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Rebelles du M23 © epa

RDC: les rebelles du M23 toujours proches de Goma

Au surlendemain de leur retrait de Goma, les rebelles du M23, censés se replier à une vingtaine de km, étaient toujours lundi postés aux portes du chef-lieu de la riche province minière du Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), à la grande inquiétude des habitants.

Des combattants rebelles patrouillaient la route au nord de Goma, et d'autres gardaient des positions sur une colline stratégique surplombant une base militaire de la Mission des Nations unies pour la stabilisation de la RDC (Monusco), à trois kilomètres de l'aéroport. "Il y a encore beaucoup de combattants dans les montagnes alentour et sur la route. Certains sont montés vers le nord mais beaucoup sont restés", relève Aimé, 16 ans, désignant deux rebelles qui passent à proximité, le fusil d'assaut à la main. Les mutins du M23 ont accepté un plan de paix des pays voisins de la région des Grands Lacs, prévoyant qu'ils se retireraient à au moins 20 km de Goma, conquise le 20 novembre, en échange de l'examen de leurs revendications par le président congolais Joseph Kabila. Les forces de l'ONU sont censées pour leur part s'interposer entre combattants du M23 et forces régulières congolaises (FARDC). Mais s'ils ont quitté Goma ce week-end, les rebelles en restent dangereusement près, d'autant que l'armée congolaise a commencé lundi à faire mouvement pour reprendre position dans la capitale du Nord-Kivu. Les combattants du M23 "ont dit qu'ils iraient tous plus haut vers le nord, et nous sommes donc surpris de les voir encore ici", relève Enoge, un lycéen de 20 ans. "Si l'armée est en ville et que les rebelles restent où ils sont, nous craignons qu'ils puissent recommencer à se battre", ajoute-t-il. Les mutins - d'anciens rebelles qui ont retourné leurs armes il y a huit mois contre l'armée congolaise qu'ils avaient accepté d'intégrer en 2009 - assurent ne nourrir aucune arrière-pensée. "Les nôtres sont toujours ici parce que vous ne pouvez vous retirer que par étapes, c'est ainsi que les choses se font", assure un commandant rebelle, Antoine Manzi. Mais du côté du gouvernement, on attend bien davantage des rebelles. En visite à Goma, le ministre congolais de l'Intérieur, Richard Muyej Mangez, a assuré qu'un "dialogue" avec le M23 pourrait commencer "dans les prochains jours" et que le gouvernement de RDC était prêt à rendre publique la composition de sa délégation. Mais, a-t-il ajouté, "nous voulons que chaque partie respecte l'accord (...) et un des points est que les rebelles se retirent au delà de 20 km de Goma", a insisté le ministre. Pour un observateur régional de la mise en place de l'accord, l'officier ougandais Geoffrey Muheesi, le niveau de retrait des rebelles "n'est pas très inquiétant". "Ils gardent ces positions avancées tant qu'ils sont en train de s'installer dans leurs positions plus au nord", estime-t-il. Mais nombreux sont les habitants de Goma à être beaucoup moins flegmatiques, soulignant que les rebelles ont pris à l'armée régulière en déroute des armes lourdes avec lesquelles ils tiennent désormais le chef-lieu du Nord-Kivu à portée de canon. "Ils ont volé tellement, tellement d'armes au gouvernement", souligne un de ces habitants, Jean-Marie. "Même s'ils se retirent à vingt kilomètres, cela restera très près et nous serons toujours en danger".