Lucy Dhegrae posait à New York, le 11 janvier 2020.
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Lucy Dhegrae posait à New York, le 11 janvier 2020. © AFP

Réduite au silence par son agression sexuelle, une chanteuse retrouve la voix

Sa carrière décollait en 2013 quand la chanteuse Lucy Dhegrae s'est subitement retrouvée incapable de chanter et de produire les sons qu'elle émettait aisément jusque-là.

L’origine de sa parésie des cordes vocales trouve sa cause dans un viol subi dix ans plus tôt, alors qu’elle était en première année à l’Université du Michigan. 

"Lorsque j'ai découvert que je ne pouvais pas chanter, j'ai eu l'impression de mourir", a raconté cette femme de 35 ans, depuis son appartement de Greenwich Village à Manhattan. "C'était comme si mon corps me disait, ‘Bon, tu vas vraiment devoir t'occuper de ça maintenant. On va te retirer la chose dont tu as besoin pour que tu agisse’”, a confié cette chanteuse à la formation classique, spécialiste de musique contemporaine. "Ça m'a forcée à réfléchir à ce viol. Sans cela, je ne suis pas sûre que je l’aurais fait”. 

Les victimes silencieuses

Lucy Dhegrae s'est renseignée sur sa maladie. Elle a trouvé des articles parlant de victimes d'agressions sexuelles qui, restées silencieuses sur ce qu'elles avaient subi, avaient littéralement perdu leur voix. Elle s'est engagée comme bénévole pour l'organisation contre les agressions sexuelles Rape, Abuse & Incest National Network et a vu que certaines victimes recommençaient à s'exprimer lorsqu'elles abordaient leur traumatisme.

"J'ai su alors, comme j'avais perdu la capacité de chanter mais pas celle de parler, que je devrais mettre le sujet de cette agression dans des chansons et chanter”, a-t-elle dit. Elle a acquis une série de techniques, de la méditation aux techniques d'auto-défense, en passant par la respiration ou des méthodes de désensibilisation des yeux. Elle explore la façon dont la musique peut aider à guérir les traumatismes du corps et de l'esprit.

Taire la maladie 

Sa guérison a été retardée, dit-elle, par ceux qui lui ont conseillé de ne parler à personne de sa perte de voix, de peur d'être écartée de futurs concerts. "La découverte de cette parésie et l'agression sont des expériences qui ont des points communs", dit-elle, en expliquant avoir plongé dans une lente dépression. "Je ne devais en parler à personne", dit-elle. "Ça ressemble beaucoup à un viol. On ne sait pas à qui on peut parler de cette honte profonde". Après des années de thérapie, elle espère que ses concerts, inspirés de son cheminement vers la guérison, aideront d'autres victimes à se sentir moins isolées.