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Boris Johnson à la sortie des urnes © AP

Un parfum de victoire écrasante pour Boris Johnson et le Brexit

Mise à jourLes premiers sondages de sortie des urnes sont limpides: les conservateurs de Boris Johnson sont largement vainqueurs du scrutin britannique, ce jeudi soir à la fermeture des bureaux et au terme d’une campagne où son sens de la mise en scène aura fait merveille.

Le Labour de Jeremy Corbyn, qui promettait un nouveau référendum sur le Brexit, essuierait une lourde défaite et Boris Johnson obtiendrait la majorité absolue qu’il espérait, lui redonnant la main. Sur les 650 sièges à pourvoir à la Chambre des communes, les Conservateurs de Johnson en obtiendraient 368 contre seulement 191 pour le Labour, tandis que le Scottish National Party engrangerait 55 sièges et le parti libéral démocrate 13. C’est la plus grande victoire pour les Tories à des législatives depuis Margaret Thatcher en 1979. 

Boris Johnson dans un tweet éloquent, mais aussi dans un mail aux membres de son parti, les a invités à “célébrer la victoire dès ce soir”. Et en effet: si les résultats officiels confirment cette victoire historique, Boris Johnson aura les coudées franches pour mettre en œuvre le Brexit fin janvier, à la satisfaction des 52% de Britanniques qui ont voté pour quitter l’Union européenne lors du référendum de 2016.

Et maintenant? Les scénarios possibles

1. Le Brexit, enfin!

Arrivé au pouvoir en juillet, Boris Johnson avait échoué à faire adopter l’accord de divorce qu’il avait négocié avec l’Union européenne, faute de majorité à la Chambre des communes, tout aussi divisée que le pays sur la question.

À présent crédité d’une majorité de députés, qui se sont tous engagés à approuver le compromis, il va pouvoir, si le sondage est confirmé, leur soumettre l’accord avant les vacances parlementaires de Noël, afin que le Brexit puisse se faire le 31 janvier, après trois reports.

L’examen détaillé du texte ne devrait toutefois débuter que début janvier, à la Chambre des communes puis à la Chambre des Lords, composée de membres non élus. Pour entrer en vigueur, l’accord doit aussi être ratifié par le Parlement européen.

L’accord de retrait prévoit les conditions du divorce entre le Royaume-Uni et l’UE après 47 ans d’un mariage tumultueux, en matière de droit des citoyens et de respect des engagements financiers. Il introduit aussi une période de transition jusqu’à fin 2020 et règle le problème de la frontière entre la province britannique d’Irlande du Nord et la république d’Irlande, membre de l’UE. Le texte s’accompagne d’une déclaration politique dessinant les contours de la future relation entre l’UE et le Royaume-Uni.

2. Négociations commerciales

Le Brexit ne changera rien dans l’immédiat en raison de la période de transition, pendant laquelle les Britanniques continueront d’appliquer les règles européennes et d’en bénéficier, afin d’éviter une rupture brutale. Boris Johnson assure qu’il parviendra à conclure un accord de libre-échange avec l’UE, de loin le plus important partenaire commercial du Royaume-Uni, d’ici la fin de cette transition, le 31 décembre 2020.

Mais beaucoup d’experts estiment ce calendrier trop serré pour négocier un tel accord, encore moins pour le ratifier. La période de transition peut être étendue d’un ou deux ans, mais Londres doit en faire la demande avant le 1er juillet 2020. Si Boris Johnson s’y refuse, comme il l’a laissé entendre, ce pourrait être une sortie sans accord, aux conséquences économiques potentiellement désastreuses.

3. Démission de Corbyn?

Une si large victoire de Boris Johnson, si elle se confirme, serait une claque pour le Parti travailliste dirigé par Jeremy Corbyn, 70 ans, qui avait déjà perdu les législatives de 2017 même s’il avait enregistré des gains. Cette défaite ne manquera pas de déclencher des appels à la démission du chef de l’opposition le plus impopulaire jamais enregistré dans les sondages.

