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La piste de l'acte isolé, sans complicités internes, est actuellement privilégiée © afp

Un brigadier interpellé suite à la disparition de cocaïne au Quai des Orfèvres

FranceFin du suspense et enquête éclair: un brigadier de police a été interpellé samedi, soupçonné de la mystérieuse et inédite disparition de plus de 50 kg de cocaïne placés sous scellés au 36 Quai des Orfèvres, siège mythique de la police judiciaire (PJ) parisienne.

Le suspect, 34 ans et affecté à la brigade des stupéfiants, a été interpellé samedi vers midi sur son lieu de vacances dans les Pyrénées-Orientales, ont annoncé dans un communiqué commun le préfet de police de Paris et le procureur de la République, confirmant une source policière.

Selon cette source policière, il a été aussitôt placé en garde à vue et devait être entendu par les enquêteurs de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la "police des polices", sans doute dans des locaux de son antenne régionale avant qu'il ne soit transféré à Paris.

Des perquisitions ont été menées sur son lieu de villégiature, a dit la source policière.

C'est la fin d'une énigme que n'auraient pas reniée les auteurs de polars s'étant largement inspirés de la légende du "36", immortalisé par le commissaire Maigret de Georges Simenon. La disparition de 52,6 kg de cocaïne, estimés à 2 millions d'euros à la revente et saisis le 4 juillet par la brigade des Stup', y a suscité une forte émotion: elle est inédite, par son ampleur, dans les annales de la police.

Elle a été constatée jeudi matin, a confirmé le communiqué du préfet et du procureur. La drogue se trouvait dans la salle des scellés ultra sécurisée de la PJ parisienne dont "l'accès (obéit) à un processus imposant l'émargement sur un registre et accompagnement d'un fonctionnaire" en possédant la clé. Les enquêteurs de l'IGPN se sont rendus "sans délai" sur place et le "36" a été minutieusement perquisitionné, confirme le communiqué. Notamment, outre la brigade des Stup', ses voisines, la célèbre brigade criminelle et "l'anti-gang". Trois chiens spécialisés dans la détection de stupéfiants ont été mis à contribution, ainsi que la police scientifique, qui a procédé à des recherches d'ADN et empreintes.

Les enquêteurs se sont intéressés à un homme qui a été "vu entrant dans les locaux avec deux sacs et en ressortant peu après et ce, dans la nuit du 24 au 25 juillet". L'exploitation des moyens vidéo disposés dans et autour du "36" -mais pas à proximité directe de la salle des scellés, selon une source policière- a permis "d'établir une forte ressemblance entre cet individu et un fonctionnaire de police" des Stup'.

La drogue provenait d'une saisie réalisée à l'issue d'une longue enquête. Les Stup', dans le cadre d'une commission rogatoire, avaient arrêté quatorze suspects et saisi dans un appartement parisien 48 pains de cocaïne composés chacun d'environ 1.100 grammes, précise encore le communiqué.

La plupart des policiers interrogés vendredi faisaient part de leur "incrédulité", affirmant ne pas croire à un vol. "Ce serait un coup de tonnerre, un électrochoc si c'est avéré", avaient dit des sources policières. D'autant que le "36" a été secoué par un scandale il y a quelques mois avec l'inculpation de deux policiers de la Brigade de recherche et d'intervention (BRI), l'"antigang", soupçonnés d'avoir violé une Canadienne de 34 ans dans leurs locaux.

Pour expliquer la disparition de la drogue, plusieurs scénarios ont été envisagés mais, rapidement, celui du vol a été privilégié, a-t-on appris vendredi de mêmes sources. Le suspect, selon des sources policières, travaille aux Stup' depuis plusieurs années et est considéré comme "quelqu'un de confiance a priori", un peu "effacé" et qualifié de "passe muraille". Mais, selon de tout premiers éléments d'enquête, il est "propriétaire de plusieurs biens immobiliers", ce qui intrigue les enquêteurs sur son passé, ont dit les sources policières. Son audition permettra d'en savoir plus sur ses motivations et surtout s'il a bénéficié de complices. Un "acte isolé" était privilégié samedi, c'est-à-dire sans autres complicités internes, selon les mêmes sources.