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Trois hauts responsables du pouvoir syrien tués à Damas

UpdateTrois hauts responsables syriens, dont le beau-frère du président Bachar al-Assad, ont été tués mercredi dans un attentat qui a pris pour cible le coeur de l'appareil sécuritaire à Damas.

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L'attentat, le premier ayant visé des ministres depuis le début de la révolte en mars 2011, a été revendiqué par l'Armée syrienne libre (ASL, composée en majorité de déserteurs) qui avait annoncé la veille "la bataille pour la libération de Damas", alors que les combats faisaient rage dans la capitale.

Cet attentat survient à quelques heures d'un vote au Conseil de sécurité de l'ONU sur une résolution menaçant la Syrie de sanctions, auxquelles s'oppose Moscou. L'Allemagne et la Grande-Bretagne ont jugé que l'attentat rendait d'autant plus urgent le besoin de voter cette résolution. "Le vice-ministre de la Défense, le général Assef Chawkat, a été tué dans (un) attentat terroriste qui a visé le bâtiment de la Sécurité nationale à Damas", a affirmé la télévision syrienne. Ultra-protégé, cet édifice situé dans le centre-ville est le symbole de la répression de la révolte. Le ministre de la Défense, le général Daoud Rajha, a également péri dans l'attaque, selon la télévision. Et le général Hassan Turkmani, chef de la cellule de crise mise en place pour mater la révolte, est décédé des suites de ses blessures, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). L'attentat a également blessé le ministre de l'Intérieur, Mohammad Ibrahim al-Chaar, le chef de la Sécurité nationale, Hicham Ikhtiar, a indiqué à l'AFP une source au sein des services de sécurité.

Selon elle, l'attentat a été mené par un kamikaze muni d'une ceinture d'explosifs au moment d'une réunion de ministres et de responsables de sécurité. D'après la même source, le kamikaze est "un garde du corps d'un des participants à la réunion".

Coup sévère pour le régime
L'ASL a revendiqué l'opération sans donner de détails sur son exécution. Elle affirmé qu'il s'agissait de "la première d'une série de grandes opérations visant à faire chuter Assad et l'ensemble des piliers et symboles du régime, qu'ils soient civils ou militaires". Les rebelles ont réitéré que ceux "qui n'ont pas de sang sur les mains" avaient jusqu'à la fin du mois de juillet pour faire défection, sous peine sinon d'être considérés, selon le communiqué, comme "des complices des meurtres d'Assad".

L'armée a annoncé de son côté que cet acte "terroriste" renforçait la "détermination des forces armées à nettoyer la patrie des restes des bandes terroristes", selon un communiqué diffusé par la télévision d'Etat. Depuis le début de la révolte, les autorités qualifient les rebelles de "terroristes", aidés selon elles par des pays étrangers. Le régime a rapidement annoncé dans le même temps la nomination d'un nouveau ministre de la Défense, le général Fahd al-Freij, jusque-là chef d'état-major.

Pour l'OSDH, la mort du général Assef Chawkat est un "coup sévère pour le régime syrien car il assumait le tout premier rôle dans les opérations des forces régulières pour écraser la révolution". Le régime avait déjà subi un coup dur début juillet avec l'annonce de la défection sans précédent d'un haut gradé de l'armée, proche de la famille Assad et ami d'enfance du chef de l'Etat, le général Manaf Tlass.

"Bataille pour la libération" des rebelles
Les rebelles avaient annoncé mardi avoir lancé la "bataille pour la libération" de Damas. Dans le même temps, des affrontements entre l'armée régulière et l'ALS se déroulaient dans les quartiers de Midane et de Kafar Soussé, dans le sud et l'ouest de Damas, selon l'OSDH.

Les combats, les plus violents dans la capitale depuis mars 2011, ont débuté dimanche soir dans plusieurs quartiers périphériques. Plus de soixante soldats de l'armée régulière ont été tués ces dernières 48 heures à Damas dans ces affrontements avec les rebelles, a indiqué l'OSDH.

Selon cette ONG et les Comités locaux de coordination (LCC), qui organisent la mobilisation sur le terrain, des hélicoptères, entrés en action mardi, continuaient parallèlement à attaquer les quartiers de Qaboune et de Barzé, dans l'est de Damas.

Risque de double veto
A Washington, les ministres américain et britannique de la Défense, Leon Panetta et Philip Hammond, ont mis en garde contre une situation qui devient "incontrôlable" en Syrie alors que la France a estimé que la lutte du président Assad pour conserver le pouvoir était "vaine" et appelé les soutiens du régime "à se dissocier de la répression".

L'Allemagne comme la Grande-Bretagne ont souligné "l'urgence" pour l'ONU d'adopter une nouvelle résolution sur la Syrie. Dans une énième tentative pour faire cesser les violences - qui ont encore fait mardi 93 morts selon l'OSDH -, un vote au Conseil de sécurité de l'ONU est prévu mercredi sur un projet de résolution déposé par les Européens et Américains.

La Russie a dit clairement qu'elle mettrait son veto à ce texte qui menace Damas de sanctions s'il ne renonce pas à utiliser ses armes lourdes contre l'opposition, tout en prolongeant pour 45 jours la Mission des observateurs de l'ONU en Syrie qui expire officiellement vendredi. "L'adoption de la résolution (occidentale, NDLR) serait un soutien direct à un mouvement révolutionnaire. S'il est question d'une révolution, l'ONU n'a aucun rapport avec ça", a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

La Chine et la Russie ont déjà bloqué à deux reprises des résolutions du Conseil, pour protéger leur allié syrien.