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Ursula von der Leyen, la nouvelle présidente de la Commission européenne. © REUTERS

Le plus dur reste à faire pour Ursula von der Leyen

Fragilisée par la faiblesse de ses soutiens au Parlement lors de son élection mardi, la nouvelle présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen va devoir affirmer son indépendance vis-à-vis des Etats et forger une majorité pour surmonter les divisions de l'UE.

"Ursula von der Leyen a livré un très beau discours, très européiste, mais le résultat est décevant avec une majorité très faible", confie à l'AFP l'ancien Premier ministre socialiste italien Enrico Letta, président de l'Institut Jacques Delors, un centre de réflexion pro-européen.

"Cela risque de peser pour toute la législature. Elle doit gagner les Verts et tous les socialistes", prévient-il. Les Verts (74 élus) et près d'un tiers des 154 députés du groupe socialiste ont refusé de voter pour elle.

“Je comprends et j’accepte l’amertume et la frustration”

Ursula von der Leyen est consciente de la défiance des élus. "Je comprends et j'accepte l'amertume et la frustration", a-t-elle affirmé après le vote de mardi, appelant les élus à surmonter la colère causée par la décision des chefs d'Etat et de gouvernements de l'imposer au Parlement après avoir recalé leurs candidats.

"Je veux travailler avec les partis pro-européens pour former une majorité stable. Nous devons trouver des solutions pour surmonter les divisions entre l'Est et l'Ouest, entre le Nord et le Sud", a-t-elle plaidé.

"Ce sera difficile car les Verts sont très durs", a cependant confié son entourage.

Ursula von der Leyen a décidé de "passer en force" mardi en misant sur l'appui des trois autres partis européens: les conservateurs du Parti populaire européen (PPE), sa famille politique, les socialistes et les libéraux-centristes de Renew Europe, ont expliqué à l'AFP plusieurs responsables du PPE.

Trahisons

Or ces trois groupes, qui totalisent 444 élus, se sont trahis les uns les autres et ont contribué à éliminer leurs candidats en les privant de majorité. Ils ont ainsi permis aux chefs d'Etat d'imposer Mme von der Leyen.

La majorité absolue pour gagner le vote était de 374 voix. L'Allemande a été élue de justesse, avec 383 voix.

Une soixantaine d'élus pro-européens lui ont fait défaut. Chaque groupe se renvoyait la faute mercredi et les accusations lancées rendaient incertaine la constitution d'une majorité pro-européenne au Parlement européen pour légiférer.

"Elle va revenir vers nous, car elle n'a pas de majorité stable sans les Verts", a soutenu mercredi leur co-président, Philippe Lamberts.

Les Verts exigent “au moins quatre commissaires”

"S'ils veulent négocier avec nous, ce ne sera pas bon marché", a-t-il averti. Les Verts exigent "au moins quatre commissaires" dans l'équipe que doit constituer Ursula von der Leyen, a-t-il annoncé.

La constitution de l'équipe de 27 commissaires - un par Etat membre - et sa présentation devant le Parlement européen pour un vote de confirmation en octobre sera une étape décisive, a estimé mercredi un diplomate européen de haut rang.

"Si elle élargit sa majorité, elle aura gagné", a-t-il assuré. Mais les exigences des Verts lui compliquent la tâche car elles sont difficiles voire impossibles à accepter pour les Etats membres.

"Si Ursula von der Leyen ne parvient pas à s'assurer une majorité stable au Parlement européen, nous vivrons cinq années très difficiles", a confié à l'AFP un autre responsable européen sous couvert d'anonymat.

Ce pessimisme n'est pas partagé. "Le vote pour l'élection n'est pas forcément indicatif de la manière dont va travailler le Parlement", soutient Eric Maurice de la Fondation Schuman.

Pas la marionnette de Macron et Merkel

"Beaucoup de votes négatifs n'avaient rien à voir avec sa personnalité et son programme", souligne-t-il.

Ursula von der Leyen va toutefois devoir gommer l'image d'obligée de la chancelière allemande Angela Merkel, dont elle est très proche, et du président français Emmanuel Macron, qui revendique sa nomination.

Elle se défend d'ailleurs déjà d'être redevable à qui que ce soit: "J'ai été choisie par 28 chefs d'Etat et de gouvernement", a-t-elle répondu à l'AFP au cours d'un point de presse, avant de rectifier: "Non, 27, parce que la Chancelière n'a pas pu voter pour moi".