Plein écran
© reuters

Les Etats-Unis veulent juger Assange: il va contester la demande d'extradition

UpdateLe fondateur de WikiLeaks Julian Assange va "contester et combattre" la demande d'extradition américaine, a déclaré jeudi à des journalistes son avocate Jennifer Robinson à l'issue de la comparution de son client devant un tribunal londonien.

L'Australien de 47 ans a été arrêté jeudi en vertu d'une demande d'extradition américaine pour "piratage informatique", qui sera examinée au cours d'une prochaine audience le 2 mai, et d'un mandat délivré en juin 2012 par la justice britannique pour non présentation au tribunal, un délit passible d'un an de prison. Il a été reconnu coupable par une juge britannique d'avoir violé les conditions de sa liberté provisoire.

Les Etats-Unis veulent juger Assange

Plein écran
© epa
Plein écran
© epa
Plein écran
© reuters
Plein écran
© ap
Plein écran
© reuters
Plein écran
© ap
Plein écran
© ap

Les Etats-Unis veulent juger le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, considéré comme une menace pour la sécurité nationale en raison de la publication d'une somme colossale de documents compromettants pour les militaires, les diplomates et même les démocrates américains.

La justice américaine avance toutefois avec prudence pour éviter de se voir reprocher d'enfreindre la liberté de la presse.

Scandale WikiLeaks
Arrêté jeudi, l'Australien de 47 ans s'était réfugié en 2012 dans l'ambassade d'Equateur à Londres, deux ans après la publication par WikiLeaks de 250.000 câbles diplomatiques et d'environ 500.000 documents confidentiels portant sur les activités de l'armée américaine en Irak et en Afghanistan.

Droit américain
Certains Américains avaient loué la dénonciation de bavures militaires, découlant de cette fuite, mais les autorités avaient dénoncé la mise en danger des agents de terrain. Le droit américain condamne sévèrement la divulgation de documents confidentiels. L'ancien analyste de l'armée américaine Bradley Manning, à l'origine de cette fuite sans précédent, a écopé d'une peine de 35 ans de prison, finalement commuée à sept ans par le président démocrate Barack Obama. 

Liberté d'expression
Cependant, le premier amendement de la Constitution sur la liberté d'expression protège leur publication par des médias. Pour cette raison, l'administration de Barack Obama avait renoncé à poursuivre Julian Assange, qui a pu continuer ses activités depuis l'ambassade équatorienne. 

Demande d'extradition
Finalement, il a été arrêté jeudi à la suite d'une demande d'extradition formulée par les Etats-Unis, où il est inculpé pour "association de malfaiteur en vue de piratage informatique". La justice américaine l'accuse d'avoir accepté d'aider Bradley Manning --qui a depuis changé d'identité sexuelle pour devenir Chelsea Manning-- à obtenir un mot de passe du ministère de la Défense. Le chef retenu contre lui l'expose à une peine maximale de cinq ans de prison. 

Donald Trump ne sait "rien"
Donald Trump a refusé jeudi de commenter cette affaire. "Je ne sais rien de WikiLeaks, ce n'est pas mon affaire", a-t-il lancé, en renvoyant les questions sur le ministère de la Justice. "WikiLeaks - J'adore WikiLeaks", lançait-il pourtant lors de la campagne présidentielle de 2016 après la publication de milliers d'emails piratés dans le camp démocrate et gênants pour sa rivale Hillary Clinton.

"Juste un grand fan"
Une fois élu, Donald Trump avait assuré ne pas avoir été de mèche avec l'activiste. "Les médias malhonnêtes mentent quand ils disent que j'ai passé un accord avec Julian Assange (...) alors que je suis juste un grand fan! ", avait-il tweeté en janvier 2017.

Hackeurs russes
Les services de renseignements américains ont depuis établi que les emails démocrates avaient été piratés par des hackeurs russes dans le cadre d'une campagne de Moscou pour influencer la présidentielle américaine. De plus, WikiLeaks a publié en 2017 des documents compromettants pour l'agence centrale de renseignement américaine, la CIA. Furieux, son chef Mike Pompeo (devenu depuis secrétaire d'Etat) avait qualifié l'organisation de "service de renseignement non étatique hostile".

Procédure discrète
La justice fédérale avait donc relancé dans le plus grand secret les procédures contre Julian Assange et mis sur pied un grand jury, chargé de collecter les informations en vue de son inculpation. Son existence avait été révélée par erreur fin 2018 et confirmée en mars lors de l'arrestation de Chelsea Manning, au motif qu'elle ne voulait pas répondre aux questions de ce grand jury.

Condamnation unanime
L'avocat américain de M. Assange, Barry Pollack, a dénoncé jeudi "un effort sans précédent des Etats-Unis pour obtenir l'extradition d'un journaliste étranger afin qu'il soit inculpé pour avoir publié des informations véridiques". De même, l'association Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé une procédure "qui revient à condamner des activités de type journalistique".

Journaliste ou pas?
Mais pour l'opposition démocrate, il n'est en rien un journaliste. "Julian Assange a longtemps professé de grands idéaux (...) mais il est devenu un acteur de la campagne russe destinée à affaiblir l'Occident", a dénoncé le sénateur Mark Warner.

"C'est un débat intéressant sur la liberté d'expression, mais les charges retenues contre Assange portent sur une bonne vieille fraude informatique, pas de quoi nourrir les inquiétudes des journalistes", a commenté la juriste Susan Hennessey.

"Les journalistes n'aident pas leurs sources à cracker des mots de passe, ils apprennent au contraire à ne PAS faire ce genre de choses", a ajouté l'expert en sécurité Bradley Moss, pour qui les "cris d'orfraie sur la liberté de la presse" ne tiennent pas".