La Faculté de Médecine de l'université Paris-Descartes
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La Faculté de Médecine de l'université Paris-Descartes © Twitter

Scandale des dons de corps à la science: 24 familles portent plainte, dont celle de Micheline Dax

Vingt-quatre familles ont porté plainte dans l’enquête ouverte par le parquet de Paris pour “atteinte à l’intégrité d’un cadavre” visant les conditions de conservation de corps dans un centre spécialisé de l’Université Paris-Descartes.

Nous vous en parlions ici, L’Express a révélé que l’Université Paris-Descartes conservait dans des conditions déplorables les dépouilles de “milliers de personnes ayant fait don de leur corps à la science”. Les corps étaient laissés en morceaux, parfois sur le sol et souvent moisis. Les scènes décrites semblent sortir d’un film d’épouvante et elles ont duré entre 20 et 30 ans.

“Dans des locaux vétustes, les dysfonctionnements du centre et les problèmes de gestion ont eu une conséquence terrible: des dépouilles putréfiées, rongées par les souris, à tel point que certaines ont dû être incinérées sans avoir pu être disséquées”, relatait l’hebdomadaire, décrivant des corps empilés.

Les familles portent plainte

Après la sortie de l’article de l’Express, en novembre dernier, une enquête a été ouverte par le pôle santé publique du parquet et confiée à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP). Une mission d’inspection a aussi été lancée par l’Université.

Vingt-quatre plaintes ont été envoyées et au moins une dizaine d’autres pourraient encore suivre. “Ce sont des plaintes contre X pour atteinte à l’intégrité d’un cadavre”, les chefs déjà visés par l’enquête, a indiqué à Laurence Dezélée, l’une des plaignantes.

D’après Mme Dezélée, “les familles se sont regroupées dans un collectif et réfléchissent à former une association”. Elles envisagent également une manifestation fin février devant le Centre de don des corps à Paris, depuis fermé administrativement sur ordre de la ministre de la Recherche.

Un “manque de respect total”

David Arthur, le fils du comédien José Arthur raconte: “Le jour de ses 80 ans, peu de temps après ma sœur, mon père avait signé les papiers pour léguer son corps à la Science. Il en parlait depuis des années. Il avait foi en la science et la recherche. Il pensait que donner son corps permettait aux futurs chirurgiens de se faire la main et, un jour, de soigner des malades, de sauver une vie”.

Quatre mois après la mort de son père, l’université a contacté David Arthur. On lui a annoncé que le corps a été remis à la dernière compagne de son père et que l’on “n’a pas à lui répondre” si le corps est resté intact ou pas. Quand il a voulu voir le corps, celui-ci était déjà parti et les funérailles avaient eu lieu. David Arthur se joint aujourd’hui aux familles qui portent plainte pour atteinte à la dignité d’un cadavre.

Citation

“Nous avons été trompés. Il faut que des têtes tombent dans cette histoire. C’est le cas de le dire”

Véronique Lafond

À Véronique Lafond, la fille de Micheline Dax, qui avait également fait don de son corps, on a répondu “On vous rappellera si on a le temps”. Ce n’est qu’après beaucoup d’insistance, qu’elle a appris que sa mère avait été incinérée. Elle sera aussi présente au procès: “Il y a là un manque de respect total pour le défunt et ses proches. Nous avons été trompés. Il faut que des têtes tombent dans cette histoire. C’est le cas de le dire”.

Loi bioéthique

En janvier, le Sénat a voté un amendement du gouvernement au projet de loi bioéthique visant à encadrer les conditions de dons du corps à la science.

Micheline Dax
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Micheline Dax © Photo News