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Illustration. © REUTERS

Ricard pousserait ses salariés à la consommation: “Je picolais tous les jours”

Mise à jourDeux anciens commerciaux de Pernod Ricard et une autre toujours en poste dénoncent dans les colonnes du Parisien: afin d’augmenter les ventes, les employés sur le terrain seraient poussés par l’entreprise à la consommation de pastis. 

Les trois employés évoquent une “pression permanente” de la part du numéro deux mondial des vins et spiritueux pour que ses salariés trinquent avec la clientèle, un moyen de la fidéliser mais aussi et surtout une pratique illégale. “Je picolais tous les jours, à force, ça devient une habitude”, témoigne Julien, 42 ans, ex-chef des ventes de l’Hérault, qui a attaqué son ancien employeur devant les prudhommes (l’équivalent du tribunal du travail, NDLR) en septembre dernier. En 2018, la justice a reconnu chez l’ancien commercial de Ricard “un état anxiodépressif caractérisé” dû à l’exercice de sa profession. La décision du Conseil des prudhommes opposant Julien et le groupe Pernod Ricard est attendue en novembre. 

Pendant des années, sa hiérarchie l’aurait encouragé à boire avec ses clients dans les bars, les discothèques  “parfois jusqu’au bout de la nuit”. Des réunions se termineraient par des apéritifs où “l’alcool coule à flots”. “On a un budget pour offrir des verres de pastis aux clients et on consomme avec eux”, explique le quarantenaire. Officiellement, Ricard appelle à une consommation modérée “mais il y a la théorie et la réalité. Dans les faits, on doit montrer qu’on connaît nos produits et qu’on les aime.”

Des “allégations individuelles”

“Ces allégations individuelles jettent aujourd’hui l’opprobre sur tous nos commerciaux, de Ricard à Pernod, dont nous saluons ici l’engagement responsable, tous unis par le même devoir d’exemplarité”, a réagi dans un communiqué le PDG de Ricard SA et de Pernod SA, Philippe Coutin.

“La société Ricard réfute fermement l’existence d’une politique d’incitation à la consommation d’alcool parmi ses salariés. Il n’y a pas de directive ou de consignes internes données aux forces de vente pour les enjoindre à boire de l’alcool dans le cadre de l’exercice de leurs fonctions”, affirme le groupe dans ce communiqué.

Contactés par l’AFP, les syndicats du groupe n’étaient pas joignables pour commenter ces informations.

Le groupe indique avoir mis en place un numéro vert anonyme pour recueillir les témoignages de collaborateurs, en cas de dérapage et y donner, le cas échéant, les suites nécessaires.

Cette polémique intervient quelques semaines après l’annonce d’un plan de départs volontaires dans le département commercial du groupe, dans le cadre de la fusion des deux filiales Pernod et Ricard. Le groupe espère 190 départs nets parmi les 1.300 salariés des deux entités.