Après une carrière politique à l’écart du tumulte, Jeremy Corbyn avait créé la surprise en se hissant à la tête du Labour en septembre 2015. Grâce au soutien de la base, il avait survécu à des tentatives de le renverser de la part de députés de son propre camp désapprouvant sa ligne très à gauche.

Jeremy Corbyn a aussi été très critiqué pour sa position ambiguë sur le Brexit, en promettant un nouveau référendum tout en décidant de rester neutre sur la question, et ses opposants l’ont jugé trop mou face aux accusations d’antisémitisme au sein de sa formation. 

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Jeremy Corbyn - Boris Johnson © AFP

Who are you, Boris Johnson?

Tignasse blonde savamment ébouriffée, le bouillonnant “Bojo”, 55 ans, aura mis toute son énergie dans la campagne électorale, n’hésitant pas à retrousser les manches. Il a veillé à se présenter en homme de terrain proche du peuple, bien qu’il soit passé par les plus grandes universités britanniques, tout en esquivant les questions sur le fond.

“Roi du monde”

Soucieux de marquer les esprits, il s’est fait prendre en photo gants de boxe siglés “Réalisons le Brexit” aux poings ou aux commandes d’un bulldozer, démolissant un mur en polystyrène symbolisant “l’impasse” politique.

Alexander Boris de Pfeffel Johnson est né à New York dans une famille cosmopolite et compte un arrière-grand-père qui fut ministre de l’Empire ottoman, une origine qu’il ne manque pas d’évoquer lorsqu’on accuse son parti d’islamophobie.

Depuis tout petit, il veut être le “roi du monde”, a confié sa soeur Rachel à son biographe, Andrew Gimson. Aîné d’une fratrie de quatre, il suit le parcours classique de l’élite britannique : Eton College puis l’université d’Oxford.

Il entame ensuite une carrière journalistique au Times, qui le licencie à peine un an plus tard pour une citation inventée. Le Daily Telegraph le repêche et l’envoie à Bruxelles, de 1989 à 1994. A coup d’outrances et d’approximations, il bouscule la couverture des institutions européennes et devient “le journaliste favori” de la Dame de fer, Margaret Thatcher.

A cette époque, son premier mariage se délite et il renoue avec une amie d’enfance, Marina Wheeler, avec qui il aura quatre enfants. Le couple se sépare en 2018. Boris Johnson fréquente depuis Carrie Symonds, une spécialiste en communication de 24 ans sa benjamine.

“La seule chose à laquelle croit Boris Johnson, c’est Boris Johnson”

Elu député en 2001, il ravit la mairie de Londres aux travaillistes en 2008 et acquiert alors une stature internationale. Avec quelques réussites emblématiques, comme l’organisation des Jeux olympiques. Et des échecs, comme son projet de pont-jardin sur la Tamise, qui aura coûté des dizaines de millions de livres sans aboutir.

En 2016, il choisit le camp du Brexit au dernier moment. “Je ne pense pas qu’il ait une opinion extrêmement sophistiquée sur le Brexit”, confie Pascal Lamy, l’ancien patron de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui connaît la famille Johnson. “La seule chose à laquelle croit Boris Johnson, c’est Boris Johnson”.

Dans la campagne de 2016, il promet au Royaume-Uni, débarrassé des “entraves” de l’UE, un avenir radieux, où il contrôlera son immigration et récupèrera les millions versés à l’UE pour les consacrer à son système de santé, un engagement basé sur un chiffre faux.

Une fois voté le Brexit, il s’apprête à briguer Downing Street mais il est trahi par son allié Michael Gove, qui se met sur les rangs et le proclame inapte à la fonction. Il renonce, Theresa May est choisie par le Parti conservateur et lui confie les Affaires étrangères. Il y reste deux ans, s’attirant la réputation de dilettante gaffeur. Sans se priver de mettre des bâtons dans les roues de Theresa May, avant de lui ravir le pouvoir.