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Marine Le Pen et Matteo Salvini sont sur la même longueur d'onde © reuters

Rassemblement nationaliste avec Matteo Salvini et Marine Le Pen

Salvini, Le Pen mais pas Orban: les nationalistes européens, dont la poussée se confirme scrutin après scrutin sur le Vieux Continent, se réunissent samedi à Milan pour un sommet, temps fort de la campagne à une semaine des élections européennes.

"Ceux qui se taisent sont complices. Ecrivons l'histoire ensemble !", s'exclame le chef de la Ligue italienne Matteo Salvini sur une affiche ne citant que son parti, quand la présidente du Rassemblement national (ex-Front national) français, Marine Le Pen, qualifie "d'historique" cette réunion de "tous les partis nationaux d'Europe".

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L'Europe n'est forte que de nations fortes

Marine Le Pen

Douze partis souverainistes se réunissent à Milan, fief de M. Salvini, dont la moitié représentés par leurs chefs. Mais alors que les deux leaders n'ont pas prévu de conférence de presse commune, le patron de la Ligue, ministre de l'Intérieur et homme fort du gouvernement italien risque de voler la vedette à la cheffe du RN, longtemps fer de lance de l'extrême droite en Europe et qui a même inspiré la Ligue dans sa mue en formation nationale.

"Moins d'immigration”

La Ligue devrait entrer en force au Parlement européen, avec 26 eurodéputés selon les dernières prévisions, soit 20 de plus qu'actuellement, aux côtés du RN (20 élus, +5) et de l'AfD allemande (11 élus, +10). Le chef de la Ligue a lancé un appel le 8 avril à unir les "forces patriotiques et conservatrices" en vue d'une Europe avec "moins d'immigration" et s'attaquant "au terrorisme et à l'islamisation".

Marine Le Pen a, elle, sillonné l'Europe pour soutenir d'autres petites formations alliées qui n'ont pas encore d'élus (Volya, SPD, Sme Rodina, Ekre). Leur ambition est de constituer un "super groupe" à partir du groupe Europe des nations et des libertés (ENL) au Parlement européen, où siègent déjà le RN, la Ligue, le FPÖ autrichien ou le Vlaams Belang flamand.

L'enjeu est de devenir la troisième force au Parlement de Strasbourg, une place que convoitent aussi les libéraux de l'ALDE, où pourraient siéger les élus français pro-Macron.

Orban refuse toute alliance avec Marine Le Pen

Brilleront par leur absence à Milan le Premier ministre national-conservateur hongrois Viktor Orban, qui a promis à Matteo Salvini d'engager une "coopération" après les élections mais refuse toute "alliance" avec Marine Le Pen, ainsi que le PiS polonais, malgré un déplacement de M. Salvini à Varsovie en janvier. Certaines formations refusent aussi d’être associées au nom “Le Pen” après les affaires des emplois fictifs ou les dérapages de l’ancien président du FN Jean-Marie Le Pen.

“Le supergroupe, il existera avec ou sans M. Orban, même si ça aurait une cohérence”, selon Mme Le Pen. 

Qui sont les 12 partis d’extrême droite qui viendront à Milan?

Les douze partis d’extrême droite qui se retrouvent samedi à Milan veulent tous “moins d’immigration” et “d’islamisation” mais sont partagés sur les moyens pour y parvenir, ainsi que sur l’économie, la Russie ou la sortie de l’Union européenne.

- La Ligue italienne compte plusieurs ministres au gouvernement de coalition avec le Mouvement 5 Etoiles. Elle pourrait apporter 26 eurodéputés (+20) le 26 mai. La Ligue et le M5S ont bâti leur succès sur un discours antimigrants et anti-UE, tout en renonçant à sortir de la zone euro. Libérale sur le plan économique.

- Le Rassemblement national français est actuellement le plus gros parti du groupe Europe des nations et des libertés (ENL, ENF en anglais) au Parlement européen. Il pourrait en apporter 20 (+5). Il ne prône plus de sortir de l’euro ou de l’UE qu’il veut réformer de “l’intérieur” et est le parti le plus protectionniste en économie.

- L’AfD allemande, qui a fait 12,6% aux législatives de 2017, pourrait apporter 11 élus au Parlement européen le 26 mai (+10). Il défend une ligne économique libérale. L’AfD est pour une sortie de l’euro mais pas de l’UE.

- Le FPÖ autrichien compte plusieurs ministres au gouvernement du chancelier conservateur Sebastien Kurz, dont son chef Heinz-Christian Strache, vice-chancelier. Très dur contre l’immigration, il a mis en sourdine sa revendication d’une sortie de l’UE et de l’euro. A conclu un accord de coopération avec Russie Unie, le parti de Vladimir Poutine. Crédité de cinq eurodéputés.

- Le parti des Vrais Finlandais est arrivé second aux législatives d’avril juste derrière le parti social démocrate. Ligne dure sur l’immigration, anti-islam et climato-sceptique. A un contentieux avec la Russie au sujet de la Carélie. Crédité de trois eurodéputés.

- Le Parti du peuple danois, troisième force du pays selon les sondages, est une formation antimigrants qui envisage à terme une sortie de l’UE. Il soutient, sans y participer, le gouvernement de centre droit. Concurrencé sur sa droite par La ligne dure et la Nouvelle droite. Crédité de 2 eurodéputés.

- Le PVV néerlandais de Geert Wilders, libertarien en économie, populiste en politique, veut sortir de l’UE et se focalise sur la “dé-islamisation” des Pays-Bas qui passerait notamment par l’interdiction de la diffusion du Coran. Concurrencé par le Forum pour la démocratie, qui a fait une percée au Sénat. Crédité de deux eurodéputés.

- Le Vlaams Belang prône l’indépendance de la Flandre. Il a trois sièges sur 150 à la Chambre des représentants. En perte de vitesse, son électorat est siphonné par la formation nationaliste Nouvelle alliance flamande (N-VA). Crédité de 1 eurodéputé.

- Le parti estonien Ekre, que Marine Le Pen a rencontré mardi, a fait une percée aux législatives et siège dans le gouvernement conduit par le centriste Juri Ratas. Antirusse, il a défrayé la chronique pour compter dans ses rangs des militants condamnés pour violences et des sympathisants néo-nazis. Son vice-président Jaak Madison, qui le représentera à Milan, a fait polémique en déclarant que le nazisme avait, “avec sa notion de l’ordre, sorti l’Allemagne de la m... “. Crédité de 1 eurodéputé.

- Le SPD tchèque de l’homme d’affaires d’origine japonaise Tomio Okamura a 19 députés sur 200 à la chambre basse. Le 1er mai 2018 à Nice, il avait dénoncé “la dénationalisation” de l’Europe par des élites “fascistes” et avec “l’aide de la migration”. Crédité de 1 eurodéputé.

- Le Sme Rodina slovaque de Boris Kollar a obtenu 6,6% des voix aux législatives de 2016 et remporté 11 sièges au Parlement. Crédité de 1 eurodéputé.

- Le parti bulgare Volya de Veselin Mareshki, surnommé le “Trump bulgare”, est une formation nationaliste parmi plusieurs autres dans ce pays. Russophile, opposé à l’immigration et partisan du renvoi de la classe politique jugée corrompue, il n’aurait aucun eurodéputé d’après les sondages.