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Saakachvili a perdu un gros pari et se retrouve fragilisé

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Le président géorgien Mikheïl Saakachvili, qui a incarné le rêve démocratique et le refus de l'allégeance à Moscou, a perdu son plus gros pari politique en s'exposant aux foudres de Moscou, et se retrouve très fragilisé après sa tentative de reprendre l'Ossétie du Sud.

Saakachvili "a commis la folie d'aller bombarder en pleine nuit une ville" d'Ossétie du Sud, et les Russes ont répliqué en "bombardant" à leur tour, a-t-on estimé mardi dans l'entourage du président français Nicolas Sarkozy, qui était en mission de médiation à Moscou et Tbilissi. Le résultat, c'est "une Géorgie attaquée, pulvérisée par sa faute", a dit le responsable, employant un langage particulièrement virulent à l'égard de celui qui a été considéré pendant des années comme le chouchou de l'Occident.

Les Géorgiens "sont tombés dans un piège grossier. Ils pensaient que (le Premier ministre russe) Poutine, en pleins jeux Olympiques, ne répondrait pas". "Saakachvili a joué, il a perdu", a conclu ce responsable. Malaise de l'Occident face à un leader impulsif et imprévisible, détermination à peine cachée de la Russie à le renverser, haine plus violente que jamais contre Tbilissi en Ossétie du Sud et en Abkhazie, deux territoires séparatistes pro-russes qu'il espérait ramener dans le giron de la Géorgie: tel est le bilan à ce jour de l'invasion manquée de l'Ossétie lancée le 8 août.

"La situation s'est tellement aggravée à cause de mauvais calculs surtout de la part de Saakachvili", estime Nick Grono, vice-président de l'International Crisis Group, un centre de recherches à Bruxelles.
"Ils ont probablement dû penser que la communauté internationale et la Russie seraient occupées avec les Jeux Olympiques et ils ont commis une erreur", a-t-il poursuivi. "Ce n'était pas une mesure intelligente" car que la Russie était "déterminée à provoquer la Géorgie", soutient Svante Cornell du Central Asia Caucasus Institute and Silk Road Studies Programme à Stockholm.

L'opposant géorgien David Oussoupachvili, du Parti républicain, estime que le président a commis "une erreur tragique" qui va pousser la Russie à redoubler d'efforts pour la ramener dans sa sphère d'influence et rendre quasiment impossible un compromis avec les provinces séparatistes. Cette situation risque aussi de porter un coup aux aspirations atlantistes de Tbilissi, estime un diplomate occidental de haut rang.

"Ces 20 dernières années la Russie a entretenu des foyers de tension en Ossétie du Sud et en Abkhazie et attendait le moment", explique M. Oussoupachvili. Il regrette le refus de donner à la Géorgie le statut de pays candidat à l'Otan lors du dernier sommet de l'Alliance en avril, de peur de froisser Moscou, et reproche aussi aux Occidentaux d'avoir fermé les yeux sur les manquements démocratiques en Géorgie.

M. Saakachvili, 40 ans, héros de la Révolution de la rose qui l'a amené au pouvoir en 2003, n'en est pas à sa première crise. Son image a notamment été écornée par la répression des manifestations d'opposition et l'introduction de l'état d'urgence en novembre dernier. Il a cependant remporté une présidentielle anticipée en janvier 2008. La population est unie derière lui "tant que les chars russes sont en Géorgie", mais "le moment viendra où il devra répondre de ses actes", prévient David Oussoupachvili. (belga)