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Alexeï Navalny a été impliqué dans un vaste mouvement de contestation électorale. © AP

Russie: importantes perquisitions contre les équipes de l'opposant Navalny

Fouilles dans tout le pays, saisies de matériel et comptes gelés: la police russe a procédé jeudi à une opération de grande envergure contre les collaborateurs de l'opposant Alexeï Navalny, impliqué cet été dans un vaste mouvement de contestation électorale.

"C'est la plus grande opération policière dans l'histoire de la Russie moderne", a soutenu M. Navalny dans un message publié sur son blog, déclenchée selon lui par la déroute du pouvoir à l'élection du Parlement de Moscou dimanche, où les candidats du Kremlin ont perdu près d'un tiers des sièges.

Le militant anti-corruption de 43 ans, dont l'organisation est visée depuis août par une enquête pour "blanchiment", a indiqué que plus de 200 perquisitions avaient eu lieu dans au moins 41 villes du pays où travaillent ses équipes.

Leonid Volkov, le bras droit de l'opposant, a précisé que l'opération avait visé "les appartements des coordinateurs et les bureaux, mais aussi les domiciles des collaborateurs et des bénévoles actifs". La police est notamment intervenue dans les villes de Nijni Novgorod, Vladivostok, Kazan, Novossibirsk ou encore à Saint-Pétersbourg et dans l'enclave de Kaliningrad.

Des méthodes peu orthodoxes ? 

À Ekaterinbourg, dans l'Oural, des images publiées par les médias locaux montrent des policiers cagoulés barrer l'accès au bureau local des partisans de M. Navalny. À Perm, des militants affirment que les forces de l'ordre se sont introduites dans leurs locaux en passant par la fenêtre.

"Peut-on soutenir un tel pouvoir? Ceux qui se comportent d'une telle façon pour quelques sièges de députés perdus?", a déclaré M. Navalny sur Twitter, accompagnant son message d'une vidéo de surveillance montrant l'un de ses collaborateurs traîné sur le sol par un policier cagoulé.

La semaine dernière, les locaux et le studio d'enregistrement de l'équipe de l'opposant avaient déjà été visés par une perquisition à Moscou.

“Hystérie” 

Pour les soutiens de l'opposant, cette opération massive est liée au mouvement de contestation, d'une ampleur inédite depuis 2012, qui a secoué Moscou cet été. Des manifestations ont été organisées quasiment chaque weekend depuis mi-juillet pour protester contre l'exclusion de candidats d'opposition à l'élection du Parlement de la capitale. Tous les candidats de l'équipe de M. Navalny avaient été interdits de participer au scrutin.

Dans les urnes, ce vote s'est traduit dimanche par un revers cinglant des candidats pro-pouvoir à Moscou, où ils ont perdu près d'un tiers de leurs sièges par rapport à la précédente mandature. Alexeï Navalny avait appelé les électeurs à "voter intelligemment" en soutenant les candidats les mieux placés pour battre ceux du Kremlin, notamment les communistes.

"D'où vient cette hystérie ? Cela tient en deux mots: vote intelligent", a affirmé jeudi la principale figure de l'opposition russe en commentant ces opérations de police.

"Pour la police, la seule façon de répondre à des manifestations massives était de mener des perquisitions massives", a ajouté Alexandre Golovatch, l'un des avocats du Fonds de lutte contre la corruption, l'organisation créée par Alexeï Navalny.

“Limiter le mouvement”

Pour les enquêteurs, ces perquisitions sont liées à une enquête sur le blanchiment supposé de 1 milliard de roubles (près de 14 millions d'euros), qui a débuté en août, au plus fort des manifestations à Moscou.

Dénonçant un "coup massif", Kira Iarmych, la porte-parole de l'opposant, a qualifié cette opération "d'acte d'intimidation" et de "vol" visant à paralyser le travail de son organisation. Elle a indiqué que les comptes en banque personnels de plusieurs partisans de M. Navalny ont été gelés dans cinq villes.

Le mouvement indépendant Golos, spécialisé dans l'observation des élections en Russie, a également annoncé jeudi avoir été visé par deux opérations de police contre ses employés en région.

Selon le site d'information russe the Bell, ces interventions viseraient à empêcher le développement de l'organisation de M. Navalny en province, afin d'éviter des déconvenues électorales semblables à celle de dimanche à Moscou.