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Un détenu radicalisé poignarde deux agents: "Une attaque terroriste"

UpdateUn détenu radicalisé a poignardé deux surveillants mardi matin, les blessant grièvement avant de se retrancher avec sa compagne au sein de l'unité familiale de la prison ultra sécurisée d'Alençon/Condé-sur-Sarthe, une attaque dont le parquet antiterroriste de Paris s'est immédiatement saisi.

"Le caractère terroriste de cette attaque ne fait aucun doute", a déclaré la ministre de la Justice Nicole Belloubet, au cours d'un point presse en début d'après-midi. Le détenu "est encore retranché sur place", a-t-elle ajouté.

Unité d'élite sur place
Les équipes régionales d'intervention et de sécurité (Eris) de Rennes et le RAID, unité d'élite de la police nationale, ont été dépêchés au centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe (Orne). Le procureur de la République de Paris Rémy Heitz, dont dépend le parquet antiterroriste, s'est rendu sur place.

Rappel des faits
Les faits se sont déroulés mardi, vers 09H45, quand le détenu a attaqué les deux surveillants avec un couteau en céramique, selon l'administration pénitentiaire. Les surveillants ont été grièvement blessés au visage et au thorax, selon une source policière. Âgés d'une trentaine d'années, ils ont été hospitalisés mais leurs jours ne sont pas en danger, a précisé Alassanne Sall, délégué FO de la prison, ajoutant que le détenu avait dit "Allah Akbar" en agressant les surveillants.

Le surveillant le plus grièvement blessé "est au bloc pour une intervention chirurgicale après un scanner", selon le syndicaliste. L'autre surveillant a été touché à la mâchoire, au visage et dans le dos, selon la même source.

Peine de 30 ans
Détenu de droit commun, Michaël Chiolo, 27 ans, qui purgeait une peine de 30 ans, est considéré comme "radicalisé en prison", selon une source policière. Il n'était cependant pas détenu dans le quartier pour radicalisés ouvert en septembre, d'après FO.

Couteau livré par son épouse?
"Je crois savoir que c'est un individu qui était fiché", a précisé la ministre de la Justice. Le couteau qui a servi à l'agression "aurait pu lui être apporté par sa femme", a ajouté la ministre. Mais selon Emmanuel Baudin, secrétaire général de FO pénitentiaire, ce genre de couteau "est fourni par la pénitentiaire" dans les unités de vie familiale (UVF). La compagne aurait aussi "agressé les collègues avec un couteau fourni par l'établissement", selon le syndicaliste.

Selon Me Pauline Brion, l'ancienne avocate du détenu, il a rencontré sa compagne "en prison et ils projetaient de se marier". "Il avait écrit à quelqu'un après sa conversion pour qu'on lui trouve une épouse", a-elle indiqué à l'AFP.

"Du sang partout"
"C'est vraiment une tentative d'assassinat. Il y avait du sang partout. L'unité de vie familiale était un champ de bataille", a ajouté M. Sall. Le détenu s'est retranché dans l'unité "avec son épouse", selon un communiqué du ministère de la justice diffusé à la mi-journée.

Converti à l'islam en 2010
Converti à l'islam en 2010, le détenu purge une peine de réclusion criminelle pour arrestation, enlèvement, séquestration suivie de mort et vol avec arme, et d'un an d'emprisonnement pour apologie publique d'acte de terrorisme. Il est libérable en 2038.

Condamné pour meurtre
Avec un complice, originaire comme lui de Saint-Avold (Moselle), il avait été condamné en décembre 2015 en appel à Nancy pour avoir étouffé un homme de 89 ans, après l'avoir séquestré et "momifié" à son domicile près de Metz en 2012. En novembre 2015, alors qu'il était déjà incarcéré à Mulhouse dans l'attente de son jugement en appel, Michaël Chiolo avait été condamné à un an de prison ferme pour avoir demandé à ses codétenus de "rejouer" l'attaque du Bataclan dans la cour de la maison d'arrêt.

Prison de Condé-sur-Sarthe
Le centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe, "l'un des deux établissements français les plus sécuritaires", accueille 110 détenus pour 195 places, selon la ministre de la Justice, qui a réclamé une "inspection" sur l'attaque de mardi.

Tensions dans les prisons
Cette agression intervient dans un contexte de climat social tendu dans les prisons françaises, alors que des surveillants mènent depuis plusieurs mardis des actions pour réclamer une évolution de leur statut, refusée par la garde des Sceaux. En réaction à l'agression de Condé-sur-Sarthe, des surveillants ont débrayé mardi devant des établissements, retardant leur prise de service notamment à Fleury-Mérogis (Essonne) selon FO pénitentiaire.

Précédent
En janvier 2018, les surveillants avaient mené pendant trois semaines un mouvement de mobilisation en France, le plus important depuis 25 ans, après l'agression d'un de leurs collègues par un détenu jihadiste à Vendin-le-Vieil, prison ultra-sécurisée du Pas-de-Calais.