Plein écran

Les experts manquent de preuves pour conclure à la fraude électorale en Iran

Alors que des centaines de milliers de manifestants crient à la fraude en Iran après l'élection présidentielle, les experts peinent à vérifier la régularité du scrutin et à déceler, faute de preuves, l'existence d'une éventuelle manipulation.

Recours
Après l'annonce samedi des résultats et de la large victoire du président sortant Mahmoud Ahmadinejad, son principal rival, Mir Hossein Moussavi a déposé un recours devant le Conseil des gardiens de la Constitution.

Irrégularités dénoncées
Les capitales occidentales ont également exprimé leurs inquiétudes quant à la régularité du scrutin, l'Allemagne estimant même qu'il y avait eu des "irrégularités" et le président français Nicolas Sarkozy dénonçant "l'ampleur de la fraude".

Embarras
Mais alors qu'une poignée seulement d'observateurs indépendants étaient sur le terrain pour rendre compte du déroulement du vote, les experts de l'Iran qui se sont penchés sur les résultats sont dans l'embarras pour établir une analyse claire de la situation et, le cas échéant, révéler une éventuelle fraude.

Ken Ballen, président du groupe de réflexion "Terror Free Future" basé à Washington, avait conduit il y a trois semaines un sondage par téléphone auprès de 1.001 Iraniens. Cette enquête, conforme aux résultats de samedi, donnaient une confortable avance pour M. Ahmadinejad, avec 34% des intentions de vote, contre 14% pour M. Moussavi.

"M. Ahmadinejad était devant, à deux contre un. Est-il plausible qu'il ait remporté l'élection? Oui", avance M. Ken, tout en soulignant que 27% des personnes interrogées au moment du sondage étaient indécises et que "tout a pu changer" le jour de l'élection.

Incohérences
Les partisans de M. Moussavi pointent eux la grande rapidité avec laquelle des millions de voix ont été comptées, ou encore la victoire surprise de M. Ahmadinejad dans la propre ville de M. Moussavi.

M. Moussavi fait partie de la minorité azéri, importante dans cette région, dont les électeurs auraient -théoriquement- dû voter pour lui, remarque Ali Alfoneh, un expert de l'Iran de l'American Enterprise Institute. Mais là encore, les analystes en restent au stade de la spéculation, d'autant que le sondage mené par M. Ballen montre que seulement 16% des Iraniens azéris entendaient voter pour M. Moussavi, contre 31% pour M. Ahmadinejad.

Analyses
Walter Mebane, un universitaire du Michigan (nord), a également passé à la loupe les résultats de l'élection, grâce à une série d'outils statistiques conçus pour détecter les fraudes, baptisés "autopsie d'élection". Les moyens d'analyse divergent, mais les résultats sont finalement les mêmes: en comparant les données de 366 districts avec ceux de la précédente élection présidentielle en 2005, M. Mebana a relevé que les résultats de samedi étaient conformes aux tendances qui existaient précédemment.

"En 2009, M. Ahmadinejad a fait ses meilleurs scores dans les villes où il bénéficiait déjà de ses plus forts soutiens en 2005", explique le spécialiste, tout en soulignant que les informations fournies par les autorités iraniennes ne sont pas assez détaillées pour faire une analyse exhaustive.

"Décompte réaliste"
"Le décompte des voix que j'ai vu est relativement réaliste, mais cela n'exclut en rien la possibilité d'une manipulation", dit-il, expliquant par exemple que ses propres résultats auraient été globalement identiques même si le gouvernement iranien avait légèrement gonflé le décompte des voix.

Pour Ali Alfoneh, le gouvernement iranien devra apporter la preuve que le scrutin a été régulier. Dans le cas contraire, "si le gouvernement ne parvient pas à donner des éléments montrant qu'il n'y a pas eu fraude, cela risque de radicaliser les protestataires". (belga/cb)