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Image d’illustration © getty

Un manager licencié pour faute grave suite à un team-building extrême

Le style de management de ce directeur lui a valu son poste. Si certains utilisent le team-building pour favoriser l’esprit d’équipe à travers un programme souvent ludique, un manager d’une grande entreprise française a poussé le concept à l’extrême.

Les faits remontent à décembre 2014. Monsieur I. organise un team-building pour son équipe en Allemagne. Selon un arrêt de la Cour de cassation rendu le 23 octobre dernier, l’ultime épreuve consistait à “casser tour à tour une bouteille en verre enroulée dans une serviette à l’aide d’un marteau, à déposer le verre brisé sur un morceau de tissu étendu au sol” avant de “faire quelques pas sur le verre ainsi brisé pieds nus”.

L’un des participants “serait sorti de la salle en larmes avant de revenir, contraint d’expliquer au groupe qu’il a décidé de ne pas marcher sur les morceaux de verre”. Le salarié précise par la suite avoir refusé de participer à cette activité “au motif qu’il est porteur d’une pathologie”. De retour à Paris, le participant alerte le médecin du travail et lui raconte avoir “très mal vécu” cette activité.

“Gêne” et “tension”

Selon lui, une telle activité présente des dangers pour la santé physique et mentale des salariés, comme la transmission d’agents infectieux pathogènes par le sang, mais aussi l’anxiété des personnes et le risque l’ostracisation par le groupe. Une enquête est alors ouverte au sein du service.

Après plusieurs entretiens individuels, le malaise des participants est révélé au grand jour. Le salarié qui a renoncé indique “avoir fortement réagi émotionnellement à raison de son isolement craignant les représailles de son manager sur son bonus annuel”. Cette “gêne” et cette “tension” ressortent également des autres témoignages. Même si l’activité était basée sur le volontariat, “certains ont estimé devoir être obligés de participer sous la pression du groupe et qu’il était évident qu’il y avait des risques de coupures”.

L’employeur a licencié le manager pour faute grave en février 2015. Ce dernier a saisi les juges, estimant n’avoir fait que suivre les instructions en organisant ce team-building avec l’aide d’un prestataire référencé par son entreprise. Selon lui, “l’employeur qui exige du salarié qu’il supervise une activité à risque ne peut lui reprocher la réalisation de ce risque dans le cadre de cette activité organisée dans les conditions qu’il a imposées”.

Mais la Cour de cassation a rejeté le pourvoi de l’ex-manager, affirmant qu’il était bien en faute en ne prenant pas soin de la santé et de la sécurité des collaborateurs.