau coronavirus, annonçant qu’il allait verser sept mois de salaire à ce fond pour montrer l’exemple. 

“Je lance personnellement cette campagne en faisant don de sept mois de salaire. Mes ministres ont également fait des dons compris entre trois et six mois de salaire”, a-t-il déclaré lors d’un discours à Istanbul. Le salaire mensuel net du président est d’environ 50.000 livres turques (6.800 euros), selon la presse turque. M. Erdogan a appelé l’ensemble des Turcs, “notamment les hommes d’affaires”, à mettre la main à la poche. Il n’a pas précisé de quelle manière l’argent récolté serait utilisé.