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Renault ne versera pas d'indemnités de départ à Carlos Ghosn

UpdateLe conseil d'administration de Renault a annoncé mercredi qu'il renonçait à verser à Carlos Ghosn une indemnité de non-concurrence, qui correspond à deux ans de rémunération fixe et variable, et qu'il supprimait sa rémunération en actions pour les années 2015 à 2018.

"Le Conseil a décidé à l'unanimité (...) de renoncer au bénéfice de l'engagement de non-concurrence souscrit par M. Ghosn et, en conséquence, de ne pas lui verser l'indemnité correspondante égale à deux ans de rémunération fixe et variable", a-t-il indiqué dans un communiqué. L'ancien patron déchu ne pourra pas bénéficier non plus des actions attribuées entre 2015 et 2018 en tant que PDG car la "condition de présence au sein de Renault (...) n'est pas remplie".

Cette clause, qui interdirait à M. Ghosn de travailler pour un concurrent pendant une période de deux ans, représente environ 4 millions d'euros, selon des estimations du cabinet de conseil aux investisseurs Proxinvest.

L'ancien patron déchu perd également ses droits "à l'acquisition définitive" des actions attribuées entre 2015 et 2018 en tant que PDG car la "condition de présence au sein de Renault (...) n'est pas remplie".

Ces actions comprennent "une rémunération variable pour les exercices 2014 à 2017" ainsi que "des plans d'attribution d'actions de performance pour les années 2015 à 2018", a détaillé le constructeur automobile. 

De 2015 à 2017, Renault attribuait chaque année 100.000 actions de l'entreprise à M. Ghosn, qu'il pouvait percevoir quatre ans plus tard, avec toutefois une condition de présence dans l'entreprise et une condition de performance en tant que dirigeant. Sur l'année 2018, le groupe lui a attribué 80.000 actions. 

Carlos Ghosn change son équipe de défense pour "rétablir son innocence"

Son cabinet d'avocat avait annoncé sans explication dans l'après-midi que Motonari Otsuru, un ancien procureur qui assurait la défense du bâtisseur de l'alliance automobile Renault-Nissan-Mitsubishi Motors avait "soumis une lettre de démission au tribunal", ainsi que son confrère Masato Oshikubo.

Peu après, remerciant Me Otsuru et son équipe "pour leur implication inlassable", M. Ghosn expliquait "avoir décidé" d'engager Me Junichiro Hironaka, célèbre au Japon, "alors que nous abordons la phase du procès".

"Je suis impatient de pouvoir me défendre, avec vigueur, et ce choix représente pour moi la première étape d'un processus visant non seulement à rétablir mon innocence, mais aussi à faire la lumière sur les circonstances qui ont conduit à mon injuste détention", a-t-il dit dans une déclaration envoyée à la presse.

Un avocat réputé pour prendre la relève
"Il est probable que MM. Otsuru et Ghosn n'étaient pas sur la même ligne, sans quoi on ne démissionne pas comme cela. En général, les avocats japonais comme maître Otsuru veulent que les clients leur obéissent", a déclaré à l'AFP l'avocat Yasuyuki Takai, qui était lui aussi, comme M. Otsuru, un membre de l'unité spéciale d'enquête du bureau des procureurs de Tokyo.

Me Hironaka, 73 ans, vétéran diplômé de l'université de Tokyo est un habitué des médias qui dénote par rapport à son discret confrère Otsuru. Il a défendu des célébrités et des politiques, des résidents de la région affectée par la catastrophe de Fukushima et travaillé sur des affaires criminelles. Il a notamment participé avec succès en 2012 à la défense d'un homme politique influent, Ichiro Ozawa, fin stratège électoral accusé d'implication dans une affaire de financements non déclarés de campagne.

"J'ai parlé à M. Ghosn et à sa famille qui m'ont demandé de prendre l'affaire en main, et j'ai accepté", a-t-il déclaré aux journalistes, précisant qu'il épaulerait sur ce dossier son collègue Hiroshi Kawatsu.

M. Hironaka a désormais la délicate mission de défendre l'ancien capitaine d'industrie naguère vénéré dans l'archipel pour avoir sauvé le constructeur japonais Nissan de la faillite, et qui y est aujourd'hui vilipendé.

Toutes les demandes de libération rejetées
M. Otsuru n'avait donné depuis le début de l'affaire le 19 novembre, jour de l'arrestation de Carlos Ghosn, qu'une seule conférence de presse. C'était début janvier, le jour où l'ex-patron a pu présenter sa version des faits lors d'une audience au tribunal, devant un public limité de citoyens et journalistes.

Au lieu de soutenir fortement l'innocence que son client clame, Me Otsuru avait alors fait montre d'un flegme contrastant avec la verve des ténors du barreau qu'on peut voir ailleurs. Il avait même tenu des propos pessimistes quant à la durée probable de la détention de M. Ghosn, sous le coup de trois inculpations, pour abus de confiance, et minoration de revenus déclarés de 2010 à 2018.

Toutes les demandes de libération sous caution déposées par M. Otsuru ont été rejetées.

Le changement de défenseur de M. Ghosn intervient à la veille d'une première réunion entre avocats, juges et procureurs pour préparer le procès.

Renault pourrait amputer sa rémunération d'environ dix millions d'euros

Le constructeur automobile français Renault devrait décider mercredi d'amputer de près de 10 millions d'euros la rémunération de son ancien PDG Carlos Ghosn, détenu au Japon depuis novembre, a-t-on appris de sources proches du dossier.

De 2015 à 2017, Renault attribuait chaque année 100.000 actions de l'entrepris à M. Ghosn, qu'il pouvait percevoir quatre ans plus tard, avec toutefois une condition de présence dans l'entreprise et une condition de performance en tant que dirigeant.

Deux sources proches du dossier ont indiqué à l'AFP que le conseil d'administration, réuni ce mercredi à la veille de la publication des résultats annuels, allait très probablement refuser à M. Ghosn les 100.000 actions au titre de 2015, soit environ 5,7 millions d'euros au cours actuel, estimant que la condition de présence dans l'entreprise n'était plus remplie.