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Les apéritifs au poste de police: "un conflit de générations"

Le chef de la police municipale de Cogolin, dans le département français du Var, contrôlé au volant avec un taux d'alcoolémie délictuel, organisait des apéritifs répétés au poste, ont dénoncé des subalternes auprès de la justice, mais le maire parle d'un conflit de générations.

Dans la bourgade varoise de 12.000 habitants, à 15 kilomètres du tumulte côtier de Saint-Tropez, le maire Jacques Sénéquier, est "furieux" face à un petit emballement médiatique.

"Cela fait vingt ans que je suis maire et personne n'a jamais constaté qu'un policier municipal était en état d'ébriété pendant son service", a-t-il confié mercredi.

Le chef de la police municipale s'est vu retirer son permis de conduire en juin au volant de son véhicule de fonction après avoir été contrôlé avec un taux d'alcoolémie élevé. Il rentrait chez lui après un pot pour un nouveau collègue. Il s'est fait arrêter dans le cadre d'une enquête de la police des polices (l'IGPN), après l'alerte anonyme de trois policiers municipaux de l'équipe locale de quinze personnes, critiquant les pots très arrosés de sa hiérarchie.

"Le chef de la police municipale a compris que pour moi la police n'est pas la gendarmerie. Elle est là pour la prévention, plus que la répression", avance le maire de droite non encarté. "Des petits jeunes qu'on vient d'embaucher arrivent ici style Starsky et Hutch, ils veulent faire du contrôle routier, mettre des PV, mais ce n'est pas notre rôle! ", précise-t-il, en décrivant le chef de la police comme un "homme intègre", en poste depuis trente ans à Cogolin.

70 bouteilles au poste
Un délégué du Syndicat national des policiers municipaux (SNPM FO), préférant garder l'anonymat, précise que "70 bouteilles étaient conservées au poste dans un casier baptisé "licence IV".

"On n'a rien contre les pots, mais les apéritifs n'étaient pas maîtrisés", juge-t-il. "Le chef ouvrait le bar en fin de vacation, à partir de 18h00, les mardi, mercredi et vendredi. Un samedi matin sur deux, jour de marché à Cogolin, c'était le graillou, un petit repas arrosé au poste entre 9h00 et 11h00. Il allait chercher la charcuterie et le chef de la nuit amenait le rouge".

Les hostilités avaient démarré en mars avec l'envoi d'un courrier à la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), dénonçant l'utilisation par la hiérarchie des vidéos de surveillance pour contrôler la nuit l'activité des policiers. Le policier reconnaît que le métier a beaucoup changé. L'entrée se fait par concours depuis 1999.

"Il y a un conflit de générations", confirme-t-il. "La formation théorique c'est une chose, mais quand on arrive à Cogolin on vous dit c'est comme ça..." Dans le sud très clientéliste, "on a pas de scrupule à mettre un PV à un touriste, mais quand c'est un copain du maire ou du chef du poste il faut faire attention